6 Marques des influences extérieures au Pays-Bwa de l´indépendance à la date

6.1  Parcours historique et vue critique des faits à petite et grande échelle

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Avant d´aborder cet aspect du travail, nous tenons à donner des détails sur l´attitude des communautés bwa envers toutes les influences extérieures. Nous emprunterons les révélations de Hertrich V., celles du Père Bernard de Rasilly et de l´abbé Jean Koné. Celles-ci stipulent que les Bwa sont reconnus par leur esprit d´indépendance, une volonté excessive de liberté et par leur refus de toute autorité extra-communale85. A ce titre, ils essayent de préserver une certaine intégrité sociale du groupe dans lequel les contacts ou rapports avec l´extérieur sont consenties s´ils ne sont ni imposés par la violence ni compromettants pour les valeurs traditionnelles.

Cela explique en partie l´image conservateur et renfermé ou d´anti-modernisation des communautés bwa que certaines études ont diffusé.

Les premières relations significatives avec l´extérieur auxquelles les communautés bwa font beaucoup référence ont été des rapports de force (les pillages perpétués dans la zone par les bandes armées peuhl, les conflits tribaux, les autorités coloniales et étatiques) et religieux (le christianisme). Face à ces invasions extérieures, les communautés bwa n´ont pas dissimulé leur volonté de liberté et d´indépendance : le rejet d´adhésion à l´Islam, les embuscades meurtrières aux pillages peuhl, la révolte de 1915-1916, la séparation de l´autorité coloniale et traditionnelle au village, sont des faits illustratifs de cet état de fait.

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La révolte des Bwa de 1915-1916 qui fut la manifestation la plus significative de cette volonté d´indépendance et de liberté des bwa, massivement et violemment réprimée par les colonisateurs français, marque le début de la résistance passive des Bwa à toutes l´administration coloniale et post-coloniale : leur engagement politique, économique et social peu représentatifs.

A l´indépendance du Mali en 1960, avec la nouvelle division administrative, en villages, arrondissements, cercles, régions, cette résistance passive bwa n´a fait qu´aggraver leur sort. Les autorités administratives des arrondissements et du cercle appartenaient à des gens d´autres ethnies souvent appartenant à des ethnies ennemies d´hier. Le caractère prédateur et de cœrcition, que caractérisaient cet Etat, étaient ici au Pays-Bwa encore plus ressenti que partout ailleurs. Les agents étatiques, déjà armés de bons nombres de préjugés sur les Bwa, les faisaient subir toutes sortes d´abus et d´excès de pouvoir. Tout se réalisait par la force (le recouvrement d´impôts et taxes, les règlements de conflits, la réalisation des travaux forcés, la présence obligatoire aux réunions administratives et aux fêtes nationales, la vulgarisation agricole, la scolarisation, etc).

Cet état de fait renforça l´esprit d´indépendance des communautés bwa, mais de paire nourrissait un comportement de corruption dans tout l´appareil administratif malien. Devant l´abus de pouvoir des agents étatiques, l´unique stratégie des paysans et de toutes ses victimes, pour contourner ce pouvoir excessif, était de corrompre ses représentants.

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A l´indépendance, l´Etat malien indépendant substitua aux cantons les arrondissements et aux Kafos les cercles. Chaque chef lieu d´arrondissement et de cercle avait été doté d´une infrastructure socio-économique comme d´une école de neuf classes, d´un centre de santé, d´un magazin de produits de première nécessité (sucre, sel, huile, savon, pétrole, etc.) et d´un centre de vulgarisation agricole, d´une route praticable en toute saison et d´une foire hebdomadaire. Ces infrastructures socio-économiques avaient en fait, pour but d´augmenter la capacité productive des paysans pour qu´ils puissent mieux participer à l´alimentation des caisses de l´Etat et à la satisfaction des intérêts de l´équipe au pouvoir. Les Bwa, compte tenu de leur désapprobation de l´autorité étatique, trouvaient dans tous les cas un moyen d´évitement des mesures de développement introduites par l´Etat pour réduire le plus possible la collaboration avec l´Etat. Par exemple :

Même de nos jours avec la démocratie, les conflits entre éleveurs peuhl et cultivateurs bwa et dafing d´une part persistent, et d´après une grande partie des paysans interrogés, la seule différence présentement est qu´ils sont résolus avec plus de transparence. D´autre part, la plupart des paysan bwa et dafing avouent adopter une série de mesures d´évitement de ces dégâts d´animaux dans leurs champs comme par exemple : le système de gardiennage des champs, le transport immédiat des récoltes pour leur séchage au village, établissement d´un calendrier de pâturage contrôlé et de divagation de leurs propres animaux, le gardiennage des animaux dans des enclos, etc.

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Les influences extérieures, quelle qu´en soit leur nature, catalysent ou ralentissent et orientent la dynamique sociale. L´importance de leurs impacts, mesuré en terme d´expériences locales paysannes acquises et de l´adoption d´innovations extérieures par les paysans, dépend du degré d´importance de ces influences extérieures pour les paysans et de la menace que ces influences représentent pour l´ordre en place ainsi que de la nature de l´approche (forcée ou humanitaire) de leur introduction. Ainsi, nous avons constaté que les gouvernements autoritaires, avec leurs principes administratifs constitués de plus de devoirs que de droits des paysans, avaient plus mobilisé la volonté de la paysannerie au Pays Bwa à trouver des mesures réduisant leur recourt aux services de ces gouvernements. Ici, il semble que plus une innovation extérieure est imposée, plus elle excite la dynamique sociale endogène sous forme de résistance aux changements forcés et vice versa. Le cas de la séparation de l´autorité traditionnelle et étatique dans le village, de la scolarisation sont bien illustrant. Par contre la religion catholique dont l´introduction a été plus humanitaire et l´adoption ne représentait aucun danger pour l´ordre social établi, mais au contraire celle-ci était monnayée contre la protection des convertis bwa contre les abus de l´administration coloniale. Grâce à cette trilogie : approche humanitaire, respect de l´ordre traditionnel et intérêt de protection, la religion catholique a été et est l´une des innovations extérieures la plus acceptée par les paysans ici. En fait, la convertion des bwa en masse au christianisme se doit non seulement à l´approche plus humanitaire des premiers missionnaires mais aussi à l´avantage/la protection dont les convertis à cette religion jouissaient vis à vis des abus de l´administration coloniale.

6.2 Actions de développement étatiques de l´indépendance à la date

A l´indépendance, la dotation des chefs lieux d´arrondissement et de cercle, d´infrastructures socio-économiques (voir Tableau 3 : Diversités socio-économiques des villages enquêtés), entre autres les écoles, étaient une volonté du jeune Etat malien de constitution d´une couche intellectuelle qui aiderait à la construction du pays. Ces écoles, ainsi construites et opérationnelles partout au Pays-Bwa et sur toute l´étendue du territoire malien, dans les faits, ont une réputation peu significative quant à la qualité de l´enseignement et la nature forcée qu´avaient les recrutements de nouveaux élèves au départ. En fait,, le caractère forcé de la scolarisation désanimait beaucoup de parents surtout les Bwa parmi lesquels, nous avons retrouvé beaucoup qui avouent avoir découragé leurs enfants à poursuivre leur scolarité dans ces écoles. Les renvoies massifs des élèves par suite d´insuffisances académiques caractérisaient ces écoles. Rares sont les élèves qui atteignaient le niveau neuvième.

Ces résultats académiques non satisfaisants des élèves dans ces écoles publiques sont aussi amputables à l´engagement des enseignants qui de, par leur statut de fonctionnaire de l´Etat, avaient une garantie de non-licenciement et là ne se font pas de souci pour le bon rendement académique des élèves.

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De nos jours, en terme de réussite des élèves aux examens pour l´obtention du Certificat d´Etudes Primaires (C.E.P.) et du Diplôme d´Etudes Fondamentales (D.E.F.), l´école privée catholique bat de loin son homologue du publique. Mais tout de même, elles ont contribué a l´augmentation du nombre de personnes qui savent lire et écrire dans la zone.

Quant aux centres de santé, construits au même titre que les écoles dans les chefs lieux de cercle et d´arrondissement et parfois partout où une école a été construite, ils servaient pour les soins primaires et traitements de cas plus graves. Les Bwa évitaient ces centres le plus possible et transportaient leurs malades dans les centres (même éloignés) de santé de la mission catholique (dispensaire de Mandiakuy ou de Togo). Dans ces centres les paysans y aménageur des cas de maladies ou de blessures vraiment graves que la pharmacopée n´a pas pu soigner ou guérir. Ils ont fonctionné plus ou moins aussi longtemps que l´Etat les soutenait. Ensuite, ils se sont transformés en une sorte d´entreprise de l´ínfirmier responsable du centre. A l´avènement de la démocratie, les centres de santé communautaire (C.S.C.O.M.) ont été créés partout où les anciens centres de santé étaient, et le personnel directement affecté dans ces C.S.C.O.M. Ces C.S.C.O.M sont confrontés, pour celles de Koula, Lanfiara, Fangasso, Benena, aux problèmes du niveau bas du pouvoir d´achat des paysans. Ceux-ci, par manque d´argent pour payer les frais de consultation ou de médicaments, se rabattent sur les anciennes méthodes de médecine traditionnelle/ pharmacopée. Ainsi tout le personnel de soin interrogé dans ces CESCOM nous a avoué partout que cet état de fait se traduit par l´épuisement des stocks de médicaments qui, par manque d´argent, ne peuvent être renouvelés. Les paysans reconnaissent l´importance de ces C.S.C.O.M, mais ne peuvent s´acquitter des dépenses. La réussite des C.S.C.O.M passe donc de ce fait par l´augmentation du pouvoir d´achat des paysans.

Quant au développement des infrastructures de communication, de la colonisation jusqu´à la démocratisation du pouvoir, les pouvoirs étatiques qui se sont succédés attachaient peu d´intérêt au développement de la zone. Peut-être aussi, comme l´a avoué un paysan à Touba, ils voulaient maintenir les éléments troublants bwa enclavés, pour réduire leur capacité de révolte.

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Ainsi, la route bitumée qui relie la ville de San à celle de Mopti, longe le Pays Bwa sur presque toute sa partie Nord (voir carte : Cercle de Tominian ) . De ce goudron partent des pistes latéritiques dont les seules praticables en toutes saisons sont celles de Tominian- Benena, du Goudron au village de Fangasso et de Batilo. Dans le temps tous les chefs-lieux d´arrondissement n´étaient reliés par des routes praticables pour la plupart qu´en saison sèche.

Par contre, un réseau de pistes rélie les villages les uns aux autres. Les paysans, pour adopter le transport à ce réseau routier de brousse, se transportent et transportent tout en charrette à deux roues ou quatre, tirées par un âne ou cheval, vélo, mobylette ou sur la tête.

L´aménagement de ce réseau routier peu confortable, nous a été avoué par les paysans interrogés, est comme une priorité urgente pour l´essor du petit commerce que tout le monde considère comme une activité de survie dans tous les villages enquêtés. Mais à Somalo, Sokoura et Soundé, qui sont des villages enclavés par excellence, certains paysans trouvent que l´état actuel des routes et des pistes les préservent des bandits et de la dégradation brusque des valeurs sociales, suite à l´essor du petit commerce qui créé des inégalités sociales.

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Ainsi, pour beaucoup de paysans interrogés dans les villages enclavés et de nos constats des effets de l´enclavement, le développement dans la zone passe obligatoirement par l´aménagement du réseau de communication. Mais à l´heure de la décentralisation, les données ont changé, car désormais ce sont les communes elles-mêmes qui doivent couvrir une bonne partie de leurs actions de développement-et paradoxalement beaucoup de paysans refusent présentement de payer les impôts.

Situation actuelle :

Le développement agricole, partie intégrante du programme de développement agricole étatique dans son ensemble de l´indépendance à la démocratie, visait à stimuler les paysans partout à produire plus pour pouvoir alimenter les caisses de l´Etat. Les méthodes pour y parvenir ont abouti à un appauvrissement des paysans et à une dégradation marquée des ressources naturelles. Ces méthodes aux Pays-Bwa et au Mali étaient :

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Nous l´avons dit dans le chapître antérieur : les programmes de développement étatiques dans leur conception et réalisation sont des formes déguisées d´exploitation des paysans. Là-dessus tous les experts du développement rural sont unanimes. Et la crise de confiance constatée entre la paysannerie et l´appareil étatique en ait une extériorisation. D´un côté, l´Etat équipait et disposait des intrants agricoles aux paysans. Ces derniers en profitaient pour augmenter leurs superficies exploitées et les rendements de leurs cultures et par conséquent le volume de leur production. De l´autre, il organisait par le biais du monopole du marché céréalier une exploitation tactique de la paysannerie. D´une part, avec la fixation des prix au producteur bas l´Etat réduisait la rentabilité économique de la production agricole. D´autrepart le paiement impératif des impôts et taxes instaurées, obligeait les paysans à vendre sous contrainte leur production. Ceci s´est traduit, nous l´avons mentionné plus haut, non seulement par l´appauvrissement des paysans mais aussi par la dégradation des ressources naturelles, suite à leur exploitation non rationnelle. Par exemple l´usage des charrues dans la préparation des champs a non seulement permis de mettre en valeur des superficies toujours plus grandes, mais aussi, de par le mouvement de terre à une profondeur assez considérable, favorisé le transport de terre par l´érosion hydrique. De plus, les paysans devaient mette en valeur des superficies plus grandes pour pouvoir couvrir les besoins monétaires engendrés par l´instauration des taxes et impôts. Cette extension des surfaces emblavées, associée à la technique extensive pratiquée et aux effets de la croissance démographique, a abouti par le temps à une dégradation des ressources et à une réduction des terres cultivables.

Il faut signaler tout de même, qu´il a été constaté, que les paysans ont appris avec cette politique agraire anti- producteur86 des stratégies de contournement. Les plus connus sont : la diversification des activités (petit commerce, l´élevage, le jardinage, l´exode, etc), le développement d´une stratégie de commercialisation de leurs produits et d´un réseau d´échange hors des frontières du Mali, le non- recensement de leurs biens - ce qui faussait toutes les données statistiques de recensement du Mali de l´indépendance à la démocratie. Ces fait, nous l´avons dit plus haut, illustrent l´impopularité des institutions étatiques en milieu rural d´une manière générale ou reflètent la crise de confiance, créée et perpétué, entre paysannerie et les organes étatiques.

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A l´avènement de la démocratie, avec une abolition de nombre d´abus et d´ excès, la dynamique sociale, qui était freinée mais pas paralysée, connaît une révolution dont les manifestations sont perceptibles par tout le monde :

Dans notre zone, dû à la croissance de la volonté de déplacement des paysans, le transport de passagers par les charrettes est devenu partout une activité lucrative. D´après la majorité des paysans interrogés dans les villages et sur les foires, ils avouent que c´étaient les agents de l´Etat qui „gâtaient tous ici avec leur pouvoir de soleil ou wosso-nu pa-a“- le pouvoir de bain de soleil en référence au pouvoir colonial pour lequel la méthode correctionnelle pour les récalcitrants était le bain de soleil. Ils nous ont aussi avoué qu´ils avaient peur d´aller au marché car ces agents taxaient tout (les vélos, charrettes, animaux, armes, etc). Les contrôles sur les routes, rejoignant les villes et reliant les villages, étaient de même exagérés, nous ont avoué les vétérans du transport urbain. Ils avouent que : les agents nous demandaient tant d´argent et embêtaient tant les passagers que peu d´entre nous étaient encouragés à faire la navette. Les paysans voyageaient peu, car beaucoup n´avait pas de pièces d´identité87.

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Quant à libéralisation des marchés céréaliers, elle a permis aux paysans de mieux planifier la vente de leurs produits : une vente échelonnée, s´ils n´ont pas de contraintes immédiates.

Ainsi, le regain de liberté de la dynamique sociale des communautés paysannes au Pays-Bwa proportionné par l´avènement de la démocratie/ décentralisation prouve la capacité d´adaptation du mode de vie, de production aux étapes de l´évolution de l´environnement naturel, social, politique et économique. Les manifestations les plus significatives de cette dynamique sociale sont :

6.3 L´église catholique : des oeuvres humanitaires aux initiatives de développement

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En nous référant à l´adhésion des Bwa au christianisme, nous pouvons dire que cela fut un des passages historiques qui contredit l´image péjorative des administrateurs coloniaux et nationaux sur les Bwa: les caractérisant de réfractaires à tous changements. En fait,, les Bwa en se convertissant au christianisme ont prouvé leur réceptivité aux rapports ou contacts externes, mais seulement quand ceux-ci ne sont pas imposés et ne compromettent pas leurs valeurs sociales traditionnelles qui sont l´ossature de la société.

Le christianisme a été introduit dans la zone par les premiers missionnaires vers les années 1920 (Hertrich V.1992 : 1264). L´acceptation des Bwa de cette religion, justifiée par les manuscrípts inédits du Père Bernard de Rassily, était comme monnayé contre la protection que ces derniers les offraient contre les excès et abus des colonisateurs et administrateurs nationaux (Diarra:1992, cité par Hertrich V.1996:38). Nous admettons cette hypothèse tout en ajoutant qu´à l´opposé de l´Islam, le Christianisme n´interdisait pas la consommation de dolo et de viande de porc. Ces pratiques sont tant ancrées dans la culture bwa que toute tentative de leur remise en cause est un aveu d´échec, car est considérée comme portant atteinte aux valeurs culturelles sociales.

Le succès du christianisme chez les Bwa dans la zone est non seulement dû, suivant B. De Rassilly, au fait que les Bwa voyaient aux missionnaires des protecteurs respectueux de leurs coutumes, mais aussi généreux. En fait, par des oeuvres caritatives, les missionnaires venaient au secours des populations bwa pendant les périodes de famine par des aides céréalières, par leurs soutiens en médicaments, à l´alphabétisation etc. Les représentations les plus marquantes de ces oeuvres caritatives sont : la mise en place dans toutes les paroisses du secours catholique (soutiens matériels aux plus démunis de toutes les confessions), pour atténuer les pénuries céréalières, la construction de dispensaires de Touba, Mandiakuy, Togo pour faire face aux problèmes sanitaires au Pays Bwa., la création de centres scolaires dans toute la zone (dans les villages de Touba, Mandiakuy, Benena, Waramata, Togo, Moinisso, et Dobo). Pour l´appui à l´agriculture, le centre de formation, de promotion et de vulgarisation agricole de Zura avait été créé. Dans ce centre, des volontaires jeunes bwa apprenaient de nouvelles techniques de labour, d´entretient des cultures, de gestion des récoltes, d´élevage du porc, etc. A leur sortie/ au terme de ce temps de formation agricole, ils recevaient chacun un équipement complet (une charrette à deux roues, un âne, une charrue, une paire de boeufs et du petit matériel agricole).

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Compte tenu des rapports distants entre les populations bwa et l´administration étatique, ces oeuvres caritatives dépuis leur mise en place continuent à marquer la dynamique du développement dans la zone. Suivant les constats et dans les faits, elles sont toujours plus acceptées par la population que celles proposées ou imposées par le programme de développement étatique. Ce succès conjugué au désintéressement/désengagement de l´Etat pour la cause des populations ici au Pays Bwa, poussent les actions caritatives à étendre leurs perspectives d´aides. Partant delà, désormais l´aide devient dans certains cas moins caritative que participative. Dans ce cadre, le centre agricole de Zura s´est transformé en action-projet qui élabore, exécute et finance des actions d´intérêts collectifs dans les villages. Parmi ses réalisations, par exemple les forrages de puits, la construction de petits barrages, la formation de gestionnaires villageois, la construction de banques de céréales, la réalisation de programmes de sensibilisation et d´animation dans son programme de lutte anti-érosive et d´appui à l´essor du jardinage par la confection de grillage. (Voir Tableau 10 : Les Intervenants extérieurs au Pays-Bwa ).

Les communautés catholiques, dans chaque village ou celles-ci sont assez représentatives, se sont érigées en collectivités de promotion villageoise. Les structures traditionnelles associatives n´étant plus tant fonctionnelles dans beaucoup de villages, ces collectivités ont pris la relève de ce mouvement associatif ou d´entre-aide mutuelle.

Nous avons constaté, cette coopération des associations chrétiennes ou protestantes à Fangasso, Benena, Soundé et Somalo. Quant à Batilo, Marékuy et Sokoura, ces groupements sont peu significatifs.

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Au niveau paroissial, la chorale constitue un élément de développement assez important. Elle anime non seulement les messes et fêtes religieuses, mais sensibilise aussi les catéchumènes sur des thèmes de la vie courante, comme le SIDA, la lutte anti érosive, l´exode, le respect des valeurs sociales traditionnelles, etc..

Tout de même, il faut ajouter que nous avons pu constater que certaines actions caritatives ont réduit la capacité ou volonté des assistés à entreprendre ou à voler de leurs propres ailes. Suivant les propos d´un enseignant à la retraite qui a servi dans tous les centres scolaires catholiques du Pays-Bwa, partout où les paroisses catholiques ont été construites, les gens sont habitués aux facilités ou cadeaux en nature ou espèce de la mission/du secours catholique. Il va même plus loin en disant que les missions par leurs oeuvres caritatives favorisent et nourrissent le fainéantisme des gens et même des jeunes. Dans les faits, suivant le même informant, cela s´est traduit par l´instauration du vol dans les villages dotés de missions catholiques. Dans ces villages les jeunes sont peu dévoués à travailler durement pour vivre et de là ils sont poussés par leurs vices et besoins au vol.

Quant au centre de Zura, il connaît une recrudescence de ces activités de développement, dû peut-être au fait que dans la zone, il y a d´autres organisations non gouvernementales de développement qui s´y sont installées et qui pour la plupart disposent de plus, de moyens.

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Quant aux centres de santé, leur place de choix dans le domaine de la qualité des soins est irréductible, malgré la mise en place des C.S.C.O.M. Les gens, sans distinction d´ethnie ou de religion, les préfèrent à toutes les autres du genre. Les paysans du secteur de Somalo préfèrent parcourir plus de soixante kilomètres pour se faire soigner au centre de santé de Togo ou de Mandiakuy (voir carte du cercle de Tominian), bien que les C.S.C.O.M. de Lanfiara et Koula soient plus proches. Ce fait confirme l´hypothèse qu´ici la publicité ou l´anti-propagande se base sur le vécu et le rapportage - voire pour croire.

De ces constats, nous pouvons avouer que l´église catholique, dans le domaine du développement occupe une place de choix irréductible. Ceci révèle le caractère d´intégrité des bwa : son oui est doctrinal et son non presque un serment. Ils ont accepté la religion catholique et restent fidèles à leur engagement. Par ailleurs, le caractère humanitaire des interventions de l´église catholique, ressemble à la solidarité communautaire existante dans les communautés villageoises, et partant a servi à encourager l´acceptation de la religion catholique. De là, il en ressort clairement l´importance capitale du rôle du facteur social dans la réussite des interventions externes ou de développement. L´église catholique a su le tenir en compte/ respecter les valeurs sociales pour se faire accepter. Cette stratégie de l´évangélisation devrait “faire école„ (servirait d´instruction), en ce sens que d´autres intervenants extérieurs devraient la prendre en considération pour entreprendre toute réalisation au Pays-Bwa et peut-être ailleurs.

Dans sa campagne de diffusion du christianisme l´église a plutôt tenté de s´établir dans tous les villages bwa. De même que leurs actions, celles-ci ont été plus concentrées sur les villages bwa au départ et plustard sur le village dafing qui, eux aussi, avaient marqué et maintiennent une distance avec les actions du centre de Zura.

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La crise de confiance des rapports des paysans bwa et de l´appareil étatique ménacait toutes les interventions du programme de développement étatique par l´échec et ainsi à la fois donnait un grand défi à l´oeuvre caritative de l´église catholique. Dans les années 70, elle s´était transformée en une sorte d´action-projet de développement et elle était la seule opérationnelle sur le plan du développement.

6.4 Les ONG au Pays-Bwa : les nouveaux acteurs du développement et la variété des situations paysannes

6.4.1  Observations préliminaires et historiques du mouvement ONG au Pays-Bwa

Le désengagement de l´Etat pour le développement en général et le manque d´intérêt des Bwa pour les services techniques classiques et ensuite le "boom" du mouvement ONG vers les années 80, ont favorisé entre autres l´arrivée au Pays-Bwa des agences de développement. Comme le confirme ces propos : les ONG sont venues combler le vide engendré en milieux rural par la quasi-absence des services étatiques, en raison du manque de moyens et peut-être d´une conception du pouvoir politico-administratif insuffisamment empreinte du sens des responsabilités89. Celles-ci sont venues appuyer les actions de développement de la mission catholique (CFAR-Zura et du Secours catholique). Les plus représentatives sont : World Vision International ou Vision Mondiale Bwa-tun, SOS-Sahel, PAE, la mission protestante, AID et Mali-Aqua-Viva (voir Tableau 10 : Les Intervenants extérieurs au Pays-Bwa ).

Au Mali, de l´indépendance à la démocratie, les formes de l´exercice du pouvoir ont évolué, mais pas toujours favorablement en matière de développement surtout agricole. A l´indépendance, pendant la Prémière République (Régime Modibo Keita) et la Deuxième République (Régime Moussa Traoré), l´Etat malien adopta des politiques agricoles nationales articulées autour d´objectifs ambitieux d´augmentation de la production agricole et de diversification des activités dans un premier temps/pendant la Première République et de développement par des grands projets agricoles (les opérations de développement rural ou ODR)90, dans un deuxième temps/pendant la Deuxième République. Ces deux programmes étatiques ont subi des échecs cuisants, car : ils étaient conçus sans tenir compte des réalités et des diversités du terrain, ils avaient omis la participation des paysans à l´élaboration des différentes actions, ils étaient dirigés par des agents de développement de coeur bureaucratique ignorant leur mission auprès des paysans, et ils étaient basés sur des objectifs mal déguisés d´exploitation du monde rural par l´Etat.

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Au Pays-Bwa cet échec du programme de développement étatique s´est traduit par l´essor d´une classe dirigeante opulente et corrompue, d´une dégradation des ressources naturelles suite à leur exploitation par des techniques toujours plus agressives91, par l´appauvrissement des paysans victimes d´une exploitation abusive de l´Etat, et par la naissance d´une crise de confiance entre la paysannerie et l´appareil étatique comme leur réaction à la montée du caractère répressif des rapports entre paysans et représentants étatiques (une résistance passive marquée par une participation similée des paysans à tout ce qui a trait aux affaires de l´Etat, un refus de payer les impôts - c´est par peur de répressions administratives qu´ils s´exécutent, etc).

C´est dans cette situation de crise des rapports entre le monde rural et l´appareil étatique que les organisations non étatiques prennent la relève du développement des campagnes en particulier et de la société malienne en générale. Avec la sécheresse des années 70 leur nombre avait subitement accru. En novembre 1999, 132 ONG étaient recensées actifs sur le territoire malien92. Si le nombre des ONG et des Bureaux d´étude continue à augmenter, dans les faits, cela n´a pas de relation directe avec les résultats obtenus sur le terrain. En effet, les résultats dans l´ensemble sont médiocres et mêmes souvent déplorables.

Concrètement malgré leur effectif encombrant, la pauvreté continue de gagner du terrain au Mali, les conditions de vie des populations sont toujours peu enviables, les problèmes de santé et de l´éducation sévissent toujours, et la dégradation de l´environnement écologique continue sa progression ascendante. Mais tout de même, il y a lieu à reconnaître que le mouvement ONG, par le temps a gagné de l´expérience quant à l´élaboration des interventions, à la collaboration avec les partenaires ruraux/ groupes cibles, à l´exécution et au suivi-évaluation. Elles ont compris peut-être par le temps que93 le développement des campagnes résulte plus d´une dynamique interne au niveau des collectivités locales que d´impulsions externes données par l´Etat ou les aides étrangères et lent de par sa nature multidimensionnelle.

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Au Pays-Bwa, la résistance passive des Bwa, suite à la répression massive et brutale de l´insurrection bwa en 1915-1916, marque leur manque d´intérêt à tout ce qui a trait à l´Etat94. Ainsi, l´échec du programme de développement étatique, était prévisible ici. Certains faits de matérialisation de cette résistance passive constatés sont : le refus de payer les impôts, le non-enregistrement des naissances et des biens matériels, l´application des techniques agricoles vulgarisées seulement par les personnes représentantes du pouvoir administratif au village en l´occurrence le chef de village et certains de ses conseillers, la vente d´arachide au Burkina Faso. C´est dans ce climat de méfiance que les oeuvres caritatives de l´Eglise catholique se développement en actions de développement. Ces actions sont représentées par le Secours catholique et le CFAR de Zura. Vers les années 80, d´autres agences de développement viennent se joindre à l´action de la mission catholique. Mais compte tenu de : la polarité ethnique, religieuse et de la provenance originaire des promoteurs de ses agences de développement nationales, et de la „canalisation“ intéressée des agents de développement étrangers par des informants nationaux opportunistes ou l´orientation de ces ONG étrangères par une base de données non actualisées, la rué des ONG vers certaines régions maliennes (le Nord et Sud du Mali) constatée vers les années 80 n´a pas été remarqué ici au Pays Bwa. Les ONG et projets de développement qui y sont actifs sont ceux qui sont plus ou moins conscientes de la généralité des besoins de soutien au développement et dotées d´une souplesse de raisonnement pour comprendre l´importance des diversités locales, zonales et ethniques en matière de développement. Parmis eux nous avons pu rescensser :

A ceux-ci, comme intervenants dans le développement de la zone, il faut ajouter les services techniques classiques de l´Etat qui ont résisté tant bien que mal à la crise de communication entre les paysans et l´appareil étatique : SLACAER (service local d´appui conseil de l´aménagement et de l´équipement rural), SLCR (service local de contrôle et de la règlementation), le service de santé publique, l´inspection de l´enseignement fondamentale.

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Ces différents organes non gouvernementaux ont pour objectif assister les communautés pour améliorer les qualités de leur vie dans un environnement social, économique, politique et écologique favorable. En d´autre termes, permettre aux paysans de pouvoir manger à leur faim dans des communautés cohérentes, exploitant rationnellement leurs ressources naturelles, d´améliorer leur niveau de compréhension du monde environnant et d´établir des rapports constructifs avec tous les intervenants ou acteurs externes.

6.4.2  Les actions-ONG : leur politique d´intervention et les dynamiques locales paysannes.

Au Pays Bwa en particulier et sur toute l´étendue du territoire malien en général, le sort des paysans n´est pas très enviable, malgré l´effectif pléthorique des ONG, l´importance des fonds investis et la grandeur de leur spectre d´action. Dans ce aspect du travail nous tenterons de donner des explications à ces faits de remise en cause d´impact des interventions, qui n´échappent plus aux yeux des paysans dans la zone.

Sans prétendre mettre en doute la qualité de l´élaboration de ces différentes interventions, encore moins le professionnalisme de leur exécution nous devons avouer en reprenant les propos recueillis auprès de la majorité des paysans, que ces intervenants dans l´ensemble ont des résultats médiocres. Ainsi ont été qualifié les résultats des actions du projet SOS Sahel par beaucoup de paysans interrogés partout dans la zone. Suivant eux ce projet, par ses mesures d´appui juridiques à la protection des ressources naturelles, avait ainsi signé son échec. En ce sens que la gestion des ressources est un domaine très délicat/ sensible de l´intégrité villageoise et de ce fait, elle doit être abordée avec beaucoup de prudence. Cette tentative du projet d´appui juridique à la gestion des ressources naturelles des communautés villageoises, avait été interprétée comme une remise en cause de l´ordre social établit ou de la législation foncière traditionnelle. Ainsi, elle avait beaucoup réduit l´intérêt des paysans partout dans les villages pour tous les autres volets d´action du projet. A Fangasso, pour la population toute entière, le projet SOS Sahel a été un projet générateur de conflits inter-villageois.

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L´impact de ce projet que nous avons pu constater, c´est surtout leur méthode de diffusion d´information par les griots à travers des chants : sensibilisation audio (cassette audio) des paysans sur les mesures de protection de l´environnement écologique (feux de brousse, déboisement/reboisement, etc) ou sur la santé (lutte contre le SIDA,etc) ou encore sur des thèmes sociaux comme l´exode, la vie conjugaleetc Dans la zone, cette forme de sensibilisation des paysans, par des chants (en bomun) des griots, atteint tous les coins et toutes les couches sociales des populations bwa.

Quant aux actions de l´ONG World Vision International (WVI), entre autres leur programme d´alphabétisation, de construction et d´équipement d´écoles, d´appui au jardinage et au petit commerce, celles-ci représentent des réalisations exotiques prometteuses, mais dont l´opportunité sera évaluée par les résultats qu´elles obtiendront dans cinq ans. Car l´expérience en matière d´intervention a prouvé que c´est le scepticisme des paysans en tout ce qui est nouveau qui justifie leurs réserves contenues pour les engagements des accords-projets. Cette hésitation paysanne fait des actions une équation à plusieurs inconnues, lesquelles n´apparaissent à la lumière du jour que par le temps. C´est cet état de fait qui explique aussi la lenteur de leur appropriation par les partenaires villageois.

En ce qui concerne la similitude des programmes des différents intervenants (voir Tableau 10 : Les Intervenants extérieurs au Pays-Bwa), les paysans la qualifie de parasitisme. Ceci, ce paysan de Batilo l´illustre en nous confiant que certains des intervenants dans la zone sont comme le serpent, qui ne creuse pas de trou, mais quand il rentre dans un trou il déloge ou avale tout animal qui s´y trouve. A notre compréhension, cette similitude des programmes des différents intervenants réduit leur efficacité et développe l´esprit d´opportunisme (simuler des conditions d´íntervention pour profiter des moyens disposés des projets) chez les partenaires villageois. Partant de ces faits, une coordination des actions et concertation des intervenants pourraient contribuer entre autre à l´obtention de meilleurs résultats.

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L´impact des différents types d´interventions au Pays Bwa, mesuré en terme d´adoption significative des paysans de ces actions, prouve que les actions d´appui aux initiatives de dispersion, d´évitement ou de détour des contraintes de la production agro-pastorale et de scolarisation „ont fait tâche d´huile“.

Ainsi, les mesures de lutte anti-érosive, la technique culturale ZAE, le compostage, etc sont pratiquées partout, même dans les localités ou les équipes d´intervention n´ont pas mis pieds. L´approvisionnement en équipement agricole (charrue, charrette, multiculteurs, etc) dans la zone est à l´actif des forgerons locaux. De nos jours tout cet équipement agricole provient de la petite industrie locale des forgerons qui ont su adapter ce matériel industriel aux réalités locales.

Sur le plan de l´éducation scolaire et informelle d´alphabétisation en langues nationales Bomun et Bambara, bien que dépuis l´indépendance le nombre des écoles publiques et privées catholiques n´a pas changé, il a été constaté une augmentation des effectifs dans les classes. De même, dépuis l´avènement de la démocratie au Mali, il y a eu création de seconds cycles et une augmentation notoire du nombre des écoles communautaires reconnues par l´inspection de l´enseignement fondamentale. Actuellement chaque village veut et souhaite que ses enfants commencent à apprendre à lire et écrire chez eux au village.

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Une autre influence extérieure qui gagne de l´importance dans la zone, c´est le christianisme. Dans tous les villages bwa, la religion catholique ou protestante est matérialisée, même si c´est par un groupe très réduit.

Les autres intervenants ont partiellement ou totalement échoué, car ils ne répondent pas aux vrais besoins des paysans ou représentent des risques pour l´ordre social existant. A titre d´illustration de ces faits nous avons :

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Une augmentation du pouvoir d´achat du paysan pourrait donner un espoir de réussite à beaucoup d´interventions ou faciliter leur adoption par les paysans. Mais dans les faits jusque là beaucoup d´interventions aident à produire ou diversifier les activités lucratives mais aucune ne veut s´investir dans l´organisation de la commercialisation.

De plus, à notre bonne connaissance, l´échec des différentes interventions est imputables aux intervenants extérieurs mêmes. Ici beaucoup souffrent de la non-compréhension des situations réelles existantes dans la localité et/ou d´une non-prise en compte des stratégies des acteurs villageois. C´est ce qui explique le fait que beaucoup d´actions n´arrivent pas à franchir la phase expérimentale. Comme le projet SOS-Sahel, de nombreuses actions de la CMDT, les actions de formation de jeunes paysans aux techniques culturales du CFAR-Zura, etc.

Des constats précédents nous nous résumons en nous servant des propos de Jean-Claude Devèze, qui suggère à titre d´orientation que pour améliorer les interventions en milieu rural, menées avec l´appui des bailleurs de fond que chaque intervention devait :

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D´autres aspects de la médiocrité des réussites des interventions de développement ici au Pays-Bwa est d´ordre ethnique. Les villages dafing ou groupe dafing, pour des raisons confessionnelles, ont montré peu d´intérêt pour les interventions menées par la mission catholique ou même à l´extrême par WVI de confession protestante.

Toujours dans la même thématique de la réussite des actions d´intervention, celles du Secours catholique et du CFAR-Zura auraient pu avoir de meilleurs résultats si les agents de développement en plus de leur dévouement et assiduité pour l´exécution des tâches assignées, d´un auraient reçu une formation adéquate aux besoins du milieu et étaient plus conscients de leur mission auprès des villageois. Ce problème concerne presque tous les agents de développement sur toute l´étendue du territoire malien. Ceux-ci, pour la plupart, ont une mentalité plus bureaucrate que de développeurs ruraux au sens du mot. L´état d´âme constaté chez la majorité d´eux témoigne cet état de fait. Rares sont les agents de développement qui se plaisent dans les villages. S´ils sont contraints d´y rester pour des raisons de service, leur domicile est le quartier urbain au village : télévision, panneau solaire, appareil de musique, boisson industrielles, moyen de déplacement motorisé. Ce confort relatif de vie, aussi banale et normale qu´il apparaisse aux yeux des paysans, représente dans les faits une certaine dénaturalisation des rapport/ de la communication avec eux et l´agent sur place.

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Le développement inégale est une réalité universelle reconnue comme est devenu le désengagement forcé des Etat, par manquent de fonds, une généralité. Cet état de fait, qui est à l´origine ou la cause des interventions non étatiques de développement partout dans le monde, demande à ces derniers des défis à relevés. Il s´agit en fait, d´un phénomène multifacétique qu´il faut aborder avec une transparence et souplesse méthodologique, fait que de nombreux internats avaient minimisé à la faveur de leur impulsion d´intervenir et rationalité d´évaluation. Les résultats peu satisfaisants dans le domaine ne se sont pas fait attendre. Comme dit ce dit-on: c´est en forgeant qu´on devient forgeron, ils ont appris par le temps qu´il faut conjuguer une série de facteurs socio-économiques pour une meilleure communication et une éventuelle adoption des actions par les partenaires villageois. Ceux-ci sont soumis d´autre part aux changements de leur propre environnement social.

Dans notre zone, les œuvres caritatives ont contribué à la réduction de la volonté d´entreprendre des personnes qui en bénéficient. Quant aux actions de promotion agricole, elles ont été soumises aux facteurs de traduction de la tradition agricole de la localité. C´est-à-dire qu´elles ont été adoptées au rythme de la dynamique sociale locale. Ceci apparaît, aux yeux des intervenants extérieurs suivant leurs critères d´évaluation, comme peu porteur d´avenir et a coûté la survie de certaines d´entre elles ou la réduction des volets d´action d´autres. Mais nos constats ont prouvé qu´il existe au niveau des villages des représentations d´actions ou d´initiatives introduites par des organismes non-étatiques qui ne sont plus opérationnelles dans la zone et/ou la présence d´un intérêt croissant des paysans dans la zone pour la formation. Ceci témoigne l´intérêt de la population dans la zone à l´ouverture. Par exemple le cas des mesures de lutte anti-érosive : elles sont pratiquées partout dans les villages par presque tous les paysans, bien que les projets qui les ont initiés se soient repliés.

A l´endroit des différents intervenants dans la zone, pour la réussite de leurs actions,

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A la lumière des résultats médiocres des interventions étatiques et celles des organisations non-gouvernementales, la tendance est de plus en plus de favoriser des actions initiées dans les villages et soumises aux organisations de financement. La mise en place des communes favorise ce état de fait et pourra peut- être servir de relais entre les partenaires villageois et les bailleurs de fonds. Mais là aussi le trafic d´influence et la politisation de cette nouvelle approche ont été déjà dénoncés.

Le phénomène des interventions, n´est pas encore à la fin de l´expérimentation, car il a encore en matière : de bonne communication avec les partenaires paysans, de politique d´intervention, de suivi-évaluation et surtout des agents de développement; des inconnues/des aspects à éclaircir.

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Tableau 10 : Les Intervenants extérieurs au Pays-Bwa

Particularités

Intervenants

Date de création

Programme d´activité

Vision paysanne

Appareil administratif

1960

collecte impôts et taxes, organisation fêtes nationales et arbitrage de conflits depassant compétences villageoises

malhonneteté, corruption, detourneur de fonds publics

Services

Tech-niques

service de santé

et CSCOM

-

Campagnes de nivarquinisation, programme élargi de Vaccination, projet SIDA et du planing familial, soins, consultations de routine et accouchement

Solutionne les cas d´urgence graves, d´accouchement, mais les médicaments sont trop chers

Service local de contrôle et de règlementation SLCR

-

Aplication des textes fonciers et forestiers, contrôle de la qualité des semences, règlements des abattages, des marchés et boutiques

Rapports distants

Service local de l´appui conseil, de l´aménagement et de l´équipement SLACAER

-

Appui à la gestion et protection des ressources forestières et halieutiques, Vulgarisation agricole, suivi vétérinaire des animaux, aménagement du terroir, mise en place de coopératives villageoise

Action apréciable par les suivis sanitaires des animaux

Inspection de l´enseignement fondamentale IEF

-

Contrôle le processus de scolarisation et qualité de l´enseignement

Aucun rapport

Compagnie

Ma-lienne du Textile

CMDT

-

Encadrement culture de coton, Formation, alphabétisation, organisation et aprovisionnement des paysans en intrants et équipements agricoles, Appui à la diversification des revenus (culture de sésame, dah fibre et oseille de guinée) et protection de l´environement, Coordination des activités des projets PAE et BNDA

Malhonnêtetédans la recuperation des crédits agricoles,

Exploite et apauvrit,

Seul action positive l´action forgeron

PAE

1989

Aménagement des terroirs

BNDA

Système de crédits agricole (intrants et équipement agricoles) aux AV

Projets de

devé-loppe-ment

Secours catholique

1984

Alphabétisation et formation des animateurs, Stabulation saisonière des animaux,

Reboisement, Système de crème de crédit,

Promotion de la santé Villageoise (margelle, latrines, nettoyage du village)

Aides caritatives d´urgence à long terme favorise l´attentisme et la dépendance villageoise

Centre de formation et d´animation rurale de Zura (CFAR- Zura)

Centre dicésin

Volet d´hydraulique, de formation d´animateurs, de gestionnaire villageois,

Mesures de lutte anti-érosive, compostage et methode ZAE, Système de crédit à travers l´UAPAD, Volet d´appui aux initiatives génératrices de revenus

Impact reconnu surtout les mesures de lutte anti-erosives, le compostage, la formation des formateur et gestionnaires villageois

Mission Protestante

----

Oeuvres caritatives, Ecncadrement desassociations de protestant dans les villages, Construction de classes et salles d´aphabétisation

Impact reconnu pour education et alphabetisation, resolution des problèmes d´urgence

Tableau 10: Suite

Particularités

Intervenants

Date de création

Programme d´activité

Vision paysanne

Organisations non

Gouvernementales

World Vision Bwatun

-

Appui à l´éducation formelle et informelle (construction et equipement de salles de classes, alphabétisation des femmes et adultes), Appui aux activités génératrices de revenus (jardinage, embouche, petit commerceetc), l´agro-foresterie, Aménagement du terroir, Création de banques de céréales

-

Assistance aux Initiatives de développement (AID)

1993

Alphabétisation, appui du petit commerce des femmes par système de petits crédits, formation et financement de l´embouche porciene

Mali-Aqua-VIVA

Programme d´hydraulique villageois (pompe à eau)

Entretien très coûteux des pompes

SOS-SAHEL ( Save our Soul-Sahel)

1989 - 1998

appui institutionnel villageoise pour la gestion des ressources, mesure de lutte anti-érosive, sythème de petit crédits, Compostage, formation d´accoucheuses traditionnelles,d´animateurs villageois, Banque de céréales feminines,embouche, alphabétisation, Aménagement du terroire, santé villageoise

appui institutionnel villageois pour la gestion des ressources, mesure de lutte anti-érosive, sythème de petits crédits, Compostage, formation

d´accoucheuses traditionnelles,d´animateurs villageois, Banque de céréales feminines,embouche, alphabétisation, Aménagement du terroire, santé villageoise

fomenteurs de conflits intervillageois autour sur la gestion foncière


Notes en bas de page et Endnotes

85  Hertrich V.:1996:33-64

86  Krings T.:1991:157-180

87  La procédure d´établissement d´une carte d´iddentité, était volontairement compliquée par les agents administratifs pour augmenter les frais. Delà beaucoup de paysans optaient ne pas en établir.

88  Regime Modilo : en référence à la prémière Republique au Mali, avec come chef d´Etat Modibo Keita
Régime Moussa : en réference à la deuxième République au Mali, avec comme chef d´Etat, le Général Moussa Traoré

89  Prod´Homme Jean-Pierre : Diversité des organisations rurales en Afrique noire et prémices d´un mouvement paysan. Economie rurale 228 / juillet-Aout 1995 :52

90  Diallo M. et Coulibaly D. : Référebtiel régional : Etude générale sur le Fuladugu, Helvetas, Bamako 1990

91  Rapport de synthèse de l´étude nationale perspective “MALI 2025", Mali 2025. Juin 1999

92  CCA-ONG novemb. 1999

93  Devèze Jean-Claude : Le reveil des campagnes africaines. Ed. KARTHALA, 1996

94  Hertrich V. :1996 :33-67

95  Devèze Jean-Claude :1996 :190-191



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28.11.2006