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12.  Conséquences et recommandations

12.1. Conséquences liées à l’introduction du compost phytosanitaire

Cette approche d’optimisation est une approche théorique qui ne provient pas d’un besoin exprimé par les agriculteurs urbains ou périurbains de l’Afrique de l’Ouest. Elle correspond plutôt à une démarche marketing c.-à-d. vendre son produit avec bénéfice.

12.1.1. Analyses trans-locales pour le choix de la ville

La diversité des villes-site permet une analyse trans-locale qui peut aboutir à des résultats différents des situations rencontrées qui seront donc des situations imaginées ou abstraites.

Timbi Madîna a été trop petit parce que les gens utilisent la matière organique pour leur jardin. Par ailleurs, dans de petites villes ou des grands villages, le problème des ordures ne se manifeste pas. Les ménages ne seront pas disponibles à payer ou ne sentiront pas le besoin de confier les ordures à une tierce personne. Mais déjà à Tsévié, les ordures constituent un problème dans le centre ville, car il faut aller loin pour les amener aux champs ou au dépotoir officiel. Alors la taille minimale d’une telle ville sera environ 25 000 habitants.

Dans des grandes villes comme Lomé et Conakry, il y a relativement moins de cultivateurs par conséquence consommateurs du compost. La production des œufs et des poulets est souvent bien développée. La fiente de volaille et le fumier de ruminants dans les villes sahéliens sont une forte concurrence au compost agent d’amélioration du sol. Par ailleurs, dans ces villes, le marché des produits phytosanitaires est généralement bien développé.

Selon les modèles de régression logistique concernant les ménages, la ville doit avoir des dépôts sauvages dans les rues et être dépourvue d’un service de ramassage des ordures fonctionnel. Les ménages doivent avoir des problèmes d’ordures et héberger des agriculteurs et des éleveurs. La ménagère devrait travailler comme ouvrière ou agricultrice. Il est préférable que le chef de ménage soit musulman ou chrétien.

Dans des grandes villes, il y a plus d’ordures non biodégradables comme des plastiques et du sable en cas de terrain sablonneux. Dans des villes rurales comme Tsévié et Timbi Madîna, les concessions sont assez espacées pour la plantation des arbres dans la cour. Selon la période de l’année, il y a des résidus de la transformation des aliments de base comme des brans, des épluchures, des feuilles et des épis du maïs et des peaux de fruits. Donc, les ordures des villes rurales sont 201plus riches en matière organique. Une organisation de ramassage des ordures obtiendra plus de matière pour la fabrication du compost que dans une grande ville ou des quartiers des grands centres urbains.

La quantité et la qualité de la matière organique varient saisonnièrement à cause de la variation de nombre des abonnés (exemple de Conakry), et/ ou dû aux périodes de récolte des aliments produisant beaucoup d’ordures comme par exemple le maïs.

Par ailleurs, à Lomé par exemple, les dépôts d’ordures sont utilisés comme ailleurs des latrines dans des quartiers dépourvus. Les excréments humains dans les ordures sont gênants pour le personnel de la station de compostage.

Selon les essais sur le terrain, les cultivateurs de pomme de terre et de la laitue ont un meilleur rendement dû aux réductions des maladies avec les extraits du compost. Selon les essais dans le laboratoire, l’extrait du compost diminue la maladie Alternaria solani de la tomate et la maladie Collectotrichum gloesporioides f.sp. manihotis du manioc (Papageorgiou, 2003) mais les produits phytosanitaires chimiques sont encore plus efficaces.

Selon les intersections des modèles de régression logistique, les meilleurs clients sont :

Dans une grande ville, il y aura moins d’ordures biodégradables mais aussi moins de maraîchers utilisant le compost phytosanitaire. Dans des villes rurales, il y a moins de maraîchers car il y a moins de clients consommant de légumes des zones à climat tempéré. Il y a toujours des exceptions à ces tendances générales comme par exemple la ville de Kindia où les légumes du climat tempéré pour Conakry sont produits.

Selon les enquêtes, il n’y a aucune ethnie qui a de réticence contre un ramassage des ordures dans les trois pays où le projet est intervenu.


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12.1.2. Emplacement optimal pour la station de compostage

A l’intérieur de la ville, les quartiers en proximité des parcelles de maraîchers seront les mieux pour réduire le coût de transport des ordures vers la station de compostage et du compost de la station aux champs.

Ces quartiers doivent être suffisamment urbanisés ou ne pas être trop à la périphérie de la ville car autrement les ménages jetteront les ordures directement aux champs sans compostage contrôlé.

Dans des quartiers aisés, on trouve plus de coupe des haies. Cette matière nécessite un mélange avec des ordures biodégradables très actives comme les ordures des marchés des légumes.

Il est aussi possible de faire du compost uniquement à base des ordures des marchés de fruits et légumes. Cela réduira le coût de tri et de la main-d’œuvre pour le ramassage. Mais le coût de transport augmentera parce que les marchés sont généralement loin de parcelles de maraîchers.

Si le transport est motorisé la distance entre les maisons, la station de compostage et les maraîchers peut être plus loin.

12.1.3. Sensibilisation des ménages

La sensibilisation nécessite un recensement du vocabulaire et les perceptions locales des ordures et sa gestion dans les ménages au préalable.

La sensibilisation doit être faite à plusieurs reprises. Le contenu dépend des personnes à sensibiliser pour le tri.

Au Sénégal, la sensibilisation pour le tri à la source peut s’appuyer sur la différenciation entre les ordures puantes et les ordures sans odeurs, mais en la corrigeant concernant les feuilles mortes qui sont à verser dans les ordures puantes (biodégradables).


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Il faut pendre en compte la gestion traditionnelle de différentes composantes des ordures. Si les ménagères ne séparent pas entre les ordures liquides et solides, il faut éventuellement procéder à une sensibilisation pour une séparation des deux si la partie liquide contient la matière organique à une quantité importante.

Le tri à la source est plus facile à appliquer si la concession est habitée par un seul ménage et le ménage est géré par une à trois femmes. Selon les enquêtes et les observations à Rufisque, les ménages peuplés ont du mal à effectuer le tri à la source.

12.1.4. Sensibilisation des cultivateurs

Selon les enquêtes, les effets phytosanitaires du compost ne sont pas connus ni par les cultivateurs en Afrique de l’Ouest, ni par les organisations paysannes ni par les services de vulgarisation ni par les chercheurs.

Beaucoup d’agriculteurs ignorent des maladies et les différencient mal. Une sensibilisation sur les maladies et les ravageurs est fortement conseillée. Il faudra encore une autre sensibilisation des maraîchers pour différencier des maladies traitables et des maladies non traitables. Sinon l’extrait du compost risque une mauvaise réputation et l’échec. Par ailleurs, il faudra une sensibilisation pour les différents extraits du compost qui ont des effets variés.

La sensibilisation doit être faite aussi par le personnel de la station de compostage comme on peut demander de renseignements concernant les produits phytosanitaires auprès des vendeurs.

Selon les enquêtes à Conakry, une sensibilisation promettrait une croissance de 50 % des avis positifs pour l’utilisation du compost contre des maladies.

La sensibilisation doit contenir aussi les avantages pour la santé de l’utilisateur des extraits du compost et les consommateurs des légumes par rapport à l’utilisation des produits phytosanitaires chimiques. Eventuellement une combinaison entre l’extrait du compost et l’application des produits phytosanitaires chimiques se démontrait plus efficace dans un tel cas l’application des produits phytosanitaires chimiques se réduit au moins. Il faut noter encore une fois que l’extrait du compost ne peut pas lutter contre des ravageurs. Il doit être appliqué en préventif car il ne peut pas soigner la plante. Il lutte contre des agents de maladies pendant qui sont encore en surface de la plante.

Il est fortement conseillé de procéder à une étude du marché auprès des vendeurs et des exploitants de produits phytosanitaires appliqués contre les maladies contre qui le compost peut lutter.

La sensibilisation peut être faite par des essais, des dépliants et des panneaux de publicité dans les zones de maraîchage.

Dans des essais à côté d’une station de compostage, on peut comparer l’efficacité et les coûts de traitement entre les produits phytosanitaires chimiques et le compost. Ces essais sont à organiser en collaboration ou par une ou des organisations 204paysannes. Il faut une collaboration ou concertation avec le service de vulgarisation concerné et l’institution de recherche intéressée de même qu’avec l’organisation paysanne exécutant les essais selon leurs besoins.

Les essais permettent un élargissement de l’application du compost sur d’autres cultures agricoles souffrant des maladies venant du sol comme les alternarioses et les fusarioses.

Le groupe cible pour un compost phytosanitaire sont les maraîchers comme décrits ci-dessus.

12.1.5. La gestion d’une station de compostage

La gestion des ordures est en principe réglementée par des lois nationales et la tradition. Pour un changement de cette gestion les autorités urbaines administratives et/ ou décentralisées doivent être consultées de même que les autorités traditionnelles.

Une collaboration avec les institutions de ramassage des ordures notamment les entreprises organisant le ramassage porte-à-porte, l’organisation chargée du ramassage des ordures de point de regroupement à la décharge finale et la voirie et le service d’hygiène est obligatoire.

Il faut gagner la collaboration avec les entreprises organisant le ramassage porte-à-porte concernant la sensibilisation pour le tri à la source et le tamisage si nécessaire. Le ramassage séparé des ordures biodégradables et des ordures non biodégradables et le transport des ordures biodégradables vers la station de compostage nécessitent également une collaboration s’il y a déjà une entreprise qui ramasse les ordures.

Il faut collaborer avec l’organisation chargée du ramassage des points de regroupement vers la décharge finale pour assurer qu’elle prend les ordures non biodégradables après le tri des ordures amenées vers la station de compostage.

La collaboration avec la voirie et le service d’hygiène est nécessaire sous forme d’un contrat qui permet la transformation des ordures organiques en compost car dans la législation communale des anciennes colonies françaises, la ville est la propriétaire des ordures et chargée de son évacuation vers la décharge finale.

Car le compostage réduit le volume des ordures à transporter vers la décharge finale, une subvention d’une station de compostage par la municipalité ou l’entreprise en charge pour le transport du point de regroupement vers la décharge est imaginable. Par cela, le coût du compost sera réduit et les maraîchers achèteront plus du compost.

Selon nos observations à Conakry, il est conseillé d’élaborer et appliquer des contrats avec la municipalité et/ou la voirie, les autorités du quartier et les PME ramassant les ordures dans le quartier. (Concernant l’organisation de ramassage des ordures, Haan et al. (1998) ont édité un guide pour les managers municipaux.)


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Selon les enquêtes, les ménages sont prêts à participer au ramassage des ordures si le prix est à leur porté. Il est conseillé d’avoir un système de prix prenant en compte une réduction de l’abonnement si le ménage est prêt à fournir les ordures triées en biodégradables et non biodégradables.

Il faut donner deux poubelles aux ménages : une pour les ordures biodégradables et une pour les ordures non biodégradables. Celle pour les ordures biodégradables doit être avec un couvercle pour la protection contre la pluie et la réduction des odeurs et avec des trous pour l’aération et aussi pour éviter l’abuse de la poubelle pour l’utilisation à d’autre fin. Il est conseillé d’utiliser un récipient en plastique (résistant à la corrosion) muni d’un autocollant portant des images des ordures biodégradables. Ces images doivent être testées et adaptées dans le contexte culturel.

Les ramasseurs doivent emporter les ordures biodégradables très régulièrement au plus grand délai tous les 2 jours surtout en saison pluvieuse. Il faut un ramassage séparé des différentes qualités des ordures.

La station de compostage doit avoir la taille en fonction de la quantité des ordures biodégradables ramassées et de la quantité du compost qui peut être vendue aux maraîchers.

La qualité du compost doit être contrôlée par des mesures de température et un tri secondaire de la matière brute mise en compostage. Si possible il faut optimiser la composition de la matière brute mise en compostage en fonction des maladies à traiter par le compost. Cette optimisation n’a pas eu lieu dans le projet à la base de cette étude.

Il est déconseillé de faire produire de compost par les ménages individuels car des petites quantités ne passeront pas une thermo-phase et les risques hygiéniques resteront. En Afrique de l’Ouest, les agents des maladies et les semences des mauvaises herbes ne sont pas éliminés par la gèle comme dans les zones du climat tempéré. Il faudra selon nos observations à Rufisque au moins 50 ménages où on ramasse tous les 2 jours au mépris des dimanches et des jours fériés.

Selon nos enquêtes, il n’y a pas des obstacles culturels pour la fabrication du compost à base des ordures. La technique est connue en Afrique de l’Ouest. La fabrication du compost nécessite de la main-d’œuvre et un moyen de transport en cas d’application du compost comme agent d’amélioration du sol.

Des doutes parfois exprimés par des voisins futurs d’une station de compostage concernant les odeurs nauséabondes ne sont pas fondés parce que un compost aérobie fait selon les règles d’art ne développe pas d’odeurs. Un compost anaérobie pue et n’est pas utilisable pour un traitement phytosanitaire.

Pour contrôler la qualité du compost, une toiture pour la station de compostage est fortement conseillée. La station doit avoir accès à l’eau pour l’arrosage du compost, le nettoyage des ustensiles et le lavage de main et autre du personnel ainsi que l’eau pour la fabrication de l’extrait du compost pour les essais à côté de la station de compostage.


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La comptabilité de ramassage des ordures à Lomé a montré que le ramassage des ordures est une activité génératrice de revenu autosuffisante sur le plan financier. Par contre, les comptes d’exploitations pour des stations de compostage phytosanitaire montrent une rentabilité n’est possible que lorsqu’on a un système du tri à la source qui permet de transformer toute la matière organique en compost phytosanitaire. Le ramassage des ordures est rentable tandis que le compostage est coûteux en main-d’œuvre.

Il est conseillé d’établir une comptabilité appuyée par de reçus et par l’ordinateur avec un logiciel qui permet aux animateurs de faire la comptabilité eux-mêmes et de s’autocontrôler de même que d’évaluer leur travail et la rentabilité de l’activité. Les reçus et la gestion informatisée permettent et facilitent une transparence pour les ramasseurs, les ménages, les animateurs, le personnel de la station de compostage et l’organisation gérant le tout. Cela est essentiel car la méfiance et la corruption est à la base de beaucoup d’échecs des organisations de ramassage des ordures comme a montré le cas de Timbi Madîna.

Une station de compostage pourra être gérée par une organisation paysanne.

Si toute la matière organique est transformée en compost phytosanitaire, elle dépassera le besoin, car l’input en matière organique dans les villes est beaucoup plus grand que le besoin dans l’agriculture urbain dont ses produits sont encore consommés dans la même ville.

La surproduction en compost phytosanitaire peut être vendue comme compost pour l’amélioration du sol. Une telle vente ne sera pas rentable. Il est mieux de chercher à vendre du compost frais c.-à-d. un compost de 8 à 15 jours qui a juste démarré la fermentation mais est loin d’avoir terminé cette dernière. Son application pour l’amélioration du sol est pour le moment sans base scientifique en Afrique de l’Ouest. Une première expérimentation sur ce sujet a lieu à Conakry. Elle est entreprise par le Projet d’Appui à l’Horticulture Urbaine et Périurbaine en Guinée financé par la FAO.

La vente du compost comme agent d’amélioration du sol nécessite un moyen de transport pour pouvoir livrer le compost au champ.

Une station de compostage peut faire partie d’un projet de la gestion raisonnée de la protection de végétaux un peu à la mode dans le développement.


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12.2. Conséquences scientifiques

Comme beaucoup d’innovations, aussi l’application du compost comme produit phytosanitaire est un savoir scientifique qu’on cherche à introduire dans les systèmes de production localisés sans ni analyse participative qui aurait prouvé que le compost pourrait être une solution ni demande des agriculteurs adressée au service de vulgarisation ou à la recherche. Sur le plan général dans les enquêtes, les exploitants se plaignent des problèmes phytosanitaires et non de problèmes de maladies de cultures. La recherche a donc encore une fois imaginé le problème des exploitants au lieu de planifier un projet de recherche intégrants ces derniers.

Il faut noter qu’il n’est pas possible de faire une analyse participative des problèmes, établir un projet de recherche pour l’élaboration scientifique des solutions, optimiser ses solutions et les introduire dans les systèmes de production existant dans le délais donné par des bailleurs de fonds.

Les organisations paysannes fonctionnelles sont très sollicitées par des projets de développement. La recherche n’en fait pas l’exception. Néanmoins, si la recherche veut des résultats correspondant aux besoins des exploitants une collaboration avec ces structures est incontournable.

12.3. Recommandations scientifiques

Les exploitants urbains ne sont pas un groupe homogène sur le plan des systèmes de production, les sources de financement, le niveau de revenus, l’origine culturelle, le niveau de formation, la connaissance de pratique agricole etc. La littérature et en partie aussi cette étude les prennent comme un seul groupe ce qui est loin d’être le cas. Leur diversité reste encore à décortiquer.

L’efficacité des extraits du compost est encore mal connue par la recherche de même que par les exploitants. Il faudra voir les manières de fabrication des composts sur le plan de la composition de la matière organique, les manières de fabrication des extraits du compost et des cultures ou des maladies à traiter de manière efficace. Pour donner seulement des axes principaux d’une telle recherche.

Par ailleurs, il manque encore des expériences sur le management d’une station de compostage où les ordures ménagères sont triées au préalable par les ménages c.-à-d. à la source. Le projet de recherche est arrivé seulement au niveau test pour une telle station de compostage.


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10.03.2005