3 Pays-Bwa : Milieu Physique et humain entre dégradation écologique et changements sociaux

3.1  Pays-Bwa : un paysage agro-écologique fragile et menacé

3.1.1  Vue comparative du phénomène

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A l´origine de l´établissement des roches mères, support génératif des formations édaphologiques, se trouvent les mouvements tectoniques. Ce sont ces dernières qui impriment aux paysages une topographie et par conséquent, suivant les conditions géo-climatiques, une végétation déterminée. Cette volonté génératrice de la nature est souvent ignorée ou peu considérée par l´homme dans son ambition insatiable de dominer la nature. Pourtant les preuves, qui témoignent qu´il s´agit là d´un phénomène naturel dynamique, ne manquent pas. L´avancée du désert est un fait qui n´échappe à la compréhension de personne. Les images audio-visuelles nous montrent comment les volcans ont modifiés les paysages dans certains coins du monde et comment partout les cours d´eau recouvrent, lors des inondations, leur cours anthropologique,etc.

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Le plus impressionnant pour le commun des mortels de ce phénomène évolutif naturel est le climat. C´est lui en fait, qui influence directement notre environnement/notre cadre de vie. C´est en fait, la mère des phénomènes environnementaux. Par exemple la topographie aussi imposante qu´elle soit, ne représente qu´un support des marques qu´il laisse.

Partant de ces considérations, le climat sahélien dont bénéficie le Pays-Bwa, avec tous ses traits caractéristiques, représente la phase évoluée d´un climat soudanien qui y prédominait. En fait, dans la zone, certains vieux peuvent encore évoquer des faits agro-climatiques qui ont caractérisé ce climat soudanien : la forêt boisée était tant proche du village que la nuit les animaux sauvages (p. e. lions, hyènes, etc) venaient abattre les animaux domestiques au village, les cours d´eau étaient intarissables et abritaient des caïmans et poissons, la mise en valeur d´un champ demandait de la main d´oeuvre abondante pour le défrichage et la culture, la culture des variétés à cycle végétatif long étaient préférées, les feux de brousse étaient les seuls moyens pour réduire la population de serpents venimeux (contrôle mécanique) qu´abritaient la forêt boisée, etc.

L´évolution de ce climat soudanien à sahélien, de nos jours aux yeux des ruraux, est un caprice des dieux de la nature. Nous, nous l´interpréterons comme une logique de la nature, qui a ses lois et règles inviolables.

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La zone sahélienne du Mali, dans laquelle se situe le Pays-Bwa, couvre les 1/3 du territoire malien et continue sa progression infrenable vers le Sud. Cette zone intermédiaire entre le désert du Nord et la savane humide de la zone soudanienne au Sud, est un aire géo-climatique où on peut observer la dégradation graduelle de l´éco-système, due aux causes conjuguées des caprices de la nature du climat et surtout de l´influence de l´homme. L´irrégularité, l´insuffisance et la mauvaise répartition des pluies dans cette zone ont dicté à la production agricole, principalement de subsistance, des techniques anti-écologiques. Les paysans du sahel, pour assurer leur survie menacée par la dégradation visible des ressources naturelle, utilisent des pratiques d´exploitation toujours plus agressives pour l´environnement et par conséquent une dégradation toujours plus marquée des ressources naturelles. A la lumière de ces constats, nous pouvons nous poser la question : peut-être que le monde rural a besoin de cette épreuve pour réaliser un nouveau pas évolutif ? En partie nous pouvons répondre par l´affirmative à cette question en nous référons à l´exemple des années de sécheresse. Après ces années, les ruraux ont appris à produire avec les risque d´insuffisance hydrique : exploitation des bas-fonds, culture des variété précoces, essor d´activités complémentaires à l´agriculture. En résumé, une évolution du système de production est constatée.

Par ailleurs le Pays-Bwa se situe dans la partie centrale du Mali, où la densité de la population est en moyenne de 20 habitants/km², relativement élevée mais homogène26. Cette concentration de la population ici est tributaire du climat sahélien qui est reconnu favorable pour l´élevage et par endroits à l´agriculture. En fait, la désertification croissante accompagnée d´une sécheresse quasi permanente ont fait de cette zone une aire de recueil des migrants nomades et sémi-nomades des zones plus désertiques. Des résultats du recensement 98, la densité de la population dans la zone sahélienne a une progression croissante27.Vue sous un autre angle, cette densité croissante représente une exploitation plus accentuée des ressources naturelles, et par contre leur réduction.

De par la fragilité et par conséquent la sensibilité aux perturbations des paysages du Pays-Bwa, qui résultent de la nature de ses sols (généralement sablonneux peu profonds, facilement cultivables et érodables) et à la topographie, relativement accidentée (pente de 1-5%). Les effets conjugués de ces deux facteurs édapho-topographiques sont traduits par un changement rapide du paysage de soudanien à sahélien, comme mentionné plus haut. Il faut tout de même ajouter que leur effet a été catalysé par la pression démographique et aussi par l´importance croissante qu´a pris l´élevage comme forme d´épargne.

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Dans l´ensemble de la zone sahélienne malienne, la fragilité des paysages a un ressort naturel. Elle se doit à une résultante des causalités édaphologique, topographique et pluviométrique. La nature du sol explique sa facilité d´érosion. La topographie d´un terrain détermine la vitesse de ruissellement des eaux de surface et par conséquent l´importance de l´érosion hydrique. Quant à la pluviométrie, partant du fait que l´eau est la source de la vie, l´insuffisance des pluies au sahel fait disparaître les arbres/la vie.

La fragilité de ces paysages sahéliens étant reconnue, cela traduit à la fois leur susceptibilité aux perturbations dégradantes que l´homme les fait subir dans sa lutte acharnée pour sa survie: défrichage, surpopulation, surpâturage, pratiques de production agressivesetc

De ces faits, les paysans témoignent la rapidité par laquelle leur environnement se dégrade et tentent d´y affecter différents explications. Ainsi la colère des Dieux y est invoquée et leur propre implication dans ce phénomène.

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De ces faits décrits, nous pouvons voir clairement que la dégradation de l´environnement est inévitable. Les paysans, contraints pour des raisons diverses de rester dans leur lieu de résidence, sont obligés d´expérimenter des nouvelles stratégies pour sécuriser leur existence dans ce nouveau environnement transformé. Ils intensifient leur système de production agro-pastorale et créent ou développent des activités complémentaires à l´agriculture.

3.1.2 Unités de paysage : traits de ressemblance et éléments de différentiation

Le Pays-Bwa, de par sa situation entre la rive droite du Bani et la rive gauche de la Volta noire, a un relief relativement accidenté. Ses vastes plaines entaillées par des cours d´eau permanents et sémi-permanents, bordées de bas-fonds, sont par endroits surdominées par des affleurements rocheux ou latéritiques des falaises de Bandiagara et ses prolongations et de ceux des plateaux de Koutiala.

La présence des falaises de Bandiagara sur la frontière avec le Burkina-Faso et à la limite Est du Pays-Bwa donne au reste de la zone une inclinaison variant de 1-5% vers le Sud et l´Ouest où se situent les dépressions de la vallée du Bani. Cette configuration topographique accidentée a donné naissance à des cours d´eau permanents et sémi-permanents et à des lacs temporaires, qui constituent un des potentiels agronomiques de la zone.

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Quant aux terres cultivables du relief, elles sont représentées par les plaines et bas-fonds, comme nous l´avons mentionné, constitué de sols peu profonds à texture limo-sabloneuse.

L´hydrologie de la zone est relativement bonne. Les cours d´eau et lacs temporaires ou permanents engendrés par la topographie du relief sécurise la production agro-pastorale. L´exploitation des bas-fonds qui les bordent minimise les risques d´insuffissance hydrique habituelle ces derniers temps. En fait, les moyennes annuelles pluviométrie enregistrées ont marqué du recule en quantité et de l´irrégularité en répartition. Elles varient entre 600-800 mm par an du Nord au Sud. Sous un angle agronomique de perception du phénomène pluviométrique, témoignent les paysans, qu´elle ne possibilité qu´une production agro-pastorale de survie.

Notre zone d´étude bénéficie d´un climat sahélien, de par sa situation dans la zone sahélienne, c´est-à-dire la savane sèche, caractérisée par un véritable mélange de haute herbes, d´arbustes et de grands arbres comme le karité, néré, baobab, résinier, tamarinier, caïlcédrat, fromager, balanzan, kapokier, prunier, o-o, etc. Ce climat sahélien se caractérise ici au Bwa-tun par quatre saisons, voir Tableau 2 : Evolution du calendrier agricole et des activités paysannes au Pays-Bwa.

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L´hivernage ou ho yi o : cette période s´étend de la deuxième moitié du mois de juin à la première moitié du mois d´octobre et se caractérise par des tornades de pluies (pluies torrentielles mélangées de vents violents). Elle présente des maximales de précipitation en fréquence et durée dans la deuxième quinzaine du mois d´août et des réductions de températures 20 - 30°c. C´est aussi la période de végétation des plantes et par conséquent, consacrée aux cultures. (Voir grafiques Nr.1 et 2 : t° ci-dessous)

Ces quatre saisons, sur toute l´étendue du Pays-Bwa, présentent les mêmes caractéristiques et les activités des paysans qui les accompagnent. Il faut tout de même signaler que cette division de l´année en quatre saisons se fait de plus chez les ruraux à mesure qu´ils exercent des activités spécifiques pendant chacune d´elle. Fait que nous pouvons qualifier comme une évolution de l´usage du temps chez les ruraux. Avant pour délimiter les saisons de l´année, ils reconnaissaient deux grandes saisons : saison pluvieuse (yi ô) et sèche (an hué ni), comme beaucoup d´experts l´ont repris dans leurs travaux. L´influence sur l´homme de son environnement est plus grande que celle que lui fait subir à ce dernier.

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Graphique 1 : Station de San, pluviométrie de 1950-2000

Graphique 2 : Températures maximales enregistrées à la station météo de de San 1959-2000

Tableau 2 : Evolution du calendrier agricole et des activités paysannes au Pays-Bwa

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Comme unités de paysage au Bwa-tun, nous retiendrons pour ce travail, les terres cultivables (plaines et bas-fond), le réseau hydraulique et les élévations rocheuses et latéritiques.

Les élévations rocheuses et latéritiques des falaises de Bandiagara et de Koutiala constituent les élévations les plus marquantes à l´Est de la zone, à la frontière avec le Burkina-Faso. Leur présence est matérialisée dans le reste de la zone, par endroit, par des collines rocheuses ou latéritiques, qui pour la plus part agronomiquement inadéquats, mais servent de réserves de flore et faune. C´est en fait, dans ces réserves villageoises qu´on vient faire la chasse, car ce sont les seuls endroits où les animaux sauvages peuvent encore trouver des cachettes. C´est aussi là qu´on vient chercher le bois de chauffage et surtout pour la construction des maisons et c´est aussi des zones de pâturage, quand dans les plaines le fourrage se fait rare en saison sèche. Ces réserves villageoises représentent partout des échantillons de ce qu´était la brousse avant la dégradation du couvert végétal. Mais aucun élément du paysage n´échappe à ce phénomène. Certaines de ces réserves villageoises se sont transformées au fil du temps en coupole ou cône dépourvu de végétation.

Les unités rocheuses à l´Est du Pays-Bwa, contrairement à l´intérêt non agricole des autres dans le reste de la zone, servent de lieux de culture surtout de mil et sorgho. Les résidus (feuilles et herbes) du couvert végétal desséchés se déposent entrent les roches et retiennent les particules de terre transportées par le vent. Par le temps il se forme une petite couche de terre assez riche en humus, sur laquelle peuvent végéter des plantes/cultures. Cette pratique d´exploitation des unités rocheuses est beaucoup pratiquée chez les Dogon, habitants des falaises. Mais pour sa réussite, elle nécessite une pluviométrie assez bonne. Celle-ci étant aléatoire ces derniers temps, l´exploitation des falaises est mise en cause. Elle n´est pas pour autant abandonnée, sinon que les variétés de mil ou sorgho que les paysans y cultivent, sont toujours plus précoces. Quand les pluies sont abondantes, les rendements de mil ou sorgho sur ces élévations rocheuses dépassent ceux des plaines.

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Les plaines, ce sont sur ces unités de paysage, les plus importantes en superficie, que nous retrouvons les villages, champs et espaces en jachère.

Dans le cercle de Tominian 314 village ont été recensés en 199628. Ce nombre s´accroît par le temps et la pression démographique. Suite à nos constats, les villages en taille et distance qui les séparent ont de nouvelles dimensions. Certains villages comme Benena, Fangasso, Mandiakuy se sont transformés en petits centres urbains. Ce phénomène pourrait se qualifier comme une urbanisation des campagnes. Certains hamaux de culture se sont transformés en villages, réduisant dans ces cas les distances séparant les villages.

Au fur et à mesure que les villages s´agrandissent, le rayon des champs de case l´entourant augmente aussi; comme si les concessions faisaient reculer la brousse. On pourrait affirmer que l´espace vide séparant la brousse et le village a une dimension proportionnelle à la grandeur du village. La végétation autour du village et dans les champs ressemble à celle d´un parc botanique (T. Kring 1991) d´arbres utiles/essences protégées par les règles traditionnelles de conservation de l´environnement (voir Photos Nr. 2 : Quelleques caractéristiques du paysage de la savane sèche au Pays-bwa-Tominian/Mali.

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Les espaces d´emplacement des champs s´étendent des dernières cases du village ou hamaux de culture aux champs les plus éloignés du terroir villageois. Les champs de case couvrent un rayon d´au plus un kilomètre, suivant la taille du village et bénéficient d´une exploitation intensive. Ils sont permanents et leur fertilité est améliorée par l´apport de fumure organique. Quant aux champs de brousse, leur exploitation est extensive et par conséquent en association avec d´autres facteurs (démographie, mécanisation, pluviométrieetc) préjudiciable pour l´environnement. C´est cette technique extensive d´exploitation qui sont les causes principales de dégradation des sols. Nous y reviendrons dans un autre chapître.

Les espaces de jachère ou non cultivées servent pendant l´hivernage de zones de pâturage pour les animaux. Les effectifs de ces derniers ayant accru ces dernières années, ces zones de pâturage sont devenues l´objet d´un surpâturage et toutes les conséquences dégradantes pour le sol qui l´accompagne. Les plaines exondées, sous ce double effet dégradant des techniques d´exploitation agricoles et du surpâturage, accompagné d´une irrégularité des pluies, ont perdu leur place d ´espaces agraires par excellence. Pour éviter ces risques de production, les paysans ont déplacé une partie de leurs champs dans les bas-fonds, jadis très peu exploités.

Les bas-fonds, en général chaque village en a, aussi petit qu´il soit. Cela s´explique par le fait que chaque village à l´origine s´est établit près d´un point d´eau (marigot, marre, rivière, etc). La topographie de la zone, relativement accidentée a donné naissance à des cours d´eau permanents et temporaires, à des cuvettes /marres dont les abords immédiats sont des espaces fertiles et humides. Dans le temps, ces cours d´eau étaient pour la plupart permanents et permettaient même une activité de pêche temporaire. De nos jours la plupart d´entre eux et leur bas-fond sont ensablés et tendent à la disparition dépuis que les paysans y ont installés les champs de culture et labour leurs champs à la charrue.

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Le couvert végétal, quant à lui, présente du Nord au Sud et d´Est à Ouest, une certaine homogénéité en terme d´espèces végétales avec une différentiation en densité et représentativité de certaines espèces au Nord, centre et Sud.

Nous retrouvons ainsi partout les espèces ligneuses caractéristiques de la zone sahélienne (karité, Baobab, néré, caïcédrat, résinier, balanzan, fromager, prunier, kapokier etc.) un couvert herbacé abondant.

Au Sud du Pays-Bwa avec des moyennes de pluviométrie supérieures à 800 mm par an, la végétation est plus dense et les arbres plus hauts. Ceci concerne les zones de Mandiakuy, Yasso et Touba) .Au centre, dans les secteurs de Tominian, Benena, Marékuy, Fangasso, Vamtun-Sokoura, la densité des arbres se réduit ainsi que leur taille surtout vers Fangasso et Vantun-Sokoura.

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Au Nord dans le secteur de Soundé et Somalo partie Nord, avec des moyennes pluviométriques annuelles d´environ 600 mm, la végétation devient plus parsemée, la taille des arbres tend à la réduction. La présence ici de buissons et d´épineux reflète la réponse du paysage aux contraintes climatiques. Les espèces végétales réduisent leur taille, transforment la dimensions et/ou morphologie de leurs feuilles pour réduire leur besoin hydrique et pouvoir survivre dans ces zones où l´eau est devenue/devient rare. Nous avons aussi là des faits illustrant du phénomène d´évolution au niveau de la végétation.

Nous devons signaler tout de même la présence de zones écologiques atypiques au Nord-Est et à l´Est du Bwa-tun. Nous faisons allusion à la différence du paysage zonale des terroirs villageois situés aux pieds des falaises de Bandiagara, à l´occurrence dans le secteur du village de Somalo. Les falaises ici ont donné naissance à des petits cours d´eau, le long desquels il s´est développé des micro-écosystèmes. La végétation de type marécageuse le long de ces cours d´eau, donne un regain de verdure et de fraîcheur aux paysages exotiques des affleurements rocheux.

A l´extrême Nord de notre zone d´étude, la contexture sablonneuse des sols a accéléré la dégradation de l´environnement/couvert végétal. Les arbres et arbustes, par manque de nutrients et surtout d´eau, ont freiné leur croissance pour survivre. C´est ce qui justifie la présence de gros arbres de petite taille, parsemés parmi les buissons rabougris souvent épineux. Le couvert herbacé est ici aussi de petite taille. Cette partie Nord du Pays-Bwa, de par sa situation à la frontière avec la zone de Mopti (zone d´élevage), connaît un des pâturages d´animaux le plus important de tout le cercle de Tominian. C´est en fait, par ici que transitent les éleveurs peuls de la plaine du Bani avec leurs animaux dans leur mouvement de transhumance vers les domaines des sédentaires cultivateurs. Partant de là, ici plus que nul part ailleurs au Bwa-tun la dégradation des paysages est si marquée et avance à vue d´oeil pour les raisons avancées (Voire Photos Nr. 2 Quelques caractéristique du paysage de la savane sèche au Pays-bwa).

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Entre l´homme et son environnement, il existe une lutte dialectique perpétuelle. L´homme à la recherche de ses moyens de subsistance porte atteinte aux lois de la nature par mégarde ou par ignorance. Les conséquences qui en découlent, créent un nouveau cadre environnemental dans lequel il doit de nouveau expérimenter pour pouvoir se maintenir en vie. C´est cette dialectique qui constitue le moteur du développement endogène (Streiffeler F : 1993 : 2-4, déjà cité) des sociétés paysannes. Le Bwa-tun, comme nous l´avons mentionné, à l´origine était une zone très boisée. L´établissement des bwa et autres ethnies dans cette zone, a donné au fil du temps par les pratiques d´exploitation le paysage, jusqu´à celui que nous avons aujourd´hui. Dans cinquante ans, ce que nous présentons dans ce travail, ne représentera que des images historiques.

3.1.3 Organisation spatiale agraire

Cet aspect du travail fait allusion au mode de répartition géographique des villages et à la manière de disposition de leur terroir au Bwa-tun. Ici tous les villages, quelqu´en soit leur taille, sont circonscrits par des domaines terriens qui par leur exploitation possibilitent la vie dans la dite localité. Ces domaines villageois pour des raisons de relations sociales anthropologiques intervillageoises, présentent des problèmes de précision à leurs limites de démarcation. Ceci constitue une des raisons de conflits entre villages autour de la terre. Comme le dit Hertich V.29.: D´un point de vue général, le Pays-bwa se présente comme une juxtaposition de villages, qui s´ils entretiennent entre eux des relations nombreuses et de diverses nature (d´alliance, de culte, etc.) s´affirment comme des unités politiques indépendantes revendiquant une identité propre.

La terre, patrimoine familiale, ne pouvant être vendue et aussi revêt un caractère caritatif, peut par le système de prêt à titre d´usage changer de propriétaire. Des prêteurs de terres avisés, en ménageant leur bon “samaritain„ peuvent bénéficier d´un usage permanent de terres appartenant à une autre famille/village. Par le temps, les nouvelles générations, dans certains cas ont du mal à faire la différence. Mais pas pour autant, la connaissance des limites de l´ensemble des domaines terriens familiaux est une donnée qui se transmet de génération en génération. Ainsi dans chaque famille, le plus vieux ou les plus vieux détiennent ses données terriennes qu´ils n´expriment verbalement qu´en cas de besoins (conflits de terres, demande etc.).

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Les villages, à l´origine pour des raisons de sécurité, ne sont pas éloignés les uns des autres. La majeure partie des routes qui les unissent, à part les petites déviations pratiques ou obligatoires, ont gardé les mêmes tracées qu´au départ. Ce fait répond à une rigueur de gestion des terroirs villageois. Ces routes sillonnent les terroirs et de là traversent ou longent des champs. Un déplacement de l´emplacement d´une route affecterait la géométrie ou les dimensions du champ que cette nouvelle route doit traverser, fait qui n´est volontairement pas accepté par beaucoup de paysans.

Des villages dans lesquels nous avons enquêté, seuls les villages de Fangasso, Benena et Koula sont accessibles par des voies praticables en toutes saisons. La majorité des villages a, comme voies de communication, des pistes de brousse, tortueuses et étroites, par conséquent difficilement praticables, même pour les moyens à déplacement à deux roues (Voir Tableau 3 : Diversités socio-économiques des villages enquêtés). Cette accessibilité difficile des villages par les pistes dans le temps ne préoccupait pas les villageois. Au contraire, cela représentait pour eux une forme de se protéger des influences de l´extérieur et des étrangers mal intentionnés. De nos jours, les souhaits d´ouvertures priment sur ceux d´isolement de l´extérieur. Partout où nous avons enquêté, l´aménagement des routes se situe au centre des besoins exprimés par nos interlocuteurs.

L´établissement des villages, leur évolution en petits centres urbains ou en villages mères, n´a pas modifié dans son essence l´organisation spatiale agraire. Aux alentours immédiats en forme circulaire se situent les champs de case. Leur rayon d´extension dépend de l´âge du village, mais celui-ci dépasse rarement les trois kilomètres. Pour leur proximité du site de résidence, ils sont exploités en permanence. De même, leur attribution aux différents membres d´une famille est presque définitive, car ces champs de case sont exploités par les membres respectifs d´une grande famille jusqu´au dernier descendent garçon de cette famille nucléaire. De leur proximité au village et attribution presque définitive, ces espaces agraires bénéficient d´une exploitation intensive. Leur fertilité est améliorée chaque année par l´apport de fumure organique. La gestion de ces champs de case détermine la forme du village, car on ne peut construire que dans les champs de case appartenants à la grande famille et, généralement les demandes, d´attribution de champ de case pour des finalités de lot de construction sont rejetées.

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Dans cet espace agraire contigu aux villages, nous avons un élément peu mentionné dans la description des paysages agraires. Il s´agit des bois, dit sacrés, qui sont présents dans l´espace occupé par les champs de case dans chaque village. Ces bois, dans le temps servaient de refuge pour les villageois en cas d´attaques d´ennemis et suivant certaines sources d´information c´est de cet endroit que provient la poutre de la prémière case du chef de village. Pour ces vertus, toute exploitation de ce bois est strictement interdite.

Au delà des champs de case, se situent les champs de brousse, les superficies en jachère et espaces vierges. Les limites de cet espace avec les terroirs des villages voisins sont d´habitude assez vagues, dû à la redistribution des terres après la création de villages fils ou installation consentie de nouveaux migrants. Pas pour autant les limites historiques des domaines familiaux sont présentes dans l´esprit des plus vieux de la lignée.

L´analyse de l´organisation spatiale agraire témoigne la résistance des éléments qui la composent (villages, réserves et espaces agraires) aux changements. Mais l´évolution de part son universalité et omniprésence, trouve toujours des moyens ou formes pour se manifester. Ainsi les limites des terroirs villageois, domaines familiaux, restent fixes, mais tous deux sont de plus en plus morcelés et insuffisants. De même que les terres restent patrimoines familiaux, et le caractère humanitaire de leurs droits d´usage se maintient. Mais non seulement les droits d´usages tendent à l´appropriation individuelle au sein des grandes familles sinon qu ´il apparaissent aussi des formes d´intensification de leur exploitation.

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Les champs de case sont de plus en plus utilisés pour la construction de logements plus modernes : maisons à plusieurs chambres, entourées d´une grande cour. Les champs de brousse contenus dans les limites fixes du terroir villageois tendent à une exploitation permanente et par conséquent intensive.

Quant aux villages, dépuis l´indépendance beaucoup ont grossi. Dans notre zone d´enquête, c´est le cas de Benena, Fangasso. Certains ont donnés naissance à des villages fils. Il n´y a pratiquement pas de cas de village qui ont disparus ou changé de nom (Voir

Graphique 3 : Schéma de l´organisation spatiale agraire ).

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Graphique 3 : Schéma de l´organisation spatiale agraire

Photos Nr. 3 : Architecture de village bwa.

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Tableau 3 : Diversités socio-économiques des villages enquêtés

Caractéristiques des villages

Nom du village

Batilo

Benena

Fangasso

Koula

Marékuy

Somalo

Soukoura

Soundé

Age

vieux

âgé

âgé

âgé

nouveau

âgé

vieux

âgé

Taille

petit

gros

gros

gros

petit

moyen

petit

moyen

population

Nombre

794

3809

865

1733

165

777

280

662

Ethnies

bwa,

peuhl

bwa, mossi,

peuhl, dafing

bwa, maures,

dafing, peuhl

dafing, bwa,

peuhl

bwa

bwa

bwa

bwa,

dafing,

peuhl

Accès

facile, 3 km de la route goudronée San-Mopti

facile par une route latéritique

facile, 4 km. de la route goudronée San-Mopti

enclavé, mais accessible en toutes saisons de l´année

facile, 6 km. de la route goudronée San-Mopti

enclavé, accessible seulement en saison sèche

enclavé, accessible seulement en saison sèche

enclavé, accessible seulement en saison sèche

Infrastructures

école de base,

jardin collectif des femmes

foire hebdomendaire, mairie, école catholique de 9 classes, poste de gendarmérie et de douane, camp civic, centre de santé

foire hebdomendaire, école publique de 9 classes, Mairie,

centre de santé, ZER, SB, base projet WVI-bwatun,

centre de santé cscom

foire hebdomendaire, école publique de 9 classes,

Mairie, centre de santé, ZER, SB,

centre de santé cscom

école de base

foire hebdo-mendaire,

SB-CMDT

foire hebdomendaire, SB-CMDT, centre d´alphabéti-sation

Croyances

très animiste, moins de cinq protestante

animiste, musulmane, protestante, chrétiens

animiste, musulmane, protestante

musulmane,

animiste

animiste, catholique, protestante

très animiste, moins de vingt catholiques

animiste, musulmane, catholique

3.1.4 Types de paysages agraires et l´évolution de leur gestion de l´abondance à la réduction des ressources

Nous attribuons ici le terme de paysages agraires aux espaces des terroirs villageois cultivés et cultivables. Ces paysages suivant les facteurs topographiques se classifient en bas-fonds et zones exondées.

Comme mentionné dans d´autres chapîtres, le Pays-Bwa a un relief relativement accidenté, fait occasionnant la présence de cours d´eau et lacs permanents ou temporaires. Ces sources d´eau sont longées pour la plupart par des bandes de terres relativement humides et fertiles : les bas-fonds. Par tradition, chaque village a son bas-fond. C´est une logique vitale reflétant la thèse de l´origine de la vie liée à l´eau. Tous les villages se sont établis ici et partout au Mali proche d´une source d´eau sûre. Au Bwa-tun lors de notre enquête, les constats dans le détail prouvent ces propos. Tous nos villages enquêtés se situent aux abords d´une source d´eau, dans beaucoup de cas permanente, tel le cas de Benena, Somalo, Batilo, Fangasso, Soundéetc C´est dire aussi que tous ces villages ont leur bas-fond.

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Les bas-fonds attirent notre attention aujourd´hui comme espace agraire, pour des raisons justifiables par toute personne vivant de nos jours en milieu rural. Ces zones jadis discriminées par les paysans de zones incultes pour leur excès d´humidité et leur population d´espèces herbacées perrennes, sont de nos jours les sites privilégiés pour les cultures sèches et à l´approche des agglomérations, pour le jardinage/maraîchage. Les paysans, pour sécuriser leur production agricole face à la pluviométrie aléatoire, ont transféré une partie de leurs champs dans ces unités de paysages relativement plus humides.

La pente relativement forte de ces bas-fonds et leur exploitation souvent peu rationnelle ont contribué à leur dégradation rapide. Les uns ont été ensablés et autres surcreusés ou encore dénudation du sol par les eaux de ruissellement. Cette dégradation des bas-fonds, partout où nous sommes passés alarme tous les villageois, car se traduit par une disparition de la source d´eau à laquelle tout village doit sa création et existence. Conscients de ce fait, en marge de tous les mystères traditionnels attribués à ces cours d´eau en disparition, tout appui externe pour leur aménagement est un souhait vif de tous les villageois partout. Dans certains villages leur existence en dépend, par exemple Somalo.

Le besoin urgent d´aménagement des bas-fonds souhaités par les paysans Bwa ou Dafing, reflète la nécessité/obligation d´ouverture des ruraux aux changements externes. L´exécution de ces aménagements requière des connaissances techniques et du matériel moderne dont eux ne disposent pas. Il ne leurs reste que la seule alternative de faire appel à un appui externe pour le faire.

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Le déplacement d´une partie des champs dans les bas-fonds répond à une série de contraintes qui ont surgi par le temps dans les zones agraires exondées. Avant de faire la lumière sur ce phénomène, nous tenons à distinguer les espaces composantes ces zones exondées. Dans cette partie du terroir nous avons les espaces cultivées (champs de case et de brousse), les espaces cultivables ou espaces en jachère et vierges.

Des récits historiques, nous savons que toutes les ethnies vivantes au Bwa-tun, vivaient de l´agriculture et de la chasse. Les Bwa particulièrement étaient et sont de nos jours de grands cultivateurs de mil et sorgho : aliment de base dans toute la contrée.

L´évolution des espaces emblavés et variation des espèces cultivées par le temps ne sont que des conséquences logiques de la pratique extensive d´exploitation des champs. A l´origine des espaces cultivés se trouve le champ de case. Celui-ci, par le temps et la distance le séparant du village s´est divisé en deux espaces exploités différemment. Le champ de case à exploitation permanente et intensive et le champ de brousse à exploitation extensive et temporaire. Les champs de brousse sont porteurs d´informations pertinentes de la réalité au village. Leur éloignement est un paramètre de référence pour déterminer l´ancienneté du village et pour estimer les dimensions de son terroir. Les vieux villages ont en règle générale les plus grands terroirs, sur lesquels souvent sont installés par consentement de nouveaux villages. C´est aussi sur ces champs de brousse qu´on peut bien mesurer le degré de dégradation des sols. Ce phénomène est mis à nu par la durée réduite de leur mise en exploitation, la dimension toujours plus grande et de la rusticité/exigence réduite des espèces qu´on y cultive. De même, c´est le lieu souvent, d´explosion des conflits de terres, extériorisant le manque de terres cultivables.

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Nous avons rencontré lors de l´enquête un grand nombre de paysans qui voient comme seule alternative au manque de terres, l´usage des engrais organiques et/ou minéraux aussi dans les champs de brousse et leur aménagement contre les différents types d´érosion. C´est-à-dire une intensification de leur exploitation. Comme tentatives de formes d´intensification de l´exploitation de leurs champs de brousse, certains paysans nous ont cité quelques unes : lutte anti-érosive par la construction de diguettes, plantation de haies vives, le labour à plat ou perpendiculaire à la penteetc, usage de fertilisants organiques et minéraux, pratique de l´association et rotation de cultures, culture d´espèces variétales rustiques plus adaptées aux conditions édaphologiques et pluviométriques actuelles.

Les espaces vierges de nos jours se rencontrent de moins en moins, suite à leur exploitation agressive. Ces domaines, comme déjà mentionné, ne se trouvent pas dans le terroir de tous les villages. Ils sont l´attribut des vieux villages qu´il soit bwa ou dafing. C´était comme nous l´avons mentionné, des sortes de jardin botaniques villageois ou resserves forestières villageoises, où toutes les formes d´exploitation étaient interdites (chasse, coupe de bois de chauffage ou construction, même les éleveurs peuhl avaient peur de s´y aventurer avec leurs animaux). C´étaient des formes de projets écologiques villageois de conservation de la faune et flore de leur terroir. De nos jours la majeure partie de ces réserves villageoises sont réduites à leur expression la plus simple : buisson touffu parfois épineux peu différentiable du reste de la brousse. Les feux de brousse répétés, la sécheresse quasi permanente, le surpâturage ont eu raison de ses réserves villageoises.

3.2  Milieu humain et historique des changements sociaux.

3.2.1  Peuple voltaïque du Mali : histoire atypique des Bwa dans l´ex-royaume bambara de Ségou

En prenant référence sur les récits de la tradition orale et les interviews enregistrés sur cassette audio du Père Bernard de Rasilly, nous savons que l´ethnie bwa est une ethnie qui a existée dépuis longtemps. Elle est vieille. Certaines de leurs traces ont été retrouvé dans les falaises de Bandiagara, d´autres aux alentours de Djiné et au Burkina-Fasso dans la vallée de la Volta.

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Ethnologiquement, ils sont classés dans le groupe des peuplements voltaïques (Barth : 1986, 188-206) pour peut-être la simple raison que c´est dans la vallée de la Volta qu´on retrouve le plus grand nombre de Bwa (voir la carte du Mali : localisation ethnique du peuplement Bwa).

Nous savons aussi de la même source d´information que, leur croyance animiste et fidélité à leurs pratiques traditionnelles, les avaient préservé d´une certaine forme des influences extérieures. Les conquérants des grands empires et royaumes les contournaient, pour leur tradition de consommateurs de bière de sorgho les envahisseurs Islamiques y ont essuyé un échec, de même pour les sacrifices humains pratiqués à l´époque chez eux, les chercheurs européens ont marqué beaucoup d´hésitation avant de s´aventurer dans leur domaine.

L´appellation Bobo assignée aux Bwa qu´on retrouve dans beaucoup d´écrits sur les Bwa, veut dire en langue Bambara sourd-muet ou naïf et doit son explication, d´après nos informants bwa, du fait que les Bwa pour décourager les premiers chercheurs colons ou administrateurs colons ont joué volontairement les naïfs ou l´ont fait pour prouver leur manque d´intérêt à toute présence étrangère/ persona no grata. Cette appellation peut aussi provenir du fait que les premiers chercheurs dans la zone ne connaissant pas la langue Bomun, se sont fait comprendre par des signes ou mimiques comme il est de coutume avec un sourd muet.

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Ces constats précédents justifient aussi peut-être le pourquoi les Bwa sont qualifiés de primitifs, conservateurs, animistes et buveurs de bière de sorgho ou dolo, qui est synonyme de manque de sérieux. L´introduction contrôlée par les Bwa et l´adoption des influences extérieurs, assignant à la fois l´échec des uns, comme l´Islam, leurs avait valu la discrimination/ségrégation par ce courant religieux et tous ses représentants. De nos jours cette discrimination des Bwa est reconnue dans les faits comme préjugés, car c´est chez les Bwa que la religion catholique a plus d´adeptes et la majeure partie des innovations qui existent dans les autres zones du Mali se retrouve au Pays-Bwa. De plus par la migration saisonnière, les jeunes bwa malgré leur habitude de consommation d´alcool sont reconnus par les autres ethnies comme très responsables, honnêtes et sérieux.

Sous un autre angle de vue, nous savons et beaucoup d´experts plus rationnels l´ont signalé aussi, que les Bwa sont épris de liberté. Ils ont une volonté et détermination de ne se soumettre qu´à leurs propres règles30. Non seulement leur refus de l´Islamisation mais leur soulèvement de 1915-1916 contre l´autorité de l´administration coloniale en sont des preuves éloquentes. La répression brutale de cette révolte par les colons français marqua la rupture ouverte de confiance ou collaboration qui se matérialisa par l´adoption des Bwa d´une sorte de résistance passive (Hertrich V.:1996:35 Ouvrage déjà cité) : refus de participation à toutes activités menées par l´appareil administratif, manifestation de peu d´intérêt pour la politique, le commerce, la scolarisation étatiqueetc Compte tenu de l´universalité et de la continuité de l´évolution, à la faveur de leur volonté d´autonomie, ils adoptèrent des changements qui s´adoptent mieux à leur tradition ou qu´ils jugent vraiment nécessaires ou utiles. Nous entrevoyons là que la dynamique sociale qu´ont expérimenté les sociétés bwa résultent d´un mélange réussie entre évolution interne et influences externes et par conséquence témoigne une relative stabilité dans son évolution et sa réalité.

Quant à l´hétérogénéités ethnique constatée dans la zone, elle s´explique non seulement par la situation géographique mais aussi par son histoire agronomique. Le Pays-Bwa est situé dans la partie du Mali où se concentrent le tiers de la population nationale. Il fait partie administrativement de la région de Ségou, située dans la partie Sud centrale du Mali. Cette partie du territoire malien, par ses conditions relativement bonnes pour l´agriculture et l´élevage, présente les plus grandes densités de populations (Recensement du Mali : 1998, déjà cité) et aussi les plus grands mouvements migratoires et de brassage ethnique.

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Des informations historiques, nous savons que la zone jadis boisée servait de refuge pour les gens fuyant les conflits et présentait des conditions favorables pour l´agriculture et ainsi attirait les gens du Nord fuyant la famine et la sécheresse. De nos informations recuillies sur ce thème, certains attribuent l´atypie des noms de famille à ce mouvement migratoire. Dans la zone, beaucoup de Bwa portent des noms de famille bambara (Coulibaly, Diarra, Keita, Traoré, etc) ou Miniaka (Dakouo, Dabou/Dao, Koné..). Suivant les récits oraux recueillis à ce sujet, ce sont le phénomène migratoire et la loi du milieu qui sont à l´origine de ce qui nous parait atypique sur les noms de famille au Pays Bwa. Les Dafing Coulibaly, Diarra, Keita, Traoréetc fuyant les conflits et représailles avaient élu domicile dans les villages bwa dans la zone. Par le temps, ils ont perdu leur langue d´origine et ont adopté la langue Bomun, comme nous avons pu le constater chez les Peuhl au Fuladugu, dans le cercle de Kita. Ces dernier ayant quitté leur lieu d´origine le Fouta Torro, vinrent s´installer au Mandé en milieu malinké et par le temps perdirent presque toute leur fulanité. De la tradition peuhl il leurs est seulement resté le nom de famille et le paiement de la dote en bétail. La loi du milieu a eu raison de leur changement. (Lire Coulibaly D. : 1996 : 15-28)

Cette hypothèse succite des polémiques classificatoires. Si les Bwa, porteurs de nom de famille bambara, étaient des Bambara d´origine; c´est-à-dire que ceux-ci ne seraient pas des Bwa authentiques au sens du mot. Partant de ce constat, ceux dont l´appartenance originaire boo serait assignée sont les Bwa de nom de famille : Moukoro, Kamaté, Dembélé, etc. Ainsi aussi sous ce même angle de perception, les Dakouo, Dabou seraient des Miniaka à l´origine, par erreur phonétique ou de transcription ils seraient appelés ainsi.

Suivant ces critères, on distinguerait les vrais Bwa ou authentiques ou encore Bwa piru piru et les Bwa métamorphosés.

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Ces appartenances ethniques, définies par le nom de famille dans les faits, ont une importance peu significative dans la vie réelle. Ces évènements ayant précédés l´établissement définitive des différents groupes lignagers et ethniques dans la zone, ce thème ne succite aucune polémique dans la zone.

Ces suppositions ne cessent de succiter des interrogations. S´il est confirmé que les Bwa de nom de famille Bambara ou Miniaka à l´origine appartenaient à ces groupes ethniques, leur comportement ou caractère devrait révéler celui de leur descendants en certains points et constituer ainsi un potentiel de dynamique sociale hybride qui aurait dû se faire remarquer dépuis belle lurette.

Ces faits nous prouvent, avec tout ce qu´ils ont de questions ouvertes, que les premières communautés bwa ont coexisté dans la zone avec d´autres ethnies dans une certaine harmonie. Cette harmonie n´a pas été affectée de beaucoup par la croissance des effectifs, nous l´avons vu. Au contraire, il s´est développé des rapports de bon voisinage favorisant une intégration locale et partant une dynamique sociale constructive.

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Carte du Mali : Location de l´aire ethnique des Bwa : Source : V. Hertrich : 19 : 1996

3.2.2 Aspects démographiques marquants du Pays-Bwa : de la loi du nombre à la diversité ethnique circonstancielle actuelle.

L´établissement des Bwa dans leur actuelle entité géographique : le Pays-Bwa, nous l´avons dit nous référant aux récits oraux, se justifiait par des raisons de subsistance : l´attrait de cette zone à l´époque. La zone jadis très boisée attira les Bwa qualifiés de gros chasseurs et de gros cultivateurs de mil et de sorgho. Ainsi les premiers arrivés y établirent leurs hamaux de résidence, associant la culture de mil, de sorgho et la pratique de la chasse.

Le Pays-Bwa, entouré par les grands empires comme: au Nord l´empire peuhl du Macina, à l´Ouest par l´empire bambara de Ségou et à l´Est le royaume Mossi au Burkina-Fasso, les dissensions guérrières vécues par ces organisations politiques eurent des retombées sur l´entité Bwa. Les populations fuyant les conflits y cherchaient refuge, car la difficulté d´accès de la zone ajoutée au caractère des Bwa avaient établis un certain respect des Bwa par leurs voisins belliqueux, pour un départ du moins. La durée de cette crainte des Bwa par leurs voisins ne fut qu´éphémère. En fait,, les populations bwa des hamaux, parsemés dans la forêt, commencèrent à être l´objet d´attaques surprises, marquées par des pillages, razzias, captures d´esclaves, destruction des sites de résidence. Suite à cette insécurité de la vie dans les hamaux en harmonie avec la nature, les populations des hamaux se regroupèrent en villages plus grands à population plus nombreuse pour se défendre mieux contre les envahisseurs. Ces faits sont bien illustrés par Veronique Hertrich : face aux envahisseurs, les Bwa adopteront une attitude de résistance défensive associée à un renforcement de la structure village. Avec l´établissement d´insécurité, la nécessité d´une population nombreuse et unie est un impératif de survie. L´abandon des petits hamaux, trop fragiles, contribue avec l´arrivé de familles des villages détruits à la constitution de plus gros villages, plus aptes à se défendre. L´habitat est concentré, l´espace villageois refermé sur lui même par l´enceinte quasi-continue que forment les maisons périphériques (Hertrich : 1996 :34). De nos jours dans tous les villages on retrouve encore au centre les ruines de cette architecture fortifiée des anciens villages (noyau du vieux village). Ce référant à ces fortifications du village à l´époque d´insécurité, un vieux boo, m´a révélé que beaucoup de villages n´avaient que deux ou trois issus, des ruelles étroites menant au centre du village. L´accès de ces ruelles étaient contrôlé, de sorte qu´aucun étranger ne pouvait entrer au village sans être repéré ou intercepté. A cette époque la répartition spatiale des villages sur les terroirs ne dépendait pas de la croissance naturelle et migratoire sinon de la garantie de sécurité de la population. La présence des anciens sites, ou lo gnun partout dans la brousse le prouve.

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Dans les villages les gens vivaient confinés voir entassés sur un espace réduit. La maison conjugale était réservée au couple et aux enfants de moins de quinze ans. Les jeunes vivaient en groupe, dans ce qu´on appelait la maison des jeunes. Les jeunes filles vivaient/ passaient la nuit chez une vieille femme de leur famille ou de la famille voisine. Les personnes âgées/les vieux partageaient leur demeure avec leurs petits enfants de tous les âges. Il faut tout de même ajouter qu´ici, au Pays-Bwa et partout en milieu rural au Mali, jusqu´à la date la maison sert plus pour passer la nuit, se mettre à l´abris du froid et de la pluie, car dans la réalité la vie en grande partie se passe dehors.

Cette forme de vie de château des villages (pendant la période d´insécurité) dura jusqu´à l´arrivée des colonisateurs qui mirent fin aux hostilités, instaurant une certaine sécurité. Le retour de la paix régionale sur l´ensemble du territoire, attisa les conflits internes, marqué dans un premier temps par une forme plus éparpillée des cases dans les villages et dans un deuxième temps par un établissement de nouveaux villages fils. L´arrivée de migrants d´autres ethnies dans la zone, attirées par la bonne qualité des terres ici pour l´agriculture, fut motivée par la sociabilité et l´hospitalité de l´ethnies bwa. Comme le prouve ce passage : si la population du village augmente, du fait du mouvement naturel, mais aussi parce que les gens y restent et que le village attire de nouvelles familles, c´est que celui-ci dispose de conditions naturelles (eau, qualité des terres) et de conditions sociales favorables à l´épanouissement de la vie communautaire (Savonnet-Guyot, 1986 : 71 cité par V. Hertrich : 1996 :40).

En référence aux faits révélés plus haut, les villages bwa sont constitués d´un ensemble de familles/lignages qui, suivant des rapports et raisons de différentes nature, convivent ou ont décidé de partager la même localité de résidence. Ce fait est confirmé par Hertrich V. par ces propos : l´idéologie villageoise bwa est le populationniste laquelle associe à la dimension nataliste, le soucie du maintien sur place de la population et de l´accueil de nouveaux membres.

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La sociabilité et l´hospitalité des communautés bwa marqué par leur disponibilité de partage de leur domaine avec des gens d´ethnie différente, venus d´autres horizons a commencé dépuis le temps des grandes conquêtes des empires et royaumes. Les réfugiés de guerre y trouvaient refuge/cachette. Ainsi du royaume de Ségou, les Bambara (Keita, Diarra, Traoré, Coulibaly, etc) du royaume Mossi, les Minianka (Dao, devenu Dakouo, Dabou, Koné) se sont installés chez les Bwa et par le temps adoptent leur langue et culture. Dans beaucoup de cas, des premiers migrants, seul le nom de famille, nous dévoilent leur descendance lignagère ou appartenance ethnique d´origine. Comme toute société qui se raconte, certains évitent de revéler les faits gênants qui ont trait à leur origine, car suivant les récits certains auraient adopté le nom de famille de leur logeur ou de leur maître dans le cas des esclaves.

L´établissement des Marka ou Dafing dans le secteur, remonte suivant nos sources d´information, au moment de la vente ou recrutement des esclaves. Ces derniers, de leur aptitude mercantile, auraient été attirés plus par ce commerce que par l´agriculture et s´établirent dans la zone. Mais dans de nombreux cas, ils formaient des villages à part (par exemple Koula) et très peu cohabitaient avec les Bwa dans le même village comme à Soundé.

Quant à l´arrivée et l´établissement des nomades du Nord, elle est récente. Elle suivit et fut significative après les années répétées de sécheresse. Ces contraintes climatiques ayant engendré chez ces éleveur nordiques des pertes (presque ou totale) considérables de leurs animaux insécurisant du coup leur existence, les força à se replier dans les zones exondées du Pays Bwa. L´avancée du désert suivant sa progression continue, comme réponse de la nature à la dégradation des conditions climatiques, le courant migratoire des nomades du Nord dépuis son déclenchement jusqu´à la date gagne du terrain. Bien sûr les conflits qui ont opposé les Bwa aux Peuhl (razzias peuhl) jadis, sont encore présents dans les esprits, de là l´immigration peuhl dans la zone a toujours été acceptée avec réserve.

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Ces courants migratoires, ajoutés à la croissance naturelle de la population sur les domaines terriens limités, ont abouti à l´excès, 29 habitants km²31, des effectifs humains ici au Pays Bwa de nos jours.

Suivant les philosophes matérialistes, l´homme est un être social; ce n´est qu´en société qu´il peut s´épanouir. Pour les communautés bwa, c´est dans une communauté élargie que les membres retrouvent la joie de vivre et peuvent réaliser leurs projets les plus importants- mais surtout dans une société traditionnellement organisée et structurée- il faut ajouter-.

De nos jours néanmoins, ces principes favorables à la population nombreuse et à l´ouverture à l´immigration prévalant jadis dans les communautés bwa, se heurtent aux réalités socio-productives. Dans les faits, l´épuisement des ressources naturelles est vu et vécu partout : la terre, l´eau et les arbres manifestent des signes d´insuffisance. Ces insuffisances changent au fil du temps les données du peuplement. En plus de la croissance naturelle des populations, des nouvelles formes de peuplement ont été constatées; comme par exemple :

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Un autre fait non moins important, issu de la retombée de la croissance des effectifs, est le système de production. Devant la réduction de la ressource terre, la production se diversifie et s´intensifie relativement pour pouvoir assurer la survie. Nous y reviendrons dans d´autres chapîtres.

Enfin, sur le plan social, l´organisation, la structure sociale ainsi que l´autorité traditionnelle ont des défis à relever pour contenir ce nombre grossi de la population.

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L´analyse de ces faits démographiques au Pays-Bwa révèle, à la marge des critères de résidence géographiques, la propension culturelle bwa à l´évolution au sens large du mot. Inconsciemment ou de leur nature, ou bien suite à une alliance de circonstances, jusqu´à la date les représentants communautaires bwa, qui jouissent d´un respect et d´une confiance de tout le groupe, soutiennent la philosophie de population nombreuse et unie, comme fondamental pour l´épanouissement social. Car pour eux le groupe avec un grand effectif peut faire face à tout : se défendre, surmonter les travaux demandant une main d´oeuvre grande, faire face aux catastrophes des intempéries etc. (Voir en Annexe : Tableau x 1: Statistiques administratives et démographiques du Cercle de Tominian)

Pour eux la limite de l´espace n´est aucun handicap pour l´accroissement des effectifs. Comme l´illustre cet adage traditionnel, là où il y a de la place pour une personne, cet espace suffira aussi pour deux personnes si elles s´entendent. Donc l´union, l´entente sont les conditions incontournables de la cohabitation pour eux et par extrapolation pour tous les êtres vivants.

Donc en nous résumant, nous pouvons dire que la croissance démographique soutenue étant une évidence, l´homme trouvera toujours une forme ou le mode de vie équivalent. Mais dans celle-ci, il y trouvera plus d´ harmonie s´il cultive l´entente et la solidarité.

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Pour notre part nous ajouterions, que chaque jour nous (hommes et animaux) devenons toujours plus nombreux sur la planète. Les faits ont prouvé que la coexistence pacifique est la seule issue de survie, car toutes les autres tentatives ont déjà prouvé leur limite ou signé leur échec. Mais comment y parvenir ?

La croissance démographique ici observée ne succite pas de préoccupations majeures, sinon perçue comme de nouveaux défies à gagner pour survivre. Contrairement aux manières occidentales de voir le problème. Celles-ci, par leur analyse suivant d´autres critères normatiques, ont sonné l´alarme face à ce phénomène démographique.

3.2.3 Coexistence communautaire et relationnelle au Pays-Bwa au delà de la diversité ethnique et de l´appartenance territoriale.

Le Pays Bwa, nous l´avons vu, a attiré assez de migrants. Les peuplements bwa qui semblent être les premiers à s´aventurer dans ces forêts au départ, occupent le plus grand nombre des terres. Les autres ethnies : Dafing, Minianka, Dogon, Peuhl, Bozo et Mossi qui les y ont rejoints, suite à des circonstances diverses, s´y sont installés suivant l´un des principes traditionnelle de l´occupation foncière : c´est le défrichement qui fonde le contrôle foncier, c´est l´exploitation du sol, sa mise en valeur, qui justifie la pérennité de la tenure.32

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Pendant cette période des conquêtes, l´espace n´avait pas de limites terriennes. Les conquêtes et le défrichement étaient les seuls moyens d´extension du domaine terrien, nous révèlent les vieux. Dans chaque village les conflits que le village a enduré à l´époque avec ses voisins étaient d´abord entre villages non bwa et ensuite entre villages bwa. Ils modifièrent les tracées des limites de beaucoup de terroirs villageois, conduisant aujourd´hui dans la confusion, à toute personne essayant d´y apporter des explications logiques. Cette confusion est de plus renforcée par la nature orale des informations sur le thème.

L´évolution des systèmes communautaires traditionnels aux systèmes centralisés occidentalisés d´administration donne une autre forme de cohabitation paysanne dans les campagnes. La colonisation avait mis fin aux conflits divers existants sur tout le continent africain. Les noyaux de conflits neutralisés, les protagonistes étaient contraints de cohabiter dans un climat d´entente imposé (voir D Coulibaly et M.Diallo, 1991). Par la loi du milieu, l´entente imposée devient une nécessité. La dépendance des groupes des uns des autres devient un impératif de survie, engendrant à la fois une extension des possibilités de survie: une évolution soutenue par la volonté d´avancer contre le courant des influences extérieures et des contraintes d´existence.

Des informations du Père Bernard De Rasilly, recueillie sur bandes audio (Diawara S. : RTM 1997 connaissance du Mali) nous savons qu´au Pays Bwa, les colonisateurs français avaient mis fin aux hostilités intertribales, interethniques et/ou inter villageoises. Ce retour de la paix dans la zone instaura de nouvelles conditions d´existence des peuplements dans la zone. Une certaine solidarité entre les différents groupes ethniques a vu le jour. Comme tous, sans différence ethnique, devaient se soumettre à l´autorité du blanc ou tubabu, une petite entente discrète animait tout le paysannat contre l´occupant blanc. Ceci réduisait la rencoeur des conflits passés. Néanmoins, l´entente présumée était avec beaucoup de réserves, quant à celle entre les Bwa et l´ensemble des autres ethnies. De plus des souvenirs encore frais des pillages et razzias des groupes armés peuhl, et bambara, compte tenu du caractère réfractaire des Bwa, l´administration coloniale ayant détecté leur refus de collaboration avait préféré recruter leurs collaborateurs administratifs locaux dans les autres ethnies (Peuhl, Bambara, Dafing). Ce fait porta l´entente ou la solidarité entre les Bwa et les autres ethnies à un niveau inférieur. La politique coloniale de division pour régner avait ainsi atteint son objectif.

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Les abus administratifs contre la paysannerie dans son ensemble ayant perpétué même avec l´indépendance, la solidarité au sein des communautés paysannes, par le temps, a dépassé les limites ethniques et régionales. Les représentants de l´appareil administratif sont vus par tous les paysans comme des troubles de l´ordre dans les campagnes. Ici au Pays Bwa, les Bwa, Dafing, Minianka, Peuhl, Bozo, Dogon vivent, en marge des différences d´identité et conflits ordinaires, dans un certain climat relationnel de dépendance existentielle. Ceci donne à la zone une certaine harmonie vitale qui accroît l´intérêt de ses voisins (voir Tableau 3 : Diversités socio-économiques des villages enquêtés). Ce que confirme ces propos : désormais ce monde d´individus est fait d´acteurs qui composent et recomposent un jeu social uniquement en vue de gagner, choisissant pour cela, des comportements banals de coopération ou d´affrontement, d´alliance, de rivalité ou de complicité33. Dans les faits, les résultats de notre enquête nous ont permis de constater que les Bwa, par leur tradition agricole et leur dévouement au travail, livrent par le travail de la terre un volume assez important de produits agricoles. N´ayant pas bénéficié du programme étatique de développement des structures administratives de gestion et de commercialisation de cette production, ils ont développé par le temps des formes locales de production et gestion de ce volume de produits agricoles. Parmi celles-ci nous pouvons citer entre autres :

Quant à la présence du groupement peuhl dans la zone, bien que celle-ci présente des avantages pas souvent reconnus ou mentionnés par les cultivateurs en général, est boudée par tous les paysans. En plus des rencoeurs historiques entre Peuhl et Bwa, les Peuhl pratiquant l´élevage, ont peu d´égard pour les cultivateurs. De là occasionnent, volontairement ou par imprudence, par leurs animaux beaucoup de dégâts aux cultures, augmentant à la fois avec les contraintes climatiques et édaphologiques le nombre des risques de la production agricole.

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Par ailleurs, les animaux, par leurs déchets, fertilisent naturellement ou planifié par l´homme les terres appauvries. Peu de paysans se posent la question. “Que serrait du paysage et de l´agriculture sans cette fertilisation organique par les déchets des animaux ? „

Sur le plan économique nous avons pu constater que les paysans, qu´ils soient boo ou d´autres ethnies, ont appris à faire de l´élevage domestique pour sécuriser leurs revenus. Ainsi les revenus de la commercialisation des produits agricoles sont réinvestis pour l´achat d´animaux ou de la volaille pour l´élevage domestique qui est moins menacé par les risques agro-climatiques.

De l´élevage des gros ruminants, hors mis la production laitière, comme complément d´alimentation domestique, l´usage des animaux (ânes, chevaux et boeufs) pour la traction animale dans l´agriculture et le transport a marqué une pas d´ évolution dans ces secteurs au sens large du mot. Ce fait est a mettre sur le compte de l´intégration de la culture peuhl et pratiques paysannes.

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De nos enquêtes nous avons constaté aussi que de nos jours, les contraintes climatiques ont forcé certains Peuhl à se sédentariser (mais toujours fidèles à leur tradition d´éleveur) auprès des paysans bwa et autres. Ces paysans, pour tous ceux qui ont les moyens, pratiquent l´élevage de petits et de grands ruminants. L´essor de ce élevage domestique a fait naître une autre collaboration entre cultivateurs bwa ou dafing et éleveurs peuhl sédentarisés. Les animaux de l´élevage domestique sont confiés, pour leur gardiennage, à un peuhl dont le cheptel a été réduit ou anéanti par la force des choses.

Dans ce contexte de la coexistence communautaire multi-ethnique dans la zone, la répartition foncière des terres reste une constante et à la fois manifeste des aspects de changement. Les terroirs villageois gardent leurs limites historiques, sauf que la réduction des terres cultivables, multiplie les demandes de terres dans les différentes ethnies. Au Pays Bwa dans les villages Dafing ou bwa nous avons pu retrouver des Bwa qui exploitent, prêtées, des terres appartenant au terroir dafing, dogon ou minianka voisin et vice-versa.

Les seules différences qui marquent les différences ethniques de coexistence ici sont l´Islamisation des groupes ethniques dafing, peuhl et dogon, le maintien de l´animisme et la christianisation du groupe ethnique boo. Ces différences religieuses, dans la vie réelle, affectent très peu la nécessité ou volonté des ethnies de coexister. Mais il faut signaler qu´il n´existe pas ou très peu d´alliances matrimoniales entre Dafing, Dogon, Peuhl et Bwa. Avec les Minianka les rapports sont plus étroits, pour la similitude culturelle. Dans les faits, les zones limitrophes du Pays Minianka entretiennent des relations d´échange culturelle (sacrifices, cérémonies rituelles etc.) avec les Bwa ainsi qu´établissent des alliances matrimoniales.

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Il semble que les nécessités de coexistence solidaire, en marge des différences culturelles ethniques, est un impératif de survie et forme ainsi partie intégrante de la dynamique sociale de la zone.

Au Pays Bwa et dans toutes les campagnes maliennes relativement dévitalisés/défavorisées, chaque paysan a compris au fil du temps, face aux épreuves de subsistance, que seul un rapport équilibré avec tout l´environnement physique possibilité une chance de survie.


Notes en bas de page et Endnotes

26  Seminar für ländlische Entwicklung (SLE) :L´autopromotion paysanne dans la gestion des ressources naturelles en zone Mali-Sud : Possibilités d´appui institutionnel dans les cercles de Tominian et de Bla. Schriftenreihe des Seminars für ländliche Entwicklung, Nr. S.170. Humboldt-Universität zu Berlin, Landwirtschaftlich-Gärtnerische Fakultät. Segou/Berlin 1995 (51-53)

27  République du Mali : Recensement général de la population et de l´habitat (avril 1998) Résultats provisoires. Ministère de l´économie du plan et de l´intégration, juins 1998 (26-33).

28  République du Mali : Mission de décentralisation et des reformes institutionnelles, Bamako 1999

29  Hertrich V. : Permanences et changements de l´Afrique rurale : Dynamiques familiales chez les Bwa du Mali. Etudes du CERPED N° 14. Centre français sur la population et le développement (EHESS - INED - INSEE - ORSTOM - Université Paris VI) Déc. 1996 :18.

30  Dembélé Urbain N. : Capital social et développement des communautés pauvres au Mali : l´expérience des écoles communautaires du Pays Bwa, cercle de Tominian. Programme des Nations Unies pour le développement, Bamako, Mali, Juillet 1998 : 6

31  Koné Kouanou Paul : PAE, Secteur de Tominian, CMDT, rapport final : étude commercialisation des produits de cueillette, Mars 1998

32  Pelissier Paul : Transformation foncière en Afr. Noire dans Dynamique des système agraires : Terre, Terroir, Territoire, Les tensions foncières, P19, ORSTOM, Paris 1995.

33  Simmel : 1995, 248-250, cité par Le Roy E. et col : la sécurité foncière en Afrique pour une gestion viable des ressources renouvelables : KARTALA Paris 1996 :374-375.



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