8 Conclusion

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Au terme de l´analyse des résultats de ce travail nous avons pu observer la problématique du processus de la dynamique sociale des communautés paysannes résidentes dans l´entité géographique : le Pays-Bwa dans le Sud-est malien. Explicitement, il a été observé le parcours de la dynamique interne sociale des communautés (dans leur environnement soico-naturel) et leurs comportements de différentes natures face à l´invasion des facteurs extérieurs de changement.

L´universalité et la diversité locale du phénomène de changement nous a permis de confirmer avec certitude que l´image péjorative (réputé de retardataire, anti-modernisation/ très conservateur) donnée au Pays-Bwa n´est basée que sur des fondements peu consistants. Suivant les fais observés, les communautés paysannes, comme partout ailleurs, vivent dépuis la nuit des temps dans des rapports dialectiques avec leur environnement socio-naturel sans pour autant échapper aux effets des rapports contradictoires et/ou avantageux qu´elles maintiennent avec leur environnement socio-naturel, régional et national.

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Nous avons constaté que face à la tendance croissante des contraintes sociales, géographiques et climatiques les paysans dans la zone ont produit une multitude de réponses pour sauvegarder, exprimer leur identité et survivre. Nos résultats prouvent que :

Par ailleurs la comparaison des changements locaux au niveau du système de production à ceux du système social, nous a permis de constater que le système de production est plus succeptible/sensible aux effets du changement que le social. Face aux contraintes agro-climatiques ou facteurs insécurisants de la production agricole, le changement dans ce domaine n´est pas un choix sinon une nécessité vitale/obligation et doit être rapide. Par contre, les changements sociaux sont plus modérés/partiels et lents. En plus ils sont vus par les paysans comme des stratégies d´adoption des cadres sociaux aux nouvelles contraintes socio-naturelles. Les résultats suivants de nos analyses illustrent cette différence contextuelle du changement :

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Les changements internes sociaux dans les communautés paysannes Bwa et Dafing s´articulent à un processus de changement qui touche toute l´étendue du territoire malien : l´intégration inévitable de la localité à la dynamique sociale malienne. Nous avons mesuré cette évolution à travers les faits socio-économiques comme la migration, les rapports avec l´administration étatique et les institutions non-étatiques, l´introduction des courants religieux, les réseaux d´échange avec les ethnies voisines et les centres urbains. Ces facteurs de changement externes, inévitables dans les faits, agissent (positivement et/ou négativement) sur la dynamique sociale interne. Ainsi, ils obligent les paysans à adopter une multitude de stratégies défensives et/ou d´assimilation pour protéger leur identité socio-culturelle et/ou assurer leur survie. Nous avons constaté que, ces influences extérieures sont adoptées par les populations suivant leur degré d´opportunité et de nécessité avantageuse. En d´autres termes, elles s´articulent ou sont rejetées suivant le degré de risque qu´elles présentent pour le système social en général. Les resultats concrèts concluants nos annalyses prouvent que :

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Dans la zone les actions de développement qui y ont eu des impactes sont celles entreprises dans le processus de la lutte anti-érosive, de la semi-mécanisation de l´agriculture (la culture et transport attelés), de la scolarisation des enfants, etc. Par contre, les actions de gestion des ressources ligneuses, de lutte contre la divagation des animaux, de forrages, de banques de céréales, de reboisement, n´ont pas dépassé la phase expérimentale, car pour certains elles ne sont pas au centre des priorités ressenties ou pour d´autres elles représentent des risques pour l´ordre social établi.

• Quant aux croyances introduites dans la zone, nous avons parmi les plus représentatives le Catholicisme, le Protestantisme et l´Islam. De nos analyses il ressort que les Bwa restent tant attachés à leur croyance authentique/l´animisme qui leur garantit assurance et protection, et que leur convertion à d´autres religions est en partie intéressée. Ainsi par exemple le catholicisme et le protestantisme ont tant d´adeptes dans la zone pour les avantages des oeuvres caritatives et de développement associées à la pratique de ces religions. Beaucoup de chrétiens sont des animistes de coeur. Les croyants ici ont profité de la protection de l´Eglise contre les abus des colonisateurs et de l´administration étatique jadis. Aussi de nos jours, ils louent les biens-faits de la couverture sanitaire, de la scolarisation et des actions de développement de l´Eglise catholique. Sur le plan social, l´Eglise contribue au maintient de la solidarité, de l´ordre social, à la promotion collective et à l´essor de la vie communautaire dans les villages où elle est représentative. Nous avons pu nous persuader tout de même, que les oeuvres caritatives de l´Eglise ont souvent développé une réduction de la motivation d´entreprise chez les paysans qui en bénéficient. Il a été constaté que l´Islam dans les communautés villageoises bwa a peu d´adeptes. Il a été introduit par certains migrants. Dans les villages bwa où il est pratiqué, il a une présence atypique et a du mal a s´étendre. C´est par contre la croyance de tous les Dafing vivant dans la zone. Ces derniers pratiquaient parallèlement à l´Islam, l´animisme pour témoigner de leur intégration à l´unité locale qu´ils formaient avec les Bwa. Leur prise d´écart, favorisé par ces rapports socio religieux, des Bwa, est la manifestation de la montée des mouvements confessionnels sur toute l´étendue du Mali. Ceux-ci établissent une sorte de solidarité entre tous les pratiquants d´une religion donnée, donnant dans le cas de l´Islam une unité Islamique nationale et du coup réduisant à l´insignifiance les autres rapports d´intérêt.

• Un des facteurs d´intégration de la dynamique sociale au Pays Bwa à l´évolution régionale et nationale sont les rapports d´échange que la zone entretient avec ses voisins. Il a été vérifié que ces échanges, de nature socio-économique, expliquent l´interdépendance du fonctionnement social de la zone avec son environnement. Mais dans les faits au Pays Bwa, les échanges économiques sont les plus significatifs. La ruralisation des villes et l´urbanisation des villages favorisées par le phénomène migratoire, augmente la demande des villes en produits du terroir et inversement celle des paysans des produits industriels ou d´autres zones. Ainsi, en résumant nous constatons que :

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• La libre circulation des personnes et des biens, instaurée par la démocratie a fait révolutionner les réseaux d´échange interne et externe. Ceci se traduit non seulement par la nature universelle des produits vendus sinon que par la multitude et la diversité ethnique des acteurs du petit commerce : tout est vendu et vendable de nos jours, les Dafing ne sont plus les seuls intéressés par le commerce, ils se partagent les foires hebdomadaires avec les doubles actifs bwa. Ce regain d´intérêt, chez les Bwa en particulier, pour le commerce et chez les ruraux en général, dans les conditions de la décentralisation du pouvoir, motive déjà la production agricole et possiblement par le temps l´organisation de ces échanges qui se font au détriment des paysans.

• Quant aux rapports des cultivateurs bwa et dafing avec les Peuhl éleveurs du Nord, ils ont été et restent en grande partie plus conflictuels que socialisants. D´une part les razzias de groupes armés peuhl jadis dans les villages bwa sont encore présentes dans les esprits, et d´autre part les dégâts qu´occasionnent les animaux de ses bergers peulh aux cultures et récoltes sont surtout désapprouvés partout par tous les paysans bwa et dafing. Mais l´essor de l´élevage et l´importance de ses avantages constatés dans la zone sont attribuables à l´interaction inévitable du mode de production agricole des sédentaires bwa et dafing au pastoralisme des nomades peulh : les Bwa et Dafing „s´agro-pastoralisent“ tansdisque les Peulh se sédentarisent de plus en plus (semi-nomadisme). En fait, le système de production agricole dans la localité a évolué vers l´agro-pastoralisme, pour les raisons plus sécurisantes et rationnelles que présente ce mode de production associée dans les nouvelles conditions agro-climatiques. Ainsi, l´élevage domestique est pratiqué parallèlement à l´agriculture partout dans la zone pour les finalités suivantes :

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Quant aux Peulh, ils s´établissent de plus, en plus dans les brousses des terroirs villageois sur accord de la communauté villageoise en question, où ils pratiquent l´agriculture et/ou seul les jeunes se déplacent périodiquement avec les troupeaux. Ces Peuhl finissent par établir de rapports de bon voisinage avec les communautés bwa ou dafing-hote (exemple : Farakuy/secteur des Peuhl à Benena et Batilo).

La tendance croissante de la précarité des conditions géo-climatiques forcent l´intégration dans la lutte pour la survie, et cela même au delà des diversités ethniques, des différents historiques existantes dans l´histoire locale, etc, ou d´autres faits conflictuels.

L´ensemble des populations, dans la réalité géo-culturelle du Pays Bwa sous l´influence des contradictions socio-spatiales, agro-climatiques et socio-économiques, est saisi par la spécificité locale, la continuité et l´universalité des changements. Ce processus de changement se traduit chez les Bwa et Dafing par des adoptions de pratiques sociales locales diverses, des stratégies internes de production, d´orientation, de changement ou de modification de leur mode de comportement, de production et d´organisation sociale pour pouvoir survivre au Pays Bwa dans toute sa particularité géo-climatique et socio-économique soumis de plus, à la force de diffusion générale de la modernisation au Mali.

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En nous appuyant sur les analyses précédentes, nous pouvons théoriquement affirmer par extrapolation, que le changement interne dans la globalité du changement national est propre à toutes les ethnies, à toutes les localités et couches sociales, en un mot à tout ce qui vit. Et qu´il présente des diversités locales, culturelles et économiques. Ce qui exige une certaine prudence dans son analyse pour sa compréhension à quel niveau que ce soit. Cette compréhension est d´importance capitale pour toute personne qui a de l´intérêt pour saisir le fonctionnement socio-économique dans les campagnes pour ce qui nous concerne et partout à tous les niveaux, car elle est la clef de la réussite de toute collaboration avec le monde rural. Partant de ce fait, l´analyse de la dynamique sociale devrait précéder toutes interventions de développement en milieu rural.

De même, bien qu´il nous manque des donné empiriques le prouvant, nous appuyons la thèse que la dynamique sociale interne n´est pas seulement propre au milieu rural, elle marque aussi l´évolution sociale interne/générale des villes, des pays, des sous régions et des continents. Par exemple, la débrouillardise du malien pour survivre au Mali économiquement et géographiquement dévitalisé, la contribution des migrants maliens et des agences de développement à l´amélioration des conditions de vie des gens sur place ou le Mali dans sa réalité socio-économique dans le réseau socio-économique en Afrique de l´Ouest, n´est pas l´effet du hasard. Ceci est la résultante des stratégies de gestion „à la malienne“ des faits insécurisants dans le contexte des contradictions et influences de toute nature de ses voisins immédiats et lointains. Et suivant les constats, la démocratie suivie de la décentralisation du pouvoir au Mali est un fait stimulateur de ce génie malien de gestion des contraintes socio-économiques et d´articulation de la dynamique socio-économique malienne à l´ensemble africain et mondial, tout en préservant tant que possible les fondements socio-économiques nationaux. Dépuis l´avènement de la troisième République, les exemples ne manquent pas pour le prouver. Pour ne citer que quelques cas illustratifs :


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