103

7.  Construction des modèles agricoles

Sur la base des enquêtes standardisées auprès des exploitants agricoles, certaines variables ont été prises pour des modèles de régression logistique. Pour la partie agricole, deux groupes des modèles ont été élaborés. Un groupe pour les variables à expliquer concernant le comportement vis-à-vis du compost c.-à-d. si l’exploitant connaît la fabrication du compost, s’il fabrique le compost et s’il utilise le compost. Ces modèles sont appelés les modèles des faits. (Figure 20)

Figure 20 : Modèle schématique des variables explicatives et des variables à expliquer des faits agricoles

Dans tous les modèles agricoles, la ville est caractérisée par deux variables explicatives notamment la taille de la ville et l’ethnie de la ville. Pour décrire l’exploitant agricole, l’ethnie de l’exploitant, le genre et le niveau de formation ont été retenus comme les variables explicatives. Le système de production est spécifié par l’utilisation des fertilisants, le type de main-d’œuvre, la pratique d’une activité extra-agricole et par la culture de légumes (maraîchage) ou la culture des aliments de base en agriculture pluviale. Le réseau social est défini par le contact avec l’encadrement, l’adhésion à une organisation paysanne et l’intensité de contact avec le monde agricole comme variables explicatives. (Figure 20)

Le 2ème groupe des modèles concerne les variables à expliquer étant des opinions ou des dispositions notamment si l’exploitant est disposé d’acheter le compost, s’il pense qu’on peut utiliser le compost pour un traitement phytosanitaire et si l’exploitant est disposé d’utiliser le compost issu des ordures ménagères. (Figure 21)


104

Dans les modèles des avis concernant le compost, les variables à expliquer des modèles des faits agricoles deviennent des variables explicatives et s’ajoutent aux variables explicatives des modèles des faits agricoles.

Figure 21 : Modèle schématisé des variables explicatives et des variables à expliquer sur les avis concernant le compost

7.1. Variables explicatives des modèles agricoles

7.1.1. Variables explicatives concernant l'exploitant

7.1.1.1. Ethnie de l'exploitant

Selon la littérature et des interviews auprès de personnes ressources, on s'attendait à une influence de l'ethnie de l'exploitant car la fabrication du compost à partir des ordures touche aux aspects d'hygiène, à la notion de transformation et de fertilité du sol qui peut être accompagnée des esprits et à des influences dues au savoir-faire local. Pour diminuer les nombres de catégories des ethnies, on a classé les ethnies les plus importantes par leur nom et les ethnies en minorité par ne pas être une ethnie d'importance. Par exemple, les exploitants de Lomé sont soit des Ewés ou Minas soit des non-Ewés ou non-Mina. Par ailleurs, on a regroupé les Ewés et les Minas dans une seule catégorie car ils sont relativement proches comparés aux ethnies sahéliennes ou musulmanes.

Rufisque, Conakry et Timbi Madîna sont peuplés par des mêmes ethnies en fréquences différentes dû à l'échange commercial et culturel entre ces villes. Des Soussous, des Peuls, des Wolofs et des Malinkés habitent dans toutes ces villes. Les Malinkés sont en minorité mais on les trouve à Rufisque de même qu'à Timbi Madîna et à Conakry. Les Peuls sont en majorité à Timbi Madîna, mais ils cultivent 105aussi à Conakry et à Rufisque. Les Soussous sont en majorité à Conakry, mais on les rencontre aussi à Timbi Madîna et ils travaillent souvent comme les manœuvres à Rufisque. Les "Forestiers" regroupent les trois ethnies de la Guinée Forestière. Ils sont en minorité dans toutes les villes investiguées, mais on les rencontre à Timbi Madîna et à Conakry. Les autres ethnies du Sénégal sont classées comme non wolof ou lebou. Il faut noter que les Wolofs et les Lebous sont regroupés dans la catégorie wolof/ lebou parce que la langue leboue est classée comme un dialecte de wolof. Les fréquences et les pourcentages des différentes ethnies sont mentionnés dans le tableau ci-dessous.

Tableau 52 : Fréquences et pourcentages des ethnies des exploitants

Ethnie

Fréquences

Pourcentages

Éwé/ Mina

642

37,30

Forestier

44

2,56

Malinké

92

5,35

Non Éwé/ Mina

120

6,97

Non Wolof/ Lébou

92

5,35

Peul

238

13,83

Rien mentionné

41

2,38

Soussous

265

15,40

Wolof/ Lébou

187

10,87

A Lomé, les maraîchers sont souvent de Mina et la population locale est traditionnellement Ewé. Comme on a créé le complexe culturel éwé/ mina, cette différence n'apparaît pas dans les analyses.

7.1.1.2. Genre de l'exploitant

La gestion des ordures est traditionnellement une tâche des femmes, donc leur transformation en compost peut être liée au genre. Dans toutes villes confondues, les femmes représentent 40 % des agriculteurs ou maraîchers urbains. (Voir Tableau 53)

Tableau 53 : Fréquences et pourcentages de genre des exploitants

Genre

Fréquences

Pourcentages

Féminin

691

40,15

Masculin

1030

59,85

Le Tableau 54 montre la répartition entre agriculteurs et agricultrices enquêtés par ville-site.

Tableau 54 : Répartition des exploitants selon le genre dans différentes villes

Genre

Conakry

Timbi Madîna

Rufisque

Tsévié

Lomé

Féminin

271

67,9%

138

69,0%

114

35,5%

84

20,9%

81

20,3%

Masculin

128

32,1%

62

31,0%

207

64,5%

317

79,1%

319

79,7%

Total

399

100,0%

200

100,0%

321

100,0%

401

100,0%

400

100,0%


106

Comme la taille de l'échantillon fournit des données représentatives, on peut conclure que la répartition par genre dans l'enquête est représentative de la répartition dans la population. La similitude des pourcentages de femmes par rapport aux hommes dans le même pays amène à dire que si l'activité agricole est plutôt une activité féminine (ou une activité masculine), cela dépend avant tout du pays et moins de la localisation dans le pays (si on est dans une ville rurale ou une grande ville).

Par ailleurs, en croisant les cultures pratiquées, le genre et les villes, il ressort que la culture de la patate douce à feuilles est la forte priorité des maraîchères de Conakry. Donc le choix de la patate douce a amené le projet vers un groupe cible en majorité féminin pour le compost phytosanitaire. Cela correspond au fait qu’en Guinée la majorité des maraîchers sont des femmes.

A Timbi Madîna, la culture de la pomme de terre occupe la troisième place de fréquence pour les agricultrices de même que pour les agriculteurs. La moitié des agricultrices contre ¾ des agriculteurs cultivent la pomme de terre. La majorité des producteurs de pomme de terre sont des femmes. Il semble qu’en Guinée la majorité des exploitants agricoles sont des femmes. Cela peut être aussi une coïncidence. En Afrique de l’Ouest, les légumes à feuilles font partie des légumes traditionnelles qui sont généralement cultivés par les femmes. Dans certaines ethnies et certains villages, les bas-fonds sont cultivés par les femmes pour la production du riz. Ceci est le cas pour les Malinkés dans la 1ère région du Mali qui n’est pas loin de la moyenne Guinée où est situé Timbi Madîna. Ces arguments peuvent expliquer la majorité des femmes dans l’agriculture dans les deux villes-site en Guinée.

A Rufisque, les cultures hivernales sont partagées entre les agriculteurs et les agricultrices. Les agricultrices cultivent surtout le gombo et le bissap. Les agriculteurs par contre produisent du mil, du maïs et du gombo. Les cultures irriguées sont plutôt le domaine des maraîchers. Il y a peu de maraîchères. Le choix de la tomate a guidé le projet vers un groupe cible masculin.

A Tsévié, le manioc est très important pour tous les agriculteurs.

A Lomé, la culture de laitue occupe la 2ème place de fréquence de culture après l’oignon. Les cultures sont de mêmes importances pour les maraîchères que pour les maraîchers.

7.1.1.3. Niveau de formation

Comme on a analysé la question concernant la connaissance, on suppose que le niveau de formation joue au moins sur la connaissance de la fabrication du compost. Puisque la connaissance est une condition préalable à la fabrication et à l'utilisation du compost, une influence du niveau de formation est possible donc à tester dans les modèles.

Les illettrés n'ont pas fréquenté une institution de formation ou suivi une formation professionnelle. En cas d'absence de la réponse, on a cherché à classer le niveau de formation à partir de l'activité extra-agricole. Malgré cela il y a 6,2 % de réponses sans information (rien mentionné). 37 % des agriculteurs et maraîchers sont illettrés. 107Un peu plus qu'un quart a au moins visité l'école primaire. Cela ne veut pas dire que la personne a terminé l'école primaire par une qualification. Même si elle est allée seulement la première année à l’école elle est comptée dans cette catégorie. Pour toutes les catégories, la visite de l'institution suffit pour être classé selon elle, indépendamment si on a terminé les cours avec ou sans succès. 13 % des exploitants ont fréquenté un collège. Les anciens élèves des écoles coraniques sont rencontrés à Timbi Madîna, à Conakry et à Rufisque et représentent 7 % des exploitants. Les anciens élèves des lycées font 5,5 % des agriculteurs ou maraîchers. Les alphabétisés et ceux qui ont suivi une formation professionnelle dépassent 1 %, les universitaires n'atteignent même pas 1 %. (Tableau 55)

Tableau 55 : Fréquences et pourcentages des niveaux des formations

Niveau de formation

Fréquences

Pourcentages

Alphabétisé

29

1,69

Collège

230

13,36

Ecole coranique

125

7,26

Ecole primaire

465

27,02

Formation professionnelle

24

1,39

Illettré

631

36,66

Lycée

95

5,52

Rien mentionné

107

6,22

Université

15

0,87

La question concernant le niveau de formation était jugée pénible pour des gens qui ont abandonné l'école précocement. On a donc posé la question "quand as-tu abandonné l'école" à des personnes donnant l'impression de ne pas avoir fini l'école. Cette question souple permet aux analphabètes de dire facilement "je n'y suis même pas allé". On a regroupé alors les années d'abandon de l'école par type d'école : Illettré, école primaire, collège et lycée. Les autres niveaux de formation sont plus faciles à recueillir. L'enquêté répond directement : école coranique, université, formation professionnelle et "alphabétisé".

Pour mieux comprendre l'importance du niveau de formation, on l'a analysé par genre et par ville.

Le niveau de formation des ménagères des différentes villes est montré graphiquement dans la Figure 22.


108

Figure 22 : Le niveau de formation des ménagères dans les différentes villes

Source: Kessler, Nov. 2001

On rencontre des ménagères de tous les niveaux de formation dans presque toutes les villes. Cela est remarquable pour l’université et le lycée. (Voir Figure 22)

Le niveau de formation des agricultrices et des maraîchères est représenté sur la Figure 23.

Dans toutes les villes à part Timbi Madîna, 65 à 80 % des agricultrices et maraîchères sont illettrées, 9 à 24 % sont allées à l’école primaire et 4 à 8 % sont allées au collège. Les autres niveaux de formation sont très faiblement représentés. (Voir Figure 23)


109

Figure 23 : Le niveau de formation des agricultrices et maraîchères des différentes villes

Source : Kessler, Nov. 2001;

En comparent les niveaux de formation des ménagères, des agricultrices et des maraîchers, on peut conclure que les femmes d’un niveau de formation élevé ne font plus d’agriculture ou de maraîchage.

Le niveau de formation des agriculteurs et maraîchers est présenté dans la Figure 24.

Les agriculteurs et maraîchers peuvent être regroupés en deux groupes. Les agriculteurs de Tsévié et les maraîchers de Lomé constituent un groupe et les agriculteurs de Rufisque et les maraîchers de Conakry l’autre groupe. (Voir Figure 24)

Le premier groupe est formé de 25 à 27 % de gens ayant fréquenté le collège, de 42 à 47 % de gens ayant visité l’école primaire et 11 à 16 % sont des illettrés.


110

Figure 24 : Le niveau de formation des agriculteurs et des maraîchers des différentes villes

Source: Kessler, Nov. 2001 ;

Le deuxième groupe se compose de 43 – 47 % d'illettrés, de 23 – 26 % de gens ayant fréquenté l’école primaire et 6 – 12 % qui ont fait le collège. Ces deux groupes se ressemblent statistiquement des anciens élèves de lycée (5 – 12 %), des alphabétisés, des étudiants d’université et ceux qui ont reçu une formation professionnelle.

Le niveau de formation des chefs de concession des différentes villes est exposé dans la Figure 25.

Au niveau des formations, les chefs de concession sont plus homogènes que les agriculteurs et maraîchers.


111

Figure 25 : Le niveau de formation des chefs de concession masculins

Source : Kessler, Nov. 2001 ;

En comparant les femmes et les hommes agricoles, on peut dire qu'en général le niveau de formation des maraîchers et des agriculteurs est plus élevé que celui des femmes de tous les groupes.

Ceci signifie que le matériel de sensibilisation des ménagères devra être adapté aux analphabètes. Si le matériel de vulgarisation sur l’extrait de compost nécessite un niveau de formation trop élevé, les maraîchères et les agricultrices seraient exclues de l’information.

7.1.2. Variables explicatives concernant le système de production

7.1.2.1. Utilisation des fertilisants

Selon les enquêtes auprès des exploitants et des personnes ressources du milieu agricole, le compost est un fertilisant. Théoriquement, l'utilisation des fertilisants ou la non-utilisation des fertilisants doit influencer l'utilisation du compost et répercutant la fabrication du compost et sa connaissance. Presque 71 % des agriculteurs ou maraîchers urbains utilisent des fertilisants. (Voir tableau ci-dessous)

Tableau 56 : Fréquences et pourcentages des utilisateurs des fertilisants

Utilisation des fertilisants

Fréquences

Pourcentages

Non

503

29,23

Oui

1218

70,77


112

L'utilisation de fertilisants tout type confondu est très variable selon la ville et le système de production. Les taux d'utilisation des fertilisants sont mentionnés dans le Tableau 57.

Tableau 57 : Taux d'utilisateurs de fertilisants par ville

Fertilisants ?

Conakry

Timbi Madîna

Rufisque

Lomé

Tsévié

Oui

306

77%

184

92%

256

80%

400

100 %

72

18%

Non

93

23%

16

8%

65

20%

0

0 %

329

82%

L'utilisation des fertilisants est très répandue surtout chez les maraîchers de Lomé, un peu moins à Timbi Madîna. Cela est un peu étonnant car les villes rurales souffrent souvent de pénuries de fertilisants qui sont importés ou fabriqués à la capitale.

A Rufisque, l'utilisation du fumier est très fréquente; ceci peut s'expliquer par le taux élevé d'utilisation de fertilisant par les agriculteurs en pluvial, il faut également remarquer que le gombo et le bissap sont des cultures de rente et non destinée à l'autoconsommation. C’est qui explique l’application des fertilisants dans l’agriculture pluviale de gombo et de bissap.

A Conakry, l'utilisation des fertilisants pour une culture de rente, comme les feuilles de patate douce, est répandue mais ne pas autant qu'à Lomé où le maraîchage sur le sable de mer n’est pas rentable sans apport de fertilisants.

Ce sont seulement les agriculteurs des cultures vivrières pour l'autoconsommation et la vente du surplus à Tsévié, qui appliquent peu ou pas de fertilisants. (Voir Tableau 57)

7.1.2.2. Agriculture pluviale ou maraîchage

Un maraîcher exploite plus la fertilité du sol alors il doit la reconstituer pour maintenir le niveau de production. Le compost est un bon moyen d'entretien de la fertilité du sol. Les agriculteurs en pluvial attribuent souvent le manque de fertilité au manque de pluies.

Dans nos enquêtes, nous avons interviewé une population de 44 % des agriculteurs en pluvial et de 56 % des maraîchers (Voir Tableau 58). Un exploitant est classé comme maraîcher lorsqu'il cultive des légumes et lorsqu'il les irrigue. Les producteurs de pomme de terre irriguée sont classés comme des maraîchers. Les producteurs de pomme de terre en pluviaux sont classés comme des agriculteurs en pluvial.

Tableau 58 : Fréquences et pourcentages des systèmes de production

Système de production

Fréquences

Pourcentages

Agriculture pluviale

756

43,93

Maraîchage

965

56,07


113

7.1.2.3.  Type de la main-d'œuvre

La gestion de temps par les maraîchers et les agriculteurs a été une question à analyser pour savoir si les exploitants ont le temps matériel pour pouvoir fabriquer le compost.

La disponibilité en main-d'œuvre est très complexe à analyser. Pour se rapprocher au mieux à la réalité, on a considéré deux variables. La première pour voir si l'agriculteur a une activité extra-agricole ou non et la deuxième décrivant le type de main-d'œuvre mobilisée pour les travaux champêtres.

Les questions concernant la disponibilité en main-d’œuvre sont les suivantes :

On a catégorisé les réponses en main-d'œuvre familiale (25 %), main-d'œuvre salariée (34 %), et main-d'œuvre familiale et salariée (8 %) lorsqu'un exploitant emploie les deux types de main-d'œuvre. La catégorie "personne" correspond à un exploitant qui dit qu'il fait tous les travaux champêtres lui seul (25 %). Seulement, 6% des exploitants signalent travailler entre voisins et/ou en entraide. (Tableau 59)

Selon les enquêtes auprès des exploitants, la fabrication du compost est jugée comme étant un travail pénible. Souvent les travaux pénibles sont délégués aux enfants, aux femmes ou aux salariés.

Tableau 59 : Fréquences et pourcentages des types de main-d'œuvre

Type de main-d'œuvre

Fréquences

Pourcentages

Familiale

434

25,22

Familiale et salarié

136

7,90

Personne

422

24,52

Rien mentionné

41

2,38

Salarié

584

33,93

Voisin/ Entraide

104

6,04

A Timbi Madîna, on observe la tendance que les ménages où l’homme est absent la femme fait moins fréquemment la pomme de terre que dans les ménages où l’homme est présent. Egalement, le nombre de femmes joue sur la production de pomme de terre. A savoir, les ménages où la femme est la seule femme produisent moins fréquemment la pomme de terre. (Kessler, Dec. 2001) Cependant, le nombre des hommes dans le ménage n’influence pas l’activité agricole dans le sens que la femme fera l’agriculture ou non. Ce n’est pas l’agriculture en soi qui est influencée 114par la composition du ménage, mais le système de production qui change en fonction de la main-d’œuvre familiale disponible dans le ménage.

7.1.2.4. Activité extra-agricole ou non

Un exploitant double actif dispose moins de temps pour les travaux champêtres. Puisque la fabrication du compost demande de la main-d'œuvre, la double activité peut empêcher l'exploitant de fabriquer du compost. 52 % des agriculteurs ou maraîchers urbains sont double actifs.

Tableau 60 : Fréquences et pourcentages de la double activité

Type de l'exploitation

Fréquences

Pourcentages

Agriculteur à temps plein

823

47,82

Double Actif

898

52,18

Selon nos enquêtes, les agricultrices ou maraîchères partagent la journée, le matin aux champs et l’après-midi pour leur activité extra-agricole ou vis versa parce que les femmes sont chargées de la préparation de repas donc elles vont au champ de bonne heure et reviennent pour la préparation du repas ou elles préparent tôt et vont au champs après la préparation. Cette gestion de temps limite la distance entre la maison et le champ. A Tsévié, nous avons analysé que les champs cultivés par les femmes sont plus proches des maisons. En conséquences, elles cultivent des sols plus pauvres et des parcelles plus petites que celles cultivées par les hommes.

Les hommes passent des journées entières aux champs et des journées entières pour les activités extra-agricoles. Les exploitants embauchés disposent uniquement les week-ends et les jours fériés pour les travaux champêtres. Les artisans travaillent au champ en fonction de l’offre d’emploi qualifié. En cas de travail artisanal, ils se font remplacer par des manœuvres agricoles.

A Lomé et à Conakry, environ la moitié d’exploitants pratique l’agriculture à temps partiel et l’autre moitié à plein temps. A Lomé, cette relation de temps partiel par rapport au plein temps est la même pour les femmes et les hommes. Par contre à Conakry, les maraîchers travaillent à temps partiel et les maraîchères à plein temps. Donc on peut conclure que les maraîchers ont des possibilités de trouver une embauche. (Kessler, 2002, Rapport final)

Car Timbi Madîna et Tsévié sont de villes rurales, l’agriculture y est pratiquée à temps plein par 68 – 79 % des agriculteurs. (Kessler, 2002, Rapport final)

Le cas de Rufisque est différent. Les Rufisquois et Rufisquoises pratiquent l’agriculture à temps partiel dans 75 % de cas. La plupart des agricultrices sont de commerçantes en même temps. (Kessler, 2002, Rapport final) Dû au climat sahélien, les agriculteurs en pluvial s’occupent seulement pendant 5 à 7 mois de l’agriculture.

Le croisement des données des agriculteurs et agricultrices sur le genre, l’âge et la ville montre qu’à Rufisque l’agriculture est aussi une activité de vieux (plus que 55 ans) qui n’ont pas de retraite ou une faible retraite. (Kessler, 2002, Rapport final)


115

7.1.3.  Variables explicatives concernant la ville

7.1.3.1. Ethnie de la ville

La variable "ethnie de la ville" représente la variable pour la ville puisque les villes se différencient par leur milieu culturel. A l’exception de la ville de Lomé et celle de Tsévié qui sont classées dans la même catégorie « ethnie de la ville » parce que les Ewés et les Minas se ressemblent relativement sur le plan linguistique et culturel. Par ailleurs, la distance entre les villes de Lomé et de Tsévié ne s'élève qu’à 40 Km.

La surproduction agricole de la ville de Tsévié est vendue à Lomé. Les deux villes échangent fortement sur le plan commercial. Sur le plan culturel, il faut noter que la ville de Tsévié est influencée par la ville de Lomé. La ville à majorité peule est Timbi Madîna, celle à majorité soussoue est Conakry et Rufisque correspond à la ville à majorité wolofe. Les fréquences des ethnies de la ville correspondent à la taille des enquêtes dans les différentes villes. (Voir tableau ci-dessous)

Tableau 61 : Fréquences et pourcentages des ethnies des villes

Ethnie de la ville

Fréquences

Pourcentages

Ewé/ Mina

801

46,54

Peul

200

11,62

Soussou

399

23,18

Wolof

321

18,65

7.1.3.2. Taille de la ville

La taille de la ville influence la gravité du problème d'ordures qui sont la base de la fabrication du compost selon les définitions appliquées dans ces analyses.

Les petites villes sont souvent reculées. Ce fait réduit la disponibilité des fertilisants et la possibilité de vente de la surproduction. Alors, l'intérêt de faire une surproduction est minimisé. Pour cela, l'intérêt d'application d'un agent d’amélioration du sol qui accroîtra la production est restreint. Puisque l'utilisation des fertilisants fait partie des variables explicatives, la taille de ville peut être isolée comme effet spécifique. Chaque ville a une taille différente. (Voir Tableau 62)

Tableau 62 : Fréquences et pourcentages des tailles des villes

Taille de la ville en habitant

Nom de la ville

Fréquences

Pourcentages

4000

Timbi Madîna

200

11,62

40000

Tsévié

401

23,30

140000

Rufisque

321

18,65

1000000

Lomé

400

23,24

1400000

Conakry

399

23,18


116

7.1.4.  Variables explicatives concernant le réseau social

7.1.4.1. Intensité de contact avec le milieu agricole

La fabrication du compost nécessite sa connaissance et de la main-d'œuvre. Pour avoir accès à ces deux conditions, il faut des contacts avec le monde agricole. En cherchant à mesurer l'intensité de contact, on a développé une variable comme suit : L'agriculteur ou le maraîcher peut en effet recevoir conseil ou un coup de main à plusieurs niveaux :

Pour chaque contact dans une de ces sept possibilités, l'exploitant reçoit un point. Ces points sont additionnés. Un exploitant de l'intensité de contact 0 s'organise seul et ne demande conseil à personne (37 % des exploitants) (Voir Tableau 63). Un exploitant organisé pour l'achat et la vente, qui demande conseil pour tous les cas enquêtés, organisé en groupe et en contact avec une personne ressource du milieu agricole va recevoir le niveau 7.

Tableau 63 : Fréquences et pourcentages des intensités de contact

Intensité de contact

Fréquences

Pourcentages

0

639

37,13

1

313

18,19

2

380

22,08

3

246

14,29

4

75

4,36

5

20

1,16

6

17

0,99

7

31

1,80

7.1.4.2. Membre d'une organisation paysanne

Puisque la fabrication du compost nécessite de la main-d'œuvre et est souvent vulgarisée par des ONG qui encadrent des groupements et des associations, l'adhésion à une organisation paysanne peut influencer le comportement vis-à-vis du compost. 14 % des exploitants enquêtés sont membres d’une organisation paysanne (Tableau 64).


117

Tableau 64 : Fréquences et pourcentages de l'adhésion à une organisation paysanne

Adhésion

Fréquences

Pourcentages

Non-membre

1477

85,82

Membre

244

14,18

7.1.4.3. Contact avec l'encadrement

Selon les enquêtes à Lomé, la fabrication du compost est vulgarisée depuis les années 1960. Généralement, on suppose que le savoir-faire dépend du service de vulgarisation. L'expérience du terrain montre souvent que le savoir-faire est transmis entre agriculteur et peu influencé par le service de vulgarisation. Néanmoins, il faut tester l'influence du contact avec l'encadrement officiel sur le comportement vis-à-vis du compost. En moyenne, moins que 10 % des exploitants sont en contact avec les services de vulgarisation agricoles (Tableau 65).

Tableau 65 : Fréquences et pourcentages des contacts avec l'encadrement formel

Contact avec l'encadrement

Fréquences

Pourcentages

Sans contact à l’encadrement

1555

90,35

En contact avec l’encadrement

166

9,65

7.1.5. Variables explicatives non réalisées

Les variables explicatives concernant l'exploitant non réalisées sont le niveau de revenus et taille de la surface de l'exploitation. Pour les réponses à propos de revenus, on observe pour l'enquête à Conakry en moyenne une différence du simple au quadruple entre la réponse combien il ou elle gagne par saison et le montant calculé à partir du prix par coupe et planche, le nombre de planches, et le nombre de coupes. Dans les autres villes, il est moins évidant de calculer le revenu à partir des détails donc, on a jugé la variable trop biaisée pour la faire rentrer dans les modèles.

La taille d’une exploitation est souvent estimée par sa surface cultivée. Selon le système de production, la surface cultivée varie au fil de l'année. En plus, il est difficile pour les exploitants de donner la surface en mètre carré ou hectare - uniquement à Tsévié ils disposent d'une unité de surface locale reconnue par tous. Dans les autres villes, il faudra aller sur le terrain plusieurs fois dans l'année et mesurer la taille des planches pour avoir une information précise sur la taille des exploitations. Par ailleurs, on ne peut pas compter sur la bonne volonté de l'exploitant de dire la taille de sa ferme dans un système où l'agriculture est pratiquée sur une surface non lotie et sans titre foncier car de conflits seront programmés.


118

7.2. Variables à expliquer des modèles des faits agricoles

Chaque variable à expliquer dépend théoriquement de toutes les variables explicatives. La modélisation permet de choisir les variables explicatives les plus importantes pour la probabilité de l’évènement de la variable à expliquer. Pour chaque variable à expliquer, un modèle est élaboré. Les variables à expliquer sont catégorisées en deux type : Celles qui concernent les réalités, c’est-à-dire la connaissance réelle et la pratique culturelle. Et celles qui concernent les avis des exploitants par rapport à l’achat et l’utilisation future du compost. (Figure 21)

Les variables à expliquer des modèles agricoles concernant les faits sont les suivants :

7.2.1. Connaissance de la fabrication du compost

Pour des raisons linguistiques, il n’était pas possible de demander, si un exploitant connaît le compost. Par exemple en éwé et mina, le mot pour compost correspond aussi à un tas d’ordures. Si on demande si la personne connaît le compost, on demande en fait si la personne connaît un tas d’ordures. Cela n’est pas utile dans une enquête. On a alors posé la question si la personne connaît la fabrication du compost. Même cette question n’est pas sans problèmes linguistiques parce qu’en wolof le compost signifie en première signification « fumier ». Seulement le fumier ne se fabrique pas en tant que tel. Il est ramassé.

Néanmoins, 18,5 % des tous les exploitants enquêtés signalent connaître la fabrication du compost.

Repartie par ville, la connaissance de la fabrication du compost est plus rependue à Timbi Madîna (53%) et la moins rependue à Conakry (Tableau 66). La forte différence entre ces deux villes guinéennes peut s’expliquer uniquement par la vulgarisation intensive du compost par la Fédération de Paysans du Fouta Djalon.

Tableau 66 : Pourcentage des exploitants signalant la connaissance de la fabrication du compost par ville-site

Réponses

Conakry

Lomé

Rufisque

Timbi Madîna

Tsévié

Non

96%

81%

74%

48%

91%

Oui

4%

19%

26%

53%

9%


119

7.2.2. Fabrication du compost

Parmi tous les exploitants enquêtés, seulement 10 % fabriquent du compost à base des ordures et du fumier.

La fabrication du compost est le plus fréquemment rencontrée à Timbi Madîna comme la connaissance de la fabrication du compost. Conakry et Tsévié sont les villes avec les moins des fabricants de compost. (Tableau 67)

Tableau 67 : Pourcentage des exploitants fabricant du compost par ville-site

Réponses

Conakry

Lomé

Rufisque

Timbi Madîna

Tsévié

Non

98%

88%

87%

69%

98%

Oui

2%

12%

13%

31%

2%

7.2.3. Utilisation du compost

Dans toutes les villes confondues, 18,7 % des exploitants indiquent utiliser du compost respectivement du fumier à Rufisque. A cause des problèmes linguistiques11 déjà signalés, à Rufisque, 46 % des exploitants signalent utiliser du compost ou du fumier. A Timbi Madîna, 31 % des exploitants utilisent du compost comme défini ci-dessus (2.3.4 Compost). A Lomé, 19 % des maraîchers appliquent du compost. A Tsévié et à Conakry, l’utilisation du compost est très rare. (Tableau 68)

Tableau 68 : Pourcentage des utilisateurs du compost par ville-site

Réponses

Conakry

Lomé

Rufisque

Timbi Madîna

Tsévié

Non

97%

82%

54%

69%

94%

Oui

3%

19%

46%

31%

6%


120

7.3. Variables à expliquer des modèles sur les avis des agriculteurs

Les variables à expliquer des modèles agricoles concernant les avis des agriculteurs sont :

7.3.1. Disposition à l’achat du compost

Selon les enquêtes, presque 60 % des exploitants sont disposés à acheter du compost.

Cette disposition est plus prononcée chez les maraîchers de Conakry et de Lomé. Même 57 % des agriculteurs en pluvial de Tsévié sont prêts à acheter le compost. Les exploitants de Rufisque et de Timbi Madîna, qui connaissent le mieux la fabrication du compost sont moins disposés à acheter le compost. (Tableau 69)

Tableau 69 : Pourcentage des exploitants disposés à acheter du compost par ville-site

Réponses

Conakry

Lomé

Rufisque

Timbi Madîna

Tsévié

Non

18%

29%

60%

74%

43%

Oui

82%

71%

40%

27%

57%

7.3.2. Supposition d’utilisation d’un compost phytosanitaire

Les exploitants enquêtes pensent à 28,5 % qu’on peut utiliser le compost pour un traitement phytosanitaire.

A Conakry et Rufisque, environ la moitié des exploitants pense qu'on peut utiliser le compost comme produit phytosanitaire. A Conakry, on a posé la question presque à tous les agriculteurs car la patate douce est produite par 87 % des agriculteurs urbains. A Rufisque, on a posé la question aux connaisseurs du compost qui représentent 86 % des agriculteurs.

A Timbi Madîna, on a demandé aux "spécialistes" c.-à-d. aux producteurs du compost. Ils se méfient plus que les exploitants de Rufisque et de Conakry.

Les plus méfiants sont les exploitants de Lomé et de Tsévié. Dans ces deux villes, les exploitants ont observé des brûlures des cultures en cas de manque de pluies et d’excès de compost ou sur les dépôts sauvages.


121

Tableau 70 : Pourcentage d'agriculteurs de chaque ville jugeant qu’on pourra soigner les plantes avec du compost

Compost pour un traitement phytosanitaire ?

Conakry

Lomé

Rufisque

Timbi Madîna

Tsévié

Non

57%

81%

58%

74%

86%

Oui

43%

19%

42%

27%

14%

La comparaison des différents taux d'avis (Tableau 70) montre qu'il n'est pas évident que les agriculteurs accepteront facilement l'introduction du compost comme traitement phytosanitaire. On voit qu'ils ne refuseront pas catégoriquement mais il faut des expérimentations et de la publicité pour un compost comme traitement phytosanitaire avant de pouvoir rentabiliser une station de compostage par la vente du compost.

A Conakry, nous avons posé aux maraîchers la question s’ils pensent qu’on pourrait utiliser le compost comme médicament 2 fois dans la même enquête, d’abord au producteur de patate douce à feuille et ensuite à tous les maraîchers. Pour la 1ère question, 49 % des producteurs et productrices pensent qu’on peut utiliser le compost pour traiter de maladies. Pendant l’enquête, encore 31 % changent leur opinion vers un traitement phytosanitaire avec le compost. Par contre, 5 % perdent leur confiance au compost. Finalement 75 % des productrices et producteurs de patate douce à feuille croient à un compost phytosanitaire.

7.3.3. Disposition à l’utilisation du compost issu des ordures

Pour vérifier, si les agriculteurs voient un problème d'hygiène vis-à-vis du compost issu des ordures ménagères, nous les avons demandés si on peut consommer les fruits et légumes fertilisés avec ce compost issu des ordures. Les résultats sont affichés dans le Tableau 71.

Tableau 71 : Taux d'acceptation de la consommation des fruits et légumes fertilisés avec du compost issu des ordures ménagères

Consommation des fruits et légumes fertilisés avec du compost issu des ordures ménagères ?

Conakry

Timbi Madîna

Rufisque

Lomé

Tsévié

Oui

-

97%

93%

96%

97%

Non

-

3%

7%

4%

3%

Ensemble de base

 

Connaisseurs du compost

Maraîchers

Agriculteurs

On peut dire en résumé que presque tous les agriculteurs et agricultrices pensent qu’ont peut consommer les fruits et légumes fertilisés avec le compost issu des ordures ménagères et que cette opinion est indépendante de la ville, de l’ethnie, du fait de pratiquer l'agriculture ou le maraîchage, de la manière de le pratiquer, du niveau de formation, des activités hors agricoles ou pas, du type de main-d'œuvre et de l'intensité de l'encadrement.


122

On en conclut que les problèmes d'hygiène souvent avancés contre l'utilisation du compost à base des ordures ménagères ne sont pas considérés dans des cultures d'Afrique de l'Ouest.

D’ailleurs, les exploitants ont été demandés s’ils sont disposés à utiliser le compost issu des ordures. Donc dans l’ensemble des villes-site, 56,2 % sont disposés à utiliser le compost issu des ordures.

A Conakry, 83 % des exploitants sont disposés d’utiliser le compost issu des ordures. A Rufisque et à Timbi Madîna environ la moitié des exploitants est prête d’appliquer le compost issu des ordures. A Lomé et à Tsévié, la situation est renversée par rapport à Conakry. Uniquement 22 à 10 % des exploitants sont disposés d’utiliser le compost issu des ordures. (Tableau 72)

Tableau 72 : Pourcentage des exploitants disposés d’utiliser le compost issu des ordures par ville-site

Réponses

Conakry

Lomé

Rufisque

Timbi Madîna

Tsévié

Oui

83%

22%

58%

55%

10%

Non

17%

78%

42%

46%

90%

La première question concernant l’hygiène avait montré qu’il n’y a pas de problème dans ce sens. Donc l’avis si varié pour l’utilisation du compost doit dépendre d’autres arguments.


11 Le mot « toss » en wolof signifie compost et fumier en même temps, comme aussi « néféré ».



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