2 Programme et méthodologie de la recherche

2.1  Calendrier et déroulement des travaux

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La zone d´étude a été le Pays-Bwa dans le cercle de Tominian / Mali.

1- Description du déroulement schématique de la recherche

L´analyse explicative de notre thème de recherche : « La problématique d´articulation de la modernisation à la tradition au Pays-Bwa dans le cercle de Tominian au sud-est malien » nous met devant un paradoxe social, celui des communautés paysannes du Pays-Bwa - une société marginalisée, traditionnelle et renommée conservatrice - confrontées aux influences extérieures de la modernisation rurale.

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Vu la complexité de l´enjeu social que nous nous avons proposons d´enquêter, un certain pragmatisme opérationnel d´approche semblait nécessaire. Cela étant, l´étude du thème avait été divisée en trois sous enquêtes, pour une meilleure analyse,

Enquête de l´environnement agro-écologique :

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Dans cette enquête, nous nous sommes servi entre autres de l´analyse secondaire de documents, de l´analyse de contenu et de l´interview informelle comme instruments de recherche pour définir la localité à étudier : le Pays-Bwa. Cette circonscription socio- spatiale du Pays-Bwa dans le cercle de Tominian nous a permis de déterminer les caractéristiques physiques, géo-climatiques qui conditionnent à la fois les systèmes sociaux, systèmes de production et les formes d´utilisation et d´appropriation de l´espace.

Les informations requises ont été tirées de l´analyse de documents, rapports étatiques et non étatiques (de la mission catholique et des ONG) ; ainsi que des discutions causeries avec des personnes sensées connaître bien le Pays-Bwa et son histoire.

Après cette définition socio-spatiale du Pays-Bwa, nous avons abordé l´approche du mode de production traditionnelle des communautés villageoises. Les catégories d´observation dans cette étape ont été : le village, les groupements formels (groupes lignatiques) et informels (associations villageoises traditionnelles et modernes), la famille ou groupe domestique de production et l´individu, pour cerner les traits marquants de la permanence de tradition jusqu´à la date.

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L´accès aux informations recherchées nous avait obligé à porter notre analyse sur les indicateurs suivants : l´organisation sociale, politique et de l´organisation de la production et plus explicitement sur la structure et le fonctionnement social, le contenu des relations sociales ainsi que sur la distribution spatiale des zones de production, les types de cultures, le calendrier des activités agraires, les techniques agraires, la modalité d´appropriation du sol, l´organisation du travail, etc.

Les catégories des recherches nous les avions choisi suivant des critères de choix que nous nous avions fixés et en consultation avec les personnes ressources sur place.

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Compte tenu de la complexité de l´enquête du mode de production traditionnel, nous procéderons pour la collecte des données par une combinaison de méthodes de recherches empiriques en utilisant à l´occurrence des instruments de recherches bien adoptés à notre cas. Voir en annexe Tableau x 1: Statistiques administratives et démographiques du Cercle de Tominian.

Photos Nr. 1 : Quelques conditions de déroulement de l´enquête au Pays-bwa - Cercle de Tominian/Mali.

Tableau 1 : Villages d´enquête au Pays-Bwa

Types de villages

Traditionnels

(noms)

Modernes

(noms)

Total

Bwa

Batilo

Marékuy

Somadougou

Sokoura

Touba

5

dafing

Koula

-

1

bwa et dafing

Soundé

Benena

Fangasso

-

3

Total

8

1

9

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2-Séjours de recherche dans la zone d´étude : le Cercle de Tominian / Mali.

Recherche terrain : une enquête répétée au Pays-Bwa dans le cercle de Tominian a été effectuée. Deux séjours sur terrain d´une durée de sept mois en tout, durée qui a été répartie en deux périodes de trois et demi chacune:

● 1° période du séjour sur terrain, du mois de novembre 1998 à février 1999. Ces cent vingt (120) jours ont été répartis comme suit : 70 jours dédiés à l´enquête au niveau des dix villages choisis, 35 jours pour l´enquête de l´influence des innovations au Pays-Bwa et 15 jours de congés laborieux

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Du mois de mars au mois de décembre 1999 interprétation et évaluation des données collectées dans cette première recherche sur terrain.

Du mois de janvier à septembre 2000, préparation du deuxième séjour de recherche sur terrain.

● 2° période du séjour sur terrain, du mois de novembre 2000 à févier 2001. Des 109 jours de durée du séjour sur terrain au Mali, 89 jours ont été consacrés pour l´enquête dans les 8 villages retenus et 16 jours pour des problèmes personnels

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c - Interprétation et évaluation finale des données collectées

d- Rédaction du travail

2.2 Méthodes et instruments de recherche

L´objectif principal de cette recherche est d´appréhender la problématique de la dynamique sociale au Pays-bwa. Ce phénomène est enquêté comme une situation vécue de l´articulation de la modernisation à la tradition dans cette localité, marginalisée et réputée conservatrice, du Sud -Est malien.

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Compte tenu de la complexité de l´enjeu social que nous nous proposons d´enquêter et de la confiabilité espérée des données à collecter, nous optons pour notre action de collecte d´informations sur terrain une combinaison de méthodes et d´instruments de recherche empirique de sociologie choisis et adoptés à notre thème de recherche.

Ces méthodes et techniques empiriques de recherche de sociologie se présentent comme suit :

1 Methode du questionnaire :

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2 Methode de l´observation

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3 Méthode de l´analyse de contenu

4 Méthode d´évaluation et d´interprétation des données

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2.3 Enquêter dans son propre milieu d´origine : avantages et difficultés

Enquêter dans son propre milieu, dans ce cadre bien précis, est une volonté qui rejoint les objectifs moteurs de ce travail. A prime abord l´expérience, par sa facilité apparente, est tentante. Une recollection de données dans un contexte social qu´on connaît ne doit en aucun cas poser de problèmes majeures. Je partageais le même point de vue avant les séjours passés dans les villages enquêtés du Pays-Bwa ou Bwa-tun. Les faits vécus de cette enquête prouvent une discrepance entre apparence et réalité. Après cette expérience sur terrain, je peux avouer que mener une enquête dans son milieu d´origine présente autant d´avantages et de difficultés que quand on le fait dans un milieu inconnu. Je précise tout de même que les avantages et contraintes qui se présentent sont de natures différentes dans les deux cas.

Pour mieux comprendre mon sentiment d´appartenance et la dimension de mes connaissances du Pays-Bwa, je tiens à donner ces quelques précisions/détails sur ma personne. Je suis d´une famille bwa originaire du Burkina-Faso qui a migré dans le village de Somalo au Mali. Somalo, où je suis né et grandi, se situe à l´Est du Bwa-tun, sur la frontière du Bwa-tun et du Pays-Dogon au pied des prolongements des falaises de Bandiagara. Pendant ma formation primaire, grâce à mon grand frère enseignant à l´école privée catholique et les mutations fréquentes qui jadis caractérisaient ce service, j´ai eu le privilège de fréquenter différentes écoles privées catholiques : Waramata ou Danekuy, Togo, Mandiakuy et San. Ainsi dès mon enfance j´avais pu accumuler des connaissances sur notre zone d´origine. De plus, toutes mes vacances se passaient au village chez mes parents à Somalo. Même présentement, mes visites au village sont très émotionnelles.

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J´ai, partant de ces faits, vécu certaines transformations sociales, économiques et écologiques perpétrées dans la zone. Je parle la langue Boo ou le Bomun même avec ses nuances zonales. Néanmoins, je dois signaler que mes séjours prolongés à l´extérieur (au Cuba et en Allemagne) dans le cadre de ma formation m´imposent désormais à faire une différence entre volonté et possibilité. Pendant tous mes séjours au Bwa-tun j´ai voulu toujours mener ma vie comme avant, sans aucune restriction pour la nourriture, les loisirs, les travaux,etc. Mais dans certains cas mon organisme n´obéissait plus : apparition de troubles digestifs surtout. Dans les villages, les paysans interprètent ce fait par une modernisation ou europennisation de mon organisme.

Ma présence dans la zone pour enquêter a été considérée pour beaucoup d´interlocuteurs/personnes-ressources bwa comme une preuve d´engagement social digne d´éloge. Pour les Bwa dépuis les évènements de leur révolte de 1915-1916, ils sont victimes d´une répression ouverte ou camouflée, marginalisation et discriminalisation de la part de l´administration. Même les organisations non-gouvernementales, plus ou moins suivants les cas, ont adopté cette position vis à vis de l´ethnie. Une preuve éloquente pour cet état de fait est l´ancienneté et la représentativité dont jouissent les programmes de développement de l´église catholique. C´est elle qui a initié les vrais programmes de développement dans la zone. Pour eux, se référant au processus de développement en général, ils expliquent les faits comme suit : tout ce qui est juste va de l´avant, aucun du commun des mortels ne peut détenir ou bloquer la dynamique naturelle du monde. Aujourd´hui parmi nos enfants instruits (en se referant à ma personne), si certains s´intéressent à notre cause/sort cela ne peut être que pour du bien. Ces témoignages à l´endroit de ma personne, me rassuraient un soutien moral chez beaucoup de mes enquêtés et témoignait une prédisposition à me faciliter la tâche.

Quant aux techniques d´enquête utilisées (entretien formel et non structuré, l´observation participative, discussion de groupe), mes connaissances du mode de vie m´ont été d´un grand recours pour avoir des informations capitales ou même pour vérifier les informations recueillies. Par exemple pour mieux m´informer sur les actualités du village, j´ai utilisé dans beaucoup de localités enquêtées le cabaret ou communément appelés gnan-zun comme le lieu de rencontre de tous les villageois hommes et femmes, même si pour l´une ou l´autre raison certain des présents ne consomment pas la bière de mil. C´est là qu´on découvre non seulement les réalités/ le vrai visage des villageois mais aussi qu´on peu créer des sympathies. Dans ces cabarets /gnan zuin, j´ai pu lors de mes séjours dans les villages apprendre plus qu´aux réunions de groupe. Les gens détendus par l´effet de l´alcool étaient dans ce cadre de la boisson plus loquaces.

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Par ailleurs, les changements socio-éconmiques et agro-climatiques, je les ai vécu et peux témoigner comment tel ou tel cas se présentait, il y a au moins trente ans et comment cela l´est aujourd´hui.

En ce qui est du déroulement des enquêtes, toutes les personnes ressources, pour la plupart, étaient des gens connus. Dans ces villages, j´étais connu ou identifié par le système de contrôle de provenance locale ou d´appartenance lignagère ou familiale : issu de tel village ou fils d´un tel, ou bien appartenant à telle famille dans tel village, frère, cousin, neveuxetc Une fois ce contrôle d´identité effectué, un certain climat de confiance était créé pour tout le monde. Mais pour acquérir le maximum de confiance au delà de la confiance hospitalière, j´avais besoin de témoigner d´un sérieux sans reproche, d´une modestie et facilité de socialisation.

L´acquisition rapide de ce climat de confiance ou acceptation au village était une économie de temps pour aborder des questions/thèmes plus pertinents. De même, la connaissance de la langue avait aussi contribué à réduire ce temps d´intégration/d´acceptation social. Toutes les questions étaient directement posées en Bomun et par conséquent bien comprises par tous mes interlocuteurs. Les réponses aux questions de ce fait, étaient immédiatement sélectionnées suivant leur qualité (bonne, plus moins bonne, mauvaises ou douteuses).

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Il n´y avait aucune limitation pour m´associer aux activités du moment. Ainsi en plus des visites dans les cabarets pour partager ce moment sacré avec mes hôtes, j´ai partagé partout avec eux aussi leurs activités quotidiennes : assisté à des travaux collectifs, à des réjouissances, à des cérémonies de deuils, à des cultes /cérémonies religieuses, à des réunions de famille, à des procès traditionnels, à des travaux champêtres de jardinage. (VoirPhotos Nr. 1: Quelques conditions de déroulement de l´enquête au Pays-bwa - Cercle de Tominian/Mali ).

Les hôtes, au village en milieu rural en général et au Pays-Bwa en particulier pour ce qui nous intéresse, bénéficient d´un accueil et respect à la mesure du rang et respect social de son logeur au sein de la communauté villageoise. Comme le dit ce proverbe, ce qui se ressemble s´assemble. Mais il y a lieu à différentier les hôtes, car cela n´est pas vérifié dans tous les cas. Les hôtes qui arrivent pour la première fois dans un village : hôtes inconnus ou nuhun sulé. Ceux-ci cherchent l´ébergement dans la première concession qu´ils rencontrent ou peuvent demander à être conduits chez le chef de village pour plus de sécurité. Ensuite nous avons les hôtes autochtones ou connus nuhun lolo. Ce sont des hôtes qui, en arrivants dans un village, savent déjà, par recommandations ou relations de nature diverse, chez qui ils vont loger. Ainsi un hôte du chef de village ou d´un notable du village jouit automatiquement de respect au village. Tel ne serrait pas le respect dont bénéficierait, l´hôte d´un démuni, homme de caste ou délinquant villageois. Il faut ajouter à cette classification des hôtes, le sens de l´accueil chez les bwa. Partant du fait que chacun est appelé un jour d´être hôte quelque part chez quelqu´un, l´accueil chez les Bwa est comme une obligation morale. De ce fait tout étranger doit bénéficier d´un accueil classique : donner à manger, offrir où dormir, de l´eau pour se laver. Donc tout hôte dont l´accueil dépasse ce cadre classique doit s´estimer bien reçu voir même accepté ou intégré. Dans mon cas, comme je logeais dans tous les villages enquêtés chez le chef de village et j´étais vite identifié et de plus j´acceptais le mode de vie sans la moindre réserve, mon acceptation ou intégration sociale se faisait sans problème.

Néanmoins en marge de ces aspects positifs du déroulement de l´enquête sur terrain dans mon milieu d´origine, ils s´étaient présentées certaines contraintes de différentes natures : techniques, subjectifs, etc.

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Reconnu par mes interlocuteurs comme un cadre intellectuel des leurs, partout où je suis passé, les villageois monnayaient leur disponibilité d´informants contre une acceptation de ma part de les aider à trouver des projets pour tel ou tel action chez eux ou servir d´intermédiaire entre eux et l´administration. Compte tenu du nombre de villages (neuf pendant le premier séjour et huit pour le second) et du type d´appuis sollicités, je ne pouvais m´occuper de toutes ces sollicitudes en ce moment. Avant de m´engager dans un tel programme, je dois avant tout évaluer les données recueillies et présenter le travail. Ce manque de réactions concrètes à leurs sollicitudes de ma part a un peu refroidi mon accueil dans certains villages.

La modestie dont j´ai témoigné lors de l´enquête et de ma transformation spontané en vrai villageois avait joué en défaveur de mes conditions d´ébergement. Dans certains villages, mes hôtes, ne me considérant plus comme étranger, réduisaient l´attention à ma personne. Il arrivait des jours qu´on se préoccupait pas du tout si j´avais eu à manger ou pas. Dans certains cas, je devais passer la nuit dans des cases abandonnées.

Le point suivant révèle un conflit entre respect des règlements traditionnels et administratifs. Dans le cadre de l´enquête, je logeais chez le chef de village de chaque village enquêté. Dans certains de ces villages nous avions des parents éloignés ou des logeurs reconnus, chez lesquels nous logeons chaque fois, comme il est de coutume, que nous devons transiter par ce village. Mon logement chez le chef de village a été mal interprété par ces anciens logeurs/parents. Leurs propos se ressemblent dans l´ensemble : Compte tenu de mon importance en ce moment, je refusais leur hospitalité pour l´infériorité de leur rang social. J´ai usé de tous mes talents de médiation pour calmer les esprits. Si certains ont tout de suite accepté mes excuses et explications, pour d´autres “la hache de guerre n´est que enterrée à peu de profondeur„. La rancoeur est aussi une caractéristique des communautés bwa. C´est cette conservation des faits qui constitue le livre d´histoire d´une lignée, d´un village ou d´une ethnie. Ces faits marquant dans l´histoire de ces entités se transmettent de génération en génération. Cette anecdote qui suit pour illustrer ce état de fait : une union matrimoniale empêchée par les vieux d´une famille, pour la raison qu´un de leurs membres pour avoir volé quelques épis de maïs, avait été ligoté et fouetté par les membres de la famille d´où provenait la jeune fille. Ce fait se produit il y a plus de cinquante ans. Mais dans la famille humiliée, il est gardé dans les esprits jusqu´au dernier vivant. Celle-ci maintient à tous les prix l´interdiction formelle de rapprochement avec la famille de la sentence correctionnelle.

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La société traditionnelle au Mali en général et chez les Bwa en particulier a son système pour contrôler l´accumulation de richesse ou système d ´atténuer la pauvreté. La solidarité au sens large du mot, de l´aide mutuelle à l´aide financiers, constitue un régulateur de la pauvreté dans les communautés rurales. Cette solidarité villageoise se situe à tous les niveaux. L´aide mutuelle pendant l´hivernage surtout pour compenser le manque de main d´oeuvre ou d´argent pour des travailleurs journaliers, l´assistance des jeunes aux vieux, le geste symbolique de l´étranger à telle ou telle personne pour témoigner de sa satisfaction de l´accueil reçu ou contribution à l´assistance des vieux par les plus jeunes. Conscient de ce usage traditionnel chez nous au village, les gestes de solidarité et de courtoisie m´ont engendré des dépenses assez importantes. En plus, des gestes de reconnaissance pour l´accueil de la famille hôte, de ceux fait aux vieux et vieilles, des dépenses dans les cabarets, je rencontrais partout des connaissances, parents ou personnes nécessiteuses auxquelles suivant la tradition il était bon de faire un geste même à la limite symbolique.

Photos Nr. 2 : Quelleques caractéristiques du paysage de la savane sèche au Pays-bwa-Tominian/Mali


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28.11.2006