1 Introduction

1.1  Précisions théoriques sur le phénomène de la dynamique sociale

1.1.1  L´évolution vue par la science

↓1

A la recherche d´une explication au phénomène de la « Problématique de l´articulation de la modernisation à la tradition chez les communautés paysannes du Pays-Bwa dans le cercle de Tominian dans le Sud-est malien », comme un processus évolutif universel et naturel, nous remontons aux fondements scientifiques du phénomène de l´évolution propre à tout être vivant/à la matière.

Mais l´évolution, suivant le contexte de son analyse et la discipline scientifique qui l´assure, comme changement, transformation, progrès, devenir, développement, processus historique,etc est comme une série de réactions continuelles, justifiées et inévitables de tout être vivant aux conditions de son environnement pour perpétuer son existence.

Pour des raisons pratiques, nous réduisons, ici pour ce travail, notre analyse du phénomène au niveau social, qui explicitement se résume à celui de l´être humain dans son environnement socio-naturel. En fait, c´est en relationant l´homme à son environnement socio-naturel qu´on peut percevoir les manifestations de son existence.

↓2

En faisant référence aux travaux d´ethnologues, sociologues, historiens, etc, nous savons que le social n´échappe pas aux lois de l´évolution comme le disait C. Darwin 1859 comme l´origine de l´espèce par voie de sélection naturelle : De même manière que l´on observe dans le monde naturel une diversité des espèces et une perfectionnement constante de l´adaptation au milieu. On constate dans le monde humain un passage du simple au complexe1 et une amélioration des systèmes sociaux dans les domaines économiques, politiques, parentaux et religieux.

Nous ne pouvons parler de processus d´évolution/changement sans nous référer aux travaux de K. Marx et sa loi de la dialectique et de son schéma macro-économique qui fait de la lutte des classes le ressort du changement dans toutes les sociétés. C´est en fait, à ce modèle de dynamique macro-économique que se réfèrent beaucoup de scientifiques pour expliquer en dernier recours tous les changements et tous les conflits dans les sociétés contemporaines2.

Les faits historiques et quotidiens confirment ces propos effectivement que toute dynamique sociale est fille de tensions, comme l´affirme l´ethnologue Marx Gluckmann, cité par Mendras, que chaque système social est un champ de tensions plein d´ambivalences de coopération et de combats3.

↓3

Si le processus évolutif ou dynamique du changement est universel, il n´existe pas un modèle général applicable à toutes les sociétés, partout dans le monde/ sur la planète, car il s´agit d´un phénomène complexe, dépendant de critères historiques, spatiaux et socio-culturels.

De même que cette dynamique du changement est aussi relative à l´objet retenu pour son analyse ou étude. En ce sens l´analyse de l´évolution des hommes la situerait dans un cadre historique, spatiale et socio-culturel; le genre végétal serait analysé selon les conditions géo-climatiques, historiques, et celle de la dynamique sociale qui nous intéresse dans ce travail, se penche sur la compréhension et l´explication des changements expérimentés, dans un localité physiquement circonscrite, par les groupement sociaux jusqu´à la date : c´est-à-dire observer la juxtaposition des cinq grandes catégories d´éléments influant différemment sur le processus de changement social: les traits pertinents et différentiels des milieux physiques, les agents sociaux en présence, les modes de production et de régime foncier, l´histoire locale, la référence identitaire4.

Ainsi à la recherche des explications révélatrices de spécificités locales ou caractéristiques spatiales du changement, nous nous référons aux propos suivants : Chaque zone est avant tout définie par ses caractéristiques physiques, géographiques et climatiques, qui conditionnent à la fois les systèmes sociaux, les systèmes de production et les formes d´utilisation de l´espace. Ce sont eux aussi qui déterminent la nature des interactions des contraintes naturelles et des systèmes socio-productifs. Par exemple les éléments du relief (montagne, cour d´eau, les fonds de vallées, les plaines, etc), les zones climatiques (désertiques, sahélienne, équatoriennes, tempérées, etc) influencent les conditions de vie des populations qui y vivent et de paire marquent la dynamique du processus des changements sociaux. Par exemple les sahéliens vivent de l´agriculture et de l´élevage principalement, tandis que les populations des zones soudaniennes et équatoriales sont principalement des agriculteurs. Au Mali l´avancé permanente du désert, entre autre, a forcé les paysans à mettre l´accent sur le système de production agropastoral, adopter le système de cultures multiples et promouvoir la multi-activité pour pouvoir survivre.

1.1.2 La dynamique sociale comme changement social

↓4

Quant aux agents sociaux/ les populations vivant dans la localité en question et toute personne se relationant à cette localité d´une manière ou d´une autre, celles-ci sont définies par leur nombre et secteur d´activité et de plus sont nuancés par un ensemble d´éléments imbriqués et interdépendants. Dans ce ensemble d´élements figurent : leur domaine d´appartenance (village, famille ou extérieur), leur rôle sur le terroir (entretien et gestion de l´espace), leur pouvoir de décision et de gestion, leur appartenance à un groupe social ou à une classe sociale, leur relation sociale au sein de la communauté paysanne ou entre groupes sociaux différents qu´ils soient locaux ou externes.

Quant aux acteurs sociaux nous, les analysons en référence au mode de pensée relationnel et la conception historiciste qui soutiennent la thèse que tout élément tient son sens et sa fonction des relations qui l´unissent aux autres éléments d´un système qui les englobe. Dans cette optique, nous les analysons dans les processus de la dynamique sociale par rapport à leur propre logique de reproduction inscrite dans l´ensemble de leurs pratiques socio-économiques (Sudrie B et Vergnhes R. 1987 :8).

Comme l´explique A. Floquet en référence à l´évolution des pratiques agricoles. Malgré le rôle déterminant des contraintes et opportunités écologiques et économiques sur l´évolution des pratiques agricoles, ces opportunités et contraintes sont largement influencées par les savoirs et les normes spécifiques du groupe socio-culturel choisi5. Ces savoirs à leur tour naissent au carrefour des rapports sociaux de l´histoire sociale de la dynamique des contraintes naturelles, des stratégies des acteurs 6: antropologie sociale des savoirs “locaux„.Par exemple pour leur survie les paysans sont obligés de composer avec les servitudes que leurs imposent le sol, climat et les conditions socio-économiques de leurs activités. Ceci les soumet à une dynamique caractérisée par une grande dépense d´énergie et d´ingéniosité (programme de culture prudemment concerté et fidèlement observé, l´exploitation intensive de terres, l´entretien des champs permanents et la multiplication des combinaisons de cultures)7.

↓5

Dans les faits, la particularité socio-culturelle de l´évolution dynamique sociale fait référence aux individus, car avant tout, le changement passe par les individus et est aussi produit par eux. Les aspects de la vie locale qui touchent aux mécanismes sociaux locaux en interaction au sein même des sociétés (élément de sociabilité) et dans leurs rapports à la société globale8. Ces éléments de sociabilité sont des types de liaisons entre les individus d´un groupe social ou des manifestations de la sociabilité qui s´établissent entre les individus d´un groupe social et des diverses manières dont ces individus sont liés à ce groupe, mais aussi au tout (l´ensemble de la société en tant qu´elle transcende les individus qui la composent) social et par le tout social C. J. Cl. Lucan: 1983:31 ou comme M. Segalen : 1980:31 la définie, par l´existence de divers réseaux et de flux d´échange de biens et de services de toute nature circulant entre les individus. Les plus significatifs de ces éléments qui servent d´indicateurs explicatifs pour mesurer les dimensions de la dynamique sociale/ permettant de comprendre l´évolution des rapports sociaux sont : la famille, les unités de résidence (l´habitat, quartier, villages) et les associations.

La famille, comme institution sociale universelle se présente classiquement comme un ensemble de personnes liées par un certain nombre de caractéristiques : communauté de résidence, coopération économique, consommation en commun des biens produits, coopération dans la recherche des reproductrices, solidarité des membres face à l´extérieur, etc.. Elle se présente sous diverses formes du fait de son caractère dynamique, car représente le lieu de manifestation des rapports sociaux des individus acteurs du changement. De sa diversité dans la société malienne, les familles bwa et Dafing appartiennent au type de famille des agriculteurs sédentaires soudano-sahélien (au Mali il existe quatre types principaux de famille : famille des agriculteurs sédentaires (Dafing, Malinké, Sénoufo, Miniaka, Dogon, Bwa,..), famille des agriculteurs et éleveurs sédentaires (Soniké, Songhay, ..), famille des éleveurs nomades (Peuhl, Touareg et Maures), famille des grands centres urbains. Ce type est constitué par des groupes ethniques minoritaires au Mali. Ces familles sont adeptes des religions du terroir ou dont les cultures ont conservées une spécificité relative malgré les conversions aux religions étrangères9.

Ces familles sont analysées dans leur regroupement en communautés villageoises qui dans leur fonctionnalité locale sont comme des microsociétés soumises à pression plus forte de la société globale malienne. Au sein de ces familles/de la collectivité villageoise la relation de contiguïté spatiale est prioritairement plus importante que tout autre critère (M.Crozier, cité par Sudri B. et Verghnes R : 6). C´est ce qui nous pousse à affirmer en nous appuyant sur ces propos qui stipulent que l´organisation en village de la société malienne est une constance qui a résisté à tous les changements politiques, administratifs, économiques et soico-ethniques, car cette forme communautaire d´échange d´appropriation, de solidarité et d´hiérarchie sociale est fortement ancrée et continue à régir l´essentiel de la vie socio-économique grâce à l´existence d´une survivance tenace des structures traditionnelles du pouvoir et d´une organisation sociale fortement hiérarchisée10: de là, nous nous baserons sur l´indivisibilité des liens regroupant les individus issus de la même famille. Comme ces propos le confirment, la reconnaissance de l´appartenance à un lignage issu d´un ancêtre commun, constitue l´unité de parents la plus large mais aussi un référent socio-politique majeur de l´organisation sociale11. La liberté et égalité politique même effectives sont insuffisantes pour provoquer le renouvellement des structures familiales et partant sociales. Elles évoluent vers des formes plus adaptées à la dynamique des réalités socio-économiques pour perpétuer son existence. Tel est le cas des grandes familles dans les communautés villageoises au Pays Bwa, celles-ci ont évolué sous la pression croissante des contraintes agro-économique vers des unités domestiques de production à gestion autonome et résidence éparpillée, mais conservant une unité sociale représentative. Cette unité sociale au sein des familles tient sa représentativité du respect/crainte des individus de certaines valeurs traditionnelles socialisantes telles que les domaines terriens familiaux, les alliances matrimoniales, la solidarité et coopération mutuelle, les pratiques animistes (autels, cultes aux ancêtres, initiation au do). Au niveau de toute la société la reconnaissance de l´appartenance à la communauté villageoise, édifiant l´unité villageoise, se matérialise par les éléments de cohésion sociale (alliance matrimoniale, association et groupements de solidarité et coopération, etc). Cette unité, au de là des rapports de famille, rend la vie plus agréable dans les village. Mais évolue aussi en fonction de la dynamique des conditions de vie au village et dans la société malienne englobante.

↓6

Quant au caractère historique de l´évolution, il se réfère à la chronologie de l´évolution locale des éléments explicatifs choisis en fonction des problématiques de départ : les interactions, les pouvoirs à l´oeuvre dans la succession des évènements, les structures de production et les structures sociales, l´utilisation traditionnelle du terroir.

Par l´analyse historique nous pouvons constater que le changement actuel est inscrit dans l´évolution de la localité. Par exemple l´évolution des modes de production ou observation de la dégradation graduelle au fil des années des conditions écologiques vu sous la loupe du temps. Une illustration de historicité de l´évolution M. Mallet : 1978 cité par Sudrie B et Vergnhes R : 24 nous le réfère par ces propos en se référant au passage d´une structure agraire traditionnelle à la situation actuelle en stipulant ceci : si le milieu naturel, qui a conditionné le mode de production et d´organisation, le mouvement d´intégration, produit un renversement des rôles, c´est l´homme-producteur qui gère le milieu et provoque son artificialisation. En d´autre termes l´homme est en partie l´artisan de la dynamique sociale ou la dynamique sociale résulte de la combinaison de son génie de créer, arranger, changer, etc, mais influencé par la nature des conditions externes et du courant évolutif naturel et des tentatives de rationalisation de l´évolution de son cadre d´existence. Plus explicitement l´homme d´une manière consciente ou inconscient, rationnelle ou spontanée, dans l´hétérogénéité de ces conditions d´existence organise, ajuste, programme progressivement sa vie.

1.1.3 La dynamique sociale paysanne

Mais pour mesure les dimensions de la dynamique sociale nous avons besoin de nous référer aux différentes formes de regroupement des hommes. C´est aussi l´ensemble de ces regroupements qui donne corps à la communauté villageoise, aux clans, ethnies, entités géographiques,etc aux sociétés rurales soumises à un processus dynamique toujours plus complexe. Ces changements dans les sociétés rurales ne se réduisent pas aux réactions simples aux contraintes ou solutions d´urgence, ni comme introduits seulement de l´extérieur; sinon qu´ils sont le résultat d´une dialectique entre tradition et modernisation qui se déroule à l´intérieur des communautés à partir de ce qu´elles sont et vivent, et qui aboutit à des options conscientes qui font effectivement évoluer les comportements des gens et les structures villageoises12. Le village n´est pas cet ensemble solidaire dont l´évolution n´est soumise qu´aux seules fluctuations de l´environnement. Certes des solidarités existent et les évènements extérieurs ont leur poids de déterminations dans la vie villageoise, mais ceux ci ne prennent corps qu´au travers des différents enjeux locaux13.

↓7

Les sociétés rurales, partout sur la planète et dans leur cadre de vie, sont actives et dynamiques à leur façon (Piet Buig-Snogge : 1998 :173). En plus de la dynamique sociale interne propre à la communauté ou société en question, elles sont saisies à la fois par une dynamique sociale inscrite dans un ensemble ou des ensembles géographiques, économiques (circuits d´échange) sociaux ou culturels (ouverture ou fermeture du groupe à la modernisation, aux sociétés qui l´entourent, avec qui elle est en contact physique ou symbiotique)14

Ce phénomène de la dynamique sociale au Pays Bwa nous l´analyserons suivant ces deux illustrations :

1.2 Le cercle de Tominian : entité territoriale Bwa

↓8

Le Pays-Bwa, comme son nom l´indique, est l´aire de vie de l´ethnie bwa. Cette entité territoriale bwa constitue la grande partie du cercle de Tominian dans la région de Ségou. Le cercle de Tominian se situe géographiquement au Nord-Est de la partie centrale du Mali, entre le 13-14° latitude Nord16. Il bénéficie donc d´un climat tropical de type sahélien, c´est-à-dire la savane sèche (Brasseur, 1968,356; Barth, 1986, 97 cité par Krings T.), un véritable mélange d´un couvert herbacé abondant, d´arbustes et grands arbres comme : le karité, néré, baobab, caïlcédrat, etc. Cette végétation présente des diversités du couvert végétal, en ce qui est de sa densité, de la taille et la forme des arbres, dictées par le gradient de pluviométrie. Le Nord, avec ses moyennes de pluviométries annuelles enregistrées tournant autour des 500mm, se caractérise par une abondance de buissons surtout épineux, d´arbres de plus en plus espacés à taille réduite et une couverture herbacée moins abondante et de taille réduite (ici dominent des espèces rustiques annuelles). Le Sud par contre bénéficie d´une pluviométrie tournant autour des 700 mm, présente une végétation plus dense et constituée de hautes herbes et d´arbres relativement grands. Il est cependant très impressionnant de voir comment se présente la végétation autour des agglomérations villageoises et dans les emplacements de champs surtout. Là, les espèces traditionnellement protégées (karité, néré, tamarinier, baobab, résinier, prunier, balanzan, kapokier, caïlcédrat) forment une sorte de parc botanique artificiel.

Le climat sahélien se caractérise au Bwa Land/Bwa-tun par quatre saisons bien différentiées par les paysans enquêtés :

  1. Ho yi o ou saison des pluies qui s´étend de mi-juin à mi-octobre et se caractérise par des tornades (pluies torrentielles et vents violents mélangés), avec des maximales de précipitations en fréquence, durée et quantité dans la deuxième quinzaine du mois d´août et une réduction des températures. C´est aussi la période de végétation des plantes et par conséquent consacrée aux cultures des champs.
  2. Ho lo o mè nan ou période des récoltes, couvre la période de mi-octobre à mi-novembre. Elle se traduit par des températures relativement élevées en octobre et basses en novembre. C´est le temps de récollection des récoltes arrivées à leur maturité et aussi la fin des précipitations. Comme pendant la saison des pluies, c´est la période de pique de travaux chez les paysans.
  3. Ho mû tan nu ou saison froide, elle va de la moitié du mois de novembre à la moitié du mois de mars et se définie par des températures relativement basses entre 10-20°c, de vents violents soufflants d´Est à l´Ouest (l´harmattan). Pendant cette période de l´année, les paysans s´adonnent aux activités maraîchères, de petit commerce et cueillette. De même, ils profitent de ce moment pour “réchauffer„ les relations sociales par des visites de courtoisie aux parents, amis et connaissances résidents dans d´autres villages. Non moins important, c´est à partir du mu tan nu que commencent les festivités et réjouissances et dureront jusqu´aux approches de l´hivernage en mi-juin.
  4. Ho so sua ou saison chaude, s´étend de la moitié du mois de mars à la moitié du mois de juin. Elle se caractérise par des températures extrêmes surtout au mois d´avril et de mai. Les paysans s´adonnent, pendant cette période de l´année en plus des activités et festivités de la saison froide, aux occupations comme l´intensification de la réparation et construction des maisons et préparation de champs. ( Tableau 2 : Evolution du calendrier agricole et des activités paysannes au Pays-Bwa ).

↓9

Les effets combinés des variantes du relief et la croissance dégressive de la pluviométrie du Nord au Sud du Bwa-tun marquent les particularités végétatives du paysage. En effet situé entre la rive droite du Bani (cours supérieur) et la rive gauche de la Volta Noire au Burkina-Faso, la logique topographique dicte au Bwa-tun un relief relativement accidenté. A l´Est et le long de la frontière avec le Burkina-Faso se situent les prolongations des falaises de Bandiagara qui rejoignent vers le Sud-est les chaînes de Koutiala. Par endroit, il faut noter aussi, sur les terroirs villageois des effleurements rocheux et/ou latéritiques. Cette topographie a donné naissance à des cours d´eau ou marres permanent et semi permanents. Ce potentiel hydrique améliore non seulement la végétation sahélienne mais aussi atténue les retombées de la pluviométrie devenue aléatoire ici et partout au Mali.

La pluviométrie moyenne annuelle dans notre zone varie entre 500 mm environ au Nord (secteur de Djiamakan) et plus de 700mm au Sud (secteur de Touba). Cette pluviométrie présente de grandes irrégularités et variations dans le temps et dans l´espace. Comme dans le reste de toute l´étendue du Mali.17

Cette aire géographique de l´ethnie bwa s´étend du Nord-Sud sur une longueur d´environ 100 km. et d´Est-ouest sur une largeur d´environ 50 km.

↓10

Les sols dans notre zone d´étude appartiennent aux grands ensembles de sols ferrugineux tropicaux, au pseudogrey et à concrétions (grès de Koutiala).Les types de sols dominants sont de nature très peu profonds et de faibles fertilité : sols sableux, sableux-limoneux et des cuirasses latéritiques issues des anciennes formations de Koutiala. La nature des sols et la présence des cours d´eau (dépressions) associées aux influences de l´homme favorisent, voir même, accélèrent le processus de dégradation des sols. L´érosion éolienne et hydrique ont laissé partout dans le terroir leurs empruntes. Les espaces nues, ensablés ou couverts de gravier, incultes par conséquent, sont partout visibles, matérialisant ainsi aux yeux des paysans la réduction des terres cultivables.

Le cercle deTominian représente l´entité régionale de l´ethnie bwa au Mali. Ce groupe bwa ethnologiquement appartient au groupe des peuples voltaïques18. Pendant qu´au Burkina-Faso l´ethnie Bwa constitue un important peuplement, au Mali par contre, en comparaison avec les autres ethnies, il est représenté par une minorité : 2% de la population totale du Mali.

Du recensement de la population du Mali en 1998, la population du cercle de Tominian est de1679201 personnes avec une densité moyenne de 20 habitants. /km² et un taux de croissance de 1,6% par an19.

↓11

Comme c´est la règle partout dans la partie Sud du Mali, ici cohabitent les Bwa avec d´autres groupes ethniques dispersés en village entier dans le Pays-Bwa ou cohabitant avec les Bwa dans le même village (Voir dans l’annexe Carte du Mali : Répartition ethnique au Mali). Ce sont les Dafing, Dogons, Mossi, Minanka, Peuhl, Bozos, Senoufo. Les Dafing forment en général des villages entiers dispersés sur toute l´étendue du cercle, mais ils ont surtout une présence plus marquée vers la limite Est du cercle de Tominian avec le Burkina-Faso, vers Koula, ou cohabitant avec les Bwa dans le même village (Soundé, tous les gros villages comme Fangasso, Tominian, Benena, Yasso..). Les Dogon sont regroupés vers l´Est dans le secteur de Somadougou aux pieds des prolongements des falaises de Bandiagara. Les personnes appartenant à l´ethnie Mossi ont été recensées dans le secteur de Benena. Quant aux Minianka, leur présence se matérialise dans le cercle de Tominian vers le Sud, dans le secteur de Touba, à l´occurrence à la frontière avec le Pays Minianka. Il en de même pour l´ethnie Bozo qu´on retrouve sur tout le prolongement de la vallée du Bani. Les Peuhl quant à eux, de leur habitude nomade, même s´ils se sédentarisent, conservent toujours leur fulanité 20 en ce qui est de l´habitat. Ils forment leurs hamaux aux alentours immédiats des villages ou quelque part dans le terroir. Dépuis la quasi permanence des années de sécheresse, leurs hamaux se multiplient partout sur les terroirs villageois. Leur présence permanente sur les terroirs villageois est généralement vue d´un mauvais oeil, pour des raisons historiques et la menace que représentent leurs troupeaux pour les cultures agricoles et le l´environnement.

L´ethnie bwa au Mali est l´une des rares qui a pu conserver son identité culturelle contre l´invasion Islamique et la colonisation. A la différence des autres ethnies pratiquantes musulmanes, les Bwa sont pour la plupart animistes, un nombre croissant de catholiques et protestants, fait traduisant leur besoins et nécessité d´ouverture. Fort de cette tendance évolutive, l´Islam a ici chez les Bwa très peu d´adeptes.

La langue parlée est le Bomun, avec des nuances linguistiques zonales (Nord, centre et Sud). La loi du milieu oblige les autres ethnies minoritaires à apprendre la langue Bomun et les Bwa la leur: presque tout Boo parle le bambara et un nombre toujours plus important de Dafing, Peuhl, Dogon, Minianka, Bozos parlent aussi le Bomun.

↓12

L´organisation administrative des villages est plus orientée vers le système traditionnel avec un pouvoir de décision important des chefs de village, de leurs conseillers et du conseil des vieux. Les jeunes, aussi modernes et fonctionnelles que soient leurs organisations, gardent toujours leur statut d´exécutants du pouvoir traditionnel. Cet état de fait restera aussi longtemps que la succession du pouvoir au village serra héréditaire. Les jeunes étant le moteur de la dynamique sociale, comment la jeunesse arrivera-t-elle à conjuguer leur nécessité d´évolution et respect des normes sociales traditionnelles au Pays Bwa ?

Dépuis l´avènement de la troisième République au Mali et son accompagnement par la décentralisation du pouvoir, l´administration étatique est représentée par les communes. Dans le cercle de Tominian elles sont au nombre de 12. Elles se sont substituées aux chefs lieux d´arrondissements et sont formées par un groupe de villages sur une base d´affinité. Elles sont représentées dans les villages par les chefs de villages et les conseillers du maire, élus par l´ensemble des villages constituants la dite commune.

La décentralisation du pouvoir étatique qui est à l´origine de la mise en place des communes est un changement politique nécessaire et obligatoire à l´époque de son avènement. En fait,, le pouvoir autoritaire que la démocratie a remplacé était devenu invivable pour l´ensemble des maliens des villes et surtout des campagnes: répressif, corrompu et anti-productif/anti-évolutif pour les populations rurales, support de l´économie nationale.

↓13

La commune est vue comme une organisation étatique pro-villageoise. Cette image élimine l´impopularité, la méfiance des ruraux du pouvoir étatique et fait même renaître leur sentiment d´appartenance, un regain de confiance à eux-mêmes et au pouvoir21.

Les ruraux au Pays Bwa sont traditionnellement des agriculteurs qui pendant l´hivernage s´adonnent à la culture du mil, sorgho, fonio, maïs haricot niébé, pois de terre, riz, dah, igname comme cultures vivrières et à la culture de l´arachide, sésame, coton, dah en fibre, comme culture de rente.

Durant la saison sèche qui s´étale sur sept mois et demi à huit mois, le jardinage occupe de plus en plus les paysans. Dans les parcelles maraîchères sont cultivés : oignon, patate douce, tabac, manioc, légume de tout genre. L´arboriculture qui est à l´origine du jardinage ici au Pays Bwa représente une forme inconsciente de reboisement qui a reverdit le paysage de beaucoup de villages. L´arboriculture s´est surtout intéressée à la plantation d´arbres fruitiers comme les manguiers, les agrumes, citronniers, papayers, guayavier. De là, l´utilité des arbres fruitiers pourrait-elle motiver un programme de reboisement plus vaste ?

↓14

Jadis gros cultivateurs de mil et sorgho, aujourd´hui on assiste à une certaine métamorphose laborale chez les populations bwa. Dépuis la quasi permanence de la sécheresse dans la zone, l´élevage domestique et l´agriculture sont désormais inséparables. Non seulement pour la sécurité financière que représentent les animaux, mais pour leur usage comme force de traction et leurs déchets, qui sert partout aujourd´hui à améliorer la fertilité des champs. Cet agro-pastoralisme chez les paysans interpelle la connaissance ou l´apprentissage de nouvelles expériences productives. Comment concilier l´élevage et l´agriculture ? Si la permanence du conflit entre éleveurs peuhl et cultivateurs est surtout dû aux dégâts occasionnés par les animaux aux cultures. Cela constitue un défie à gagner pour les cultivateurs bwa et dafing, compte tenu de la rationalité circonstancielle de la combinaison de l´élevage à l´agriculture/l´agro-pastoralisme.

En fait, le support économique que représente l´élevage domestique est plus d´un titre reconnu par tous les paysans. A la fois ils sont conscients de sa contribution, sous sa forme extensive, à l´agriculture et les dégâts qu´il porte à l´environnement. Son intensification devient un impératif dicté par les limites territoriales. La croissance du nombre d´animaux par km², réduit le fourrage et dégrade le couvert végétal. A la limite, beaucoup de paysans interrogés avouent que pour pouvoir maintenir son cheptel d´animaux bien nourris, ils sont obligés de l´apporter de l´aliment bétail/foin. Du coup ils restent plus longtemps sur place favorisant l´entassement de leurs déchets utilisés pour la fertilisation des sols.

Dans toutes les campagnes maliennes, comme Paul Pellisier le disait se référant aux Sérer du Sénégal, la civilisation agraire fondée sur les seuls produits de la production de la terre et du troupeau a fait place à une économie rurale où la part de la production agricole dans les ressources globales, naguère exclusive, a notoirement diminué22. Ainsi, il a été constaté que les contraintes de leur cadre de vie ont obligé les paysans ici au Pays Bwa à diversifier leurs activités pour sécuriser leur production de subsistance. Ainsi pendant la saison sèche, le petit commerce occupe de plus en plus de cultivateurs. Le commerce de part sa nature en partie frauduleuse, jadis n´avait attiré les Bwa, partisans de l´honnêteté, la droiture et la franchise. Cette activité s´identifiait avec les Dafing, d´où l´expression chez les Bwa, duayiro o lo siri ulè nun. C´est-à-dire commerçant comme un Dafing. Dans les faits observés chez les Dafings, femmes et hommes ont des habitudes mercantiles, séculaires qui de nos jours ont dépassé les limites zonales et nationales. Les questions se succèdent sur l´adoption et l´essor des pratiques mercantiles chez les Bwa. : serrait-il une imitation de leurs voisins Dafing ? Ou une décadence de leur Bomun (faits caractérisants le vrai Boo) ? Ou bien une alternative, tribut de la loi de l´évolution socio-économique naturelle qui a excité leur intérêt mercantile ? A ces questions nous tenterons d´apporter des réponses pertinentes dans les chapîtres qui suivront.

↓15

Un élément socio-culturel, non moins significatif de différentiation des Bwa des autres ethnies minoritaires au Pays Bwa, est la consommation de la bière de sorgho ou du gnan : boisson alcoolisée à base de sorgho cuit et puis fermenté. La bière de sorgho couramment appelée dolo, avant sa consommation commune de plaisir ou de divertissement, a une signification socio-antropologique dans la société bwa. Elle est partie intégrante des sacrifices sur les fétiches, d´offrandes aux ancêtres, par les buan û an et pèro sun nun (quantités de dolo offertes par la dolotière aux ancêtres ou au chef de famille pour qu´ils implorent les bons esprits afin que la vente et consommation du dolo préparé se déroulent dans la paix; mais ces quantités de dolo sont consommées par tous les membres d´une même grande famille et sert de motif de réunion et d´occasions de débat des questions divers) 23, elle symbolise l´unité dans les grandes familles. La volonté de maintien de cette pratique et l´incompatibilité de la consommation d´alcool avec les pratiques de l´Islam sont certaines des raisons présumées par nombre de Bwa de l´échec de l´introduction de l´Islam chez les Bwa.

De nos jours, la pénurie céréalière quasi permanente et la réduction du bois de chauffage remettent en question la fabrication de la bière de sorgho. Les pratiques de contournement et d´évitement sont entreprises et seront, sans le moindre doute, appliquées. Mais ce qui est certain, le phénomène bière de sorgho peut évoluer vers des formes plus modernes, mais persistera aussi longtemps que l´ethnie bwa existera. Car il s´agit d´un fait qui dépasse le cadre d´une habitude ordinaire. En marge des menaces qu´il représente pour la sécurité alimentaire et l´environnement, il constitue de plus un fait discriminatoire, ayant déjà assez terni l´image du Boo au sein de la société malienne fortement Islamisée.

Le cercle de Tominian, presque confondu en superficie au Pays Bwa, par sa situation géo-climatique sahélienne et sa topographie, répond à toutes les caractéristiques de cette zone climatique (voir Carte du cercle de Tominian). Bien que le relief apporte par endroits des microclimats atypiques, il présente toutes les contraintes classiques tributaires de cette zone du Mali central. Pour nous distancer des multiples travaux écrits sur ces aspects géo-climatiques, nous avons choisi volontiers d´étudier le Boo et son Bomun, face à l´évolution comme processus universel propre au commun des vivants. Dans les neuf villages, retenus dans un premier temps, suivant qu´ils soient bwa ou dafing ou bien mixte et moderne ou traditionnel (Voir Tableau 1 : Villages d´enquête au Pays-Bwa), pour enquêter sur les hypothèses que nous nous sommes fixées, les grandes questions que nous nous avions posé se réfèrent à :

↓16

Comme nous le verrons, tout laisse à voir que ce milieu, qui est dans les faits „le parent pauvre“ des grands projets de développement étatiques et non étatiques, jouit de ce fait d´un processus de développement endogène24 conséquent, car peu catalysé par des intervenants extérieurs ou résiste de son mieux à leurs effets catalyseurs.

1.3 Pourquoi cette étude ? Concept et objectifs

L´idée motrice de l´approche de cette thématique est de mettre à la disposition des populations du Pays Bwa et des observateurs externes un document scientifique qui substitue à l´image péjorative du Pays Bwa - marginalisé, retardataire, conservateuretc-, une vision plus dialectique des avantages et inconvénients du métissage indispensable et inévitable entre les pratiques agro-sociologiques traditionnelles et les éléments de la modernisation rurale dans la localité.

↓17

L´objectif de base du travail par conséquent est de chercher à expliquer la conjugaison d´une série d´indicateurs impliquant le non changement (permanence de la tradition) et l´aspect évolutif dans les communautés paysannes du Pays Bwa.

Cartes du Mali : Localisation géo-climatique du cercle de Tominian au Mali

Source : Mission de décentralisation et des reformes institutionnelles-Rep.MALI : 1999


Notes en bas de page et Endnotes

1  Spencer 1874 - 1875, Durkheim 1893, cité par Dictionnaire de la sociologie. Larousse, Science de l´homme 19993 :96.

2  Mendras H.Elements de sociologie, 1989 :202.

3  Mendras H. Elements de sociologie, 1989 : 203.

4  Sudrine B et Vergnhes R, Le changement dans la localité rurale, Essaie sur la logique d´un processus de recherche : 1987 :20.

5  Floquet Anne : Potentiel d´un développement rural endogène : une étude de cas au Sud du Bénin. Afrika Spectrum, 28 : 1993 :380.

6 Lazarre Séhouéto Lazare Maurice : Savoirs locaux ou savoirs localisés?: La production des savoirs agricoles paysans au Bénin: éléments empiriques pour une anthropologie sociale des savoirs “locaux„. Inaugural-Dissertation zur Erlangung des Doktorgrades am Fachbereich Philosophie und Sozialwissenschaften I der Freien Universität Berlin:23-24.

7 Devèze Jean-Claude : Le réveil des campagnes africaines. Ed. KARTHALA, 1996 :59-65.

8 Sudrie B. et Vergnhes R. 1987 : 30.

9  Brehima Beridogo Beridogo Bréhima : La famille : structure et diversité. Recensement général de la population et de l´habitat. Analyse de la fréquentation scolaire et alphabétisation. Annuaire des statistiques scolaires, Ministère de l´éducation 1991 (121-137) République du Mali/DNSI 1991 :122-136.

10  Kassibo Bréhima : La décentralisation au Mali : état des lieux. Association Euro-Africaine pour l´anthropologie du changement social et du développement (APAD). Bulletin N° 14 Déc. 1997 :53,67

11  Hertrich V. : Permanences et changements de l´Afrique rurale : Dynamiques familiales chez les Bwa du Mali. Etudes du CERPED N° 14. Centre français sur la population et le développement (EHESS - INED - INSEE - ORSTOM - Université Paris VI) Déc. 1996 :49.

12 Piet Buig-Snogge : Initiatives Paysanne d´Afrique de l´Ouest : L´Harmattan 1998 :178

13 Brehima Kassibo La décentralisation au Mali : état des lieux, APAD. Nr 14. Déc. 1997 :44

14  Veronique Petit : Collection Populaire : Migration et société Dogon : CERPAA/CRPS/ORSTOM : 1994 :11

15  Sudrie B et Vergenhes R., 48-49 et 54

16  Krings Thomas, Agrarwissen bäuerlicher Gruppen in Mali/ Westafrika. Abhandlungen – Antropo-geographie Institut für Geographie Wissenschaften Frei Universität Berlin, Sonderheft 3, Berlin 1991 :157 - 180

17  Koné Daouda et col. Diagnostic de base de la zone d´intervention du programme de diversification des revenus en zone non cotonnière du Mali-Sud. Equipe système de production et de gestion des ressources naturelles, Centre régional de recherche agronomique de Niono. Institut D´Economie rurale, Ministère du développement rural et de l´eau. Rep. Du Mali, Juillet 1998 :8-13.

18  Barth, Hans Karl: Mali: eine geographische Landeskunde. Wissenschaftliche Länderkunde; Bd.25, Darmstadt 1986 (188-206).

19  République du Mali : Recensement général de la population et de l´habitat (avril 1998) Résultats provisoires. Ministère de l´économie du plan et de l´intégration, juins 1998 (26-33).

20  Terme emprunté de l´appellation bambara fula qui veut dire Peuhl et utilisé pour qualifier tout ce qui a trait à la culture peulh, voir et Diallo M. et Coulibaly D.: Référentiel régional: Etude générale sur le Fuladugu, Helvetas,Bamako 1990.

21  Bréhima Kassibo : La décentralisation au Mali : état des lieux. Association Euro-Africaine pour l´anthropologie du changement social et du développement (APAD). Bulletin N° 14 Dec. 1997.

22  Pellisier Paul dans “Chantal Blanc-Pamard, Luc Cambrézy et col., Dynamique des systèmes agraires : Terre, terroir, territoire : les tensions foncières. ORSTOM : Institut français de recherche scientifique pour le développement en coopération. Centre d´études africaines URA 94, CNRS-EHESS Paris. Collection : Colloques et séminaires, Paris 1995„ (25).

23  Diawara Sidi : Interview audio du Père Bernard de Rasilly, L´abbé Jean Koné et de Keita François sur les Bwa : Connaissance du Mali, Programme de RTM, 1997.

24  Streiffeler F. :Endogene Entwicklungsvorstellungen in Zaïre: eine vergleichende Untersuchung bei den Komo und Yira ( Nande ). Sozialwissenschaftliche Studien zu internationalen Problemen Band185- Saarbrücken; Fort Lauderdale: Breitenbach, 1993

25  Sudrie Brigitte, Vergenhes Régine : Le changement dans la localité rurale, Essai sur la logique d´un processus de recherche. U.E.R de Géographie, Etudes rurales. Université de Toulouse-le-Mirail, juin 1987 : 46-52.



© Die inhaltliche Zusammenstellung und Aufmachung dieser Publikation sowie die elektronische Verarbeitung sind urheberrechtlich geschützt. Jede Verwertung, die nicht ausdrücklich vom Urheberrechtsgesetz zugelassen ist, bedarf der vorherigen Zustimmung. Das gilt insbesondere für die Vervielfältigung, die Bearbeitung und Einspeicherung und Verarbeitung in elektronische Systeme.
DiML DTD Version 4.0Zertifizierter Dokumentenserver
der Humboldt-Universität zu Berlin
HTML generated:
28.11.2006